Après Singer et ses 911, Eagle et ses E-Type, voici Equus et ses… heu… bon… voyons voir. Allez, on va dire que c’est une Mustang. Enfin, en quelques sortes

Adepte du backdating, retrodesign et autres anglicisme tellement #hype, bonjour ! Tu l’attendais avec impatience, voici la suite de la mini série consacré à ce sujet quelque peu déconnecté de l’actualité. Voici donc l’Equus Bass 770 dont la toute jeune histoire est déjà bien complexe et qui se rapproche peut-être, contrairement à Singer ou Eagle, d’un attrape-couillon, autrement dit une belle promesse sans lendemain pour les éventuels acheteurs. Mais reprenons depuis le début.

CDC Flashback - 05

Flashback

En 2007, la société américaine CDC (Classic Design Concepts) exhibe au SEMA Show de Las Vegas un concept de Ford Mustang de 1967 remise au goût du jour : la Flashback. CDC était connu jusqu’alors pour ses préparations typées tuning à l’américaine sur des voitures modernes, mais cette Mustang reconstruite de zéro a fait forte impression. Et non, aucune Mustang originale n’a été malmenée : toutes les pièces sont neuves, y compris le châssis et la carosserie. CDC en a profité pour y déposer un V8 de 605 ch, une boîte 5 vitesses moderne, 4 freins à disque, un intérieur subtilement modernisé, etc… Bref, une apparence de Mustang de collection pour une voiture moderne, qui se trouve être aussi la voiture personnelle du boss de CDC : George Huisman.

C’est là qu’intervient une personnalité particulière : Bassam Abdallah. Il s’agit d’un riche industriel libano-nigérian ayant fait fortune notamment dans la vente de détergent au Nigéria (si si) et basé à Paris (le monde est petit). Il est aussi emprunt d’une certaine « philosophie » mondialiste bienfaitrice, appelant notamment les voitures des « rêves sur roues » (sic), mais….

tumblr_notuqfbKf91rb2l1co1_500Bassam Abdallah est un aussi un fou des Ford Mustang (il en a une importante collection) et il tombe en arrêt devant la Flashback (je ne sais pas pour vous, mais j’ai à chaque fois une chanson qui me tourne dans la tête quand je lis ce nom).

TOM1 - 02

TOM1

Bassam Abdallah propose à George Huisman d’aller plus loin et de commercialiser la Flashback, quelque peu modifiée, sur les marchés européens et au Moyen-Orient. Banco ! La société Equus est créée dans ce but et sort au SEMA Show de 2008 la TOM1, inspirée d’une Mustang Fasback 1967. Pourquoi TOM ? Pourquoi Equus ? Equus c’est facile : cheval en latin. Cheval / Mustang, vous voyez le topo ? C’est pour ça que le logo est une jolie licorne… Logique… L’idée étant de produire cette voiture en toute petite série, CDC ne pourra pas suffire pour assurer l’assemblage, qui se fera donc en partie dans les ateliers du petit constructeur Panoz, connu pour ses protos du Mans et voitures de sport très « américaines d’esprit » (comprenez essieu rigide, gros V8 glougloutant et une incapacité manifeste à négocier un virage – oui je suis de mauvaise foi -).

Panoz doit fournir les mécaniques et l’ingénierie. La carrosserie de Flashback est quant à elle revue et corrigée par un grand Monsieur du design : Tom Tjaarda. Oui, c’est de là que vient le TOM. Tom Tjaarda a notamment travaillé avec Pininfarina et Ghia pour lesquels il a signé la Fiat 124 Spider ou la De Tomaso Pantera. Quant à son travail sur TOM1, il se borne à quelques modifications de détails et à apposer son nom quelque peu connu, car honnêtement je ne vois pas vraiment ce qu’il a changé à la voiture. Le moteur est un V8 Ford de Shelby GT500 moderne, agrémenté d’un compresseur, le tout développant 650 ch. Le résultat est orange. Pas moche, mais à la limite je préférais Flashback, plus respectueuse de l’origine et moins tape à l’oeil. Une TOM2 suivra peu après, proche de TOM1 mais plutôt inspirée d’une Shelby GT500.

Et c’est là que tout dérape…. Car le business plan prévoit… une fabrication en Inde, pour se rapprocher des clients potentiels. Quelque chose a dû m’échapper et je cherche encore quoi mais il y a pire : une grande tournée promotionnelle est organisée en 2009 par Equus, toujours en Inde, lors d’un événement pompeusement nommé « Maharajah of the Road », durant lequel une caravane d’une dizaine de Mustangs classiques issues de la collection de Bassam Abdallah ont accompagné TOM1 pendant 2 semaines. Le tout avec force danseuses exotiques, musique criarde et séances photo forcées pour Tom Tjaarda qui se demande bien ce qu’il fiche là.

Tom Tjaarda

Tom Tjaarda

Un film très « bollywoodien » a été tourné à l’époque. Dans ma grande mansuétude, je vous l’épargne. Sans doutes lassés de tout ça, Panoz et Tjaarda se retirent tous les deux de l’affaire, laissant Equus sur sa lancée. Fin de l’histoire ? Point du tout ! Quand on veut on peut. Et Equus, toujours généreusement financé par son propriétaire repart de zéro, en jetant tout le travail fourni par Panoz et Tjaarda. Notez bien qu’à ce moment, aucune voiture de série n’a encore été produite et encore moins vendue, même si le prix estimé était d’environ 250 000 $.

Bass 770

Bass 770

Bass 770

Bass 770

En 2014, Equus fait à nouveau enfin parler d’eux en dévoilant la Bass 770 au salon de Détroit. Et il faut avouer qu’effectivement ça n’a plus rien à voir. Commençons par la carrosserie : ce n’est pas une Mustang, non non. Ca y ressemble beaucoup, mais ça n’est pas exactement ça. La ligne générale est proche, mais on peut trouver de l’inspiration de Plymouth Barracuda, Pontiac GTO, Chevrolet Camaro, etc… Un joyeux mélange de tout ça pour aboutir à une sorte de « best of » des muscle cars de l’époque. Ca fait peur ? Oui, mais le résultat est étonnamment réussi, harmonieux. Comme un souvenir magnifié de votre enfance. Vous vous souvenez de la super voiture de sport de « tonton Jean-Claude », celle qui vous faisait rêver et avec laquelle vous vouliez rouler à fond quand vous aviez 8 ans ? Dur de se rendre compte maintenant qu’il s’agissait d’une Renault 12 TL avec les bandes Starsky et Hutch… Mais dans votre souvenir, ça reste la « plus mieux des voitures » ! Et bien là, c’est pareil ! Equus a fait la plus mieux des Mustang mais encore mieux ! Cruelle déception malgré tout : le logo n’est plus une licorne mais un cheval. Triste époque.

Equus Bass 770- 10Quant au design, après tout, c’est pas si mal d’avoir jeté le travail fourni par Tom Tjaarda, quel qu’il soit ! Passons à la mécanique, et là les choses se gâtent car le moteur n’est pas un Ford, mais un Chevrolet ! Un V8 6,2 litres de Corvette ZR1 développant 649 ch. Et ce n’est pas tout, de nombreuses autres pièces sont d’origine Chevrolet Corvette : suspensions, freinage, direction, électronique. Le châssis alu lui est construit sur mesure par Equus. Alors, c’est grave que ce ne soit pas un moteur Ford ? Sérieusement ? On s’en fiche non ? La Bass 770 est jolie et si il se trouve des clients assez fous pour s’en payer une, tant mieux pour eux. Car l’exclusivité a un prix : environ 500 000 $ pour cette Bass 770, prix catalogue, qui vous propose des prestations… hé bien… somme toutes quasi identiques à celle d’une Shelby Mustang de 1967. Je suis vilain, car le gain en performances est quand même substantiel avec une VMax donnée pour dépasser les 300 km/h et un 0 à 100 km/h en moins de 3 secondes. Et une boîte 6 vitesses à double embrayage avec un levier à l’ancienne… J’ai un doute sur la boîte, il faudra m’expliquer.

Equus Bass 770- 06

L’intérieur est évidemment retravaillé, modernisé, mais pas trop. Le catalogue officiel précise que la voiture est « équipée généreusement »… Encore heureux vu le prix ! Mais heureusement un programme « bespoke » accessible à partir de 100 000 $ vous permettra d’aller encore plus loin. Juste pour rire, une véritable Mustang Shelby GT500 de 1967 est côté environ 110 000 € par le très sérieux site LVA. A vous de voir… Le nom de Bass 770 vient quant à lui du prénom Bassam, accolé à la cylindrée unitaire. Ça flatte l’ego du patron et accessoirement ça rappelle les Mustang Boss 302. Equus en rajoute dans la communication rétro-nostalgique en évoquant pêle-mêle les souvenirs de Steve McQueen ou Carrol Shelby, voire James Dean. Bref, on nage dans la guimauve et le malabar bi-goût.

Toujours est-il que depuis 2014…. pas grand chose de concret. Une annonce que les ventes commenceraient au salon de Dubai 2015, quelques belles vidéos par ci par là, un site web avec un joli configurateur (à voir et à essayer encore et encore ici) et puis c’est tout. Pas beaucoup de voiture essayées par des médias, pas de photos de clients satisfaits avec leur voiture, une communication très réduite. On peut se demander si ça a fait pschiiit, si la marque met réellement plus de deux ans à produire un modèle de série (oui, pourquoi pas) ou si tout ça n’est finalement que la manifestation de l’envie du patron de se payer sa propre voiture. J’espère bien me tromper et la voir vraiment en production, parce qu’elle est belle quand même !

 Crédits photos : Equus, RK Motors, Modified Mustangs