Le 17 juin – Frédéric n’a pas manqué de nous le rappeler – le Range Rover fêtait dignement quarante années de succès. Les qualités de cet engin aussi polyvalent que compétent n’étant plus à démontrer ici, je vais plutôt me concentrer sur les raisons qui font que l’on peut – et que l’on doit – aimer aujourd’hui encore le Range Classic. Car, avouons-le, les SUV jouissent auprès des amateurs d’automobile d’une côte de popularité à peine plus élevée que celle des monospaces. Il serait pourtant dommage de réduire le doyen des SUV à un banal tracteur polluant et ostentatoire tant il a contribué à écrire un chapitre significatif de l’histoire automobile.

Range Rover Classic

Le Range Rover est un de ces concepts qui se sont enrichis avec le temps. A sa genèse (en 1966) le projet décrit un véhicule à la vocation très utilitaire et par ailleurs proche d’études lancées dans les années cinquante pour développer des breaks. Si les premiers millésimes sont encore empreints d’une philosophie rustique, déjà bien élégante, cela ne durera pas. Et pour faire émerger des déclinaisons toujours plus abouties, Rover met en place une stratégie particulièrement adaptée aux errements de British Leyland à l’époque. Le constructeur laisse les préparateurs et autres artisans s’attaquer aux développements que la marque n’aurait pû mener à bien en ces temps de crise sociale. Lorsqu’une de ces modifications semble en mesure de répondre à une attente solvable, elle est captée par l’usine et vient enrichir l’offre catalogue. Ainsi c’est le spécialiste Suisse  Monteverdi qui sera le premier, en 1980, à proposer une version 5 portes du Range, suivie un an plus tard par la version usine. Même chose pour l’adoption de la BVA et la création des luxueuses versions Vogue (laissées dans un premier temps à Wood & Pickett). Quatorze ans après son lancement, le Range Rover impose définitivement sa suprématie : luxueux, technologique et logeable, il surclasse presque toutes les berlines haut de gamme, tout en ne cèdant rien à ses concurrents bien plus spartiates en hors piste.

L’annonce retenue concerne justement l’un des modèles les plus aboutis, puisqu’il s’agit d’un 5 portes de 1989 en finition Vogue et équipé d’une boite auto. Il ne dispose pas de la suspension pneumatique (apparue en 92), mais ce n’est pas forcément plus mal. Comme sur tous les modèles essences, on retrouve l’historique V8 Rover, qui a en realité démarré sa carrière chez Buick dans les années cinquante. Il s’agit ici du petit 3,5L développant 135 chevaux qui officie sous le capôt du Range depuis le début de sa carrière, mais dans sa déclinaison à injection  post-1986. Un choix qui devrait s’avérer suffisant en terme d’agrément et un poil plus économe, tout est relatif, que les déclinaisons 3,9L et 4,2L. A ce sujet, le marché de l’occasion regorge de modèles convertis au GPL qui promettent à première vu des économies à la pompe, mais qui m’inspirent un peu de prudence. Ces modifications sont parfois anciennes et il n’est pas évident de controler la qualité de l’installation. Pour ce qui est de modifier un véhicule non équipé, au delà du coût au regard de la côte, cela semble dommage tant les exemplaires parfaitement d’origine sont rares.

Range Rover Vogue

C’est justement le bon état d’origine de notre sujet d’études qui fait son intérêt, car il n’est pas rare de voir des exemplaires, pas forcément bradés d’ailleurs, ayant fait l’objet de lourdes préparations tout terrain (parfois réalisées à disqueuse). Alors un Range de première main affichant à peine 66000 km pour 5200€ semble une proposition difficile à refuser. Reste toutefois à se méfier de la corrosion, même sur un véhicule annoncé comme n’ayant jamais quitté l’asphalte. Le hayon, le capot et les passages de roues sont des points d’oxydation connus, mais le plancher et les longerons méritent également un coup d’oeil averti.

S’il fallait encore vous convaincre du formidable potentiel de ce roi de la route, je vous renvoie à la victoire sans appel du Range de Clarkson lors du dernier épisodeen date de Top Gear. Les milliers de kilomètres avalés à travers l’Amérique du sud, dans les pires conditions, vous confirmeront que nous sommes bien face à un bon gros morceau de légende qu’il est grand temps de préserver.