IvecoBus, EDF, et de nombreux partenaires unissent leurs moyens pour concevoir un autobus urbain 100 % électrique

La mobilité électrique ne doit pas se limiter aux seules voitures zéro-émission : il faut également envisager les transports en commun. La solution choisie actuellement par les municipalités est de multiplier les lignes de tramway ou de prolonger les métros, mais il reste un vilain canard présent en chaque ville : l’autobus. Et bien qu’ils se soient adaptés aux normes Euro 6 ainsi qu’à l’hybridation pour certains modèles, il n’en reste pas moins qu’ils fonctionnent dans leur très grande majorité à partir d’énergies fossiles. Seuls les trolleybus, disparus de notre pays (hormis à Limoges, Lyon, Nancy et Saint-Etienne) mêlent à ce jour bus et électricité. Ellisup pourrait rebattre les cartes…

Le projet Ellisup

A partir de cette problématique, en 2009, Irisbus (devenu cette année IvecoBus) a uni ses efforts de R&D avec Michelin, EDF, le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), l’IFP Energies nouvelles (Institut Français du Pétrole), l’IFSTTAR (Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux, situé à Nantes), ERCTEEL (Etudes et réalisation de solutions électroniques), la société Recupyl spécialisée dans le recyclage innovant, ainsi que la Régie Autonome des Transports Parisiens (RATP). Leur projet, baptisé Ellisup pour autobus ELectrique à batteries au LIthium et SUPercapacités, a été retenu par le fonds démonstrateur de l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie). Le résultat de ce travail a été présenté en octobre dernier au salon Busworld de Courtrai, et l’est également en ce moment à Bordeaux. Ses atouts : une charge rapide des batteries par pantographe, des moteurs-roues… ainsi que son coût : selon IvecoBus, il se situe « entre celui d’un autobus diesel et celui d’un trolleybus ».

Un autobus 100 % électrique

Ellisup se présente sous la forme d’un gros suppositoire profilé (faces avant et arrière identiques) à 3 portes et 8 roues, dont 4 sont motrices et alimentées par des batteries à supercapacité. Il s’agit de la technologie moteur-roues de Michelin, déjà présentée sur de nombreux concept-car dans l’automobile (telle la Peugeot BB1). Cela permet de dégager l’espace d’ordinaire réservé au moteur, qui occupe beaucoup de place à l’arrière des autobus. L’espace intérieur est ainsi plus important, permettant une capacité d’emport de 10 à 20 % de passagers supplémentaires, le tout dans un silence rendant le transport plus agréable. Sur le toit, contrairement au Boeuf de Milhaud, sont implantées les batteries lithium-ion à charge rapide, d’un poids de 800 kg (contre 2 à 3 tonnes de batteries pour les autres prototypes de bus 100 % électrique) ; s’y trouve aussi un pantographe à l’avant, qui s’élève aux terminus de ligne pour recharger, en 4 minutes, les batteries. Le véhicule est ensuite autonome pour un parcours de 8 à 10 km environ. On pourra s’interroger sur le choix d’un tel système, quand d’autres fabricants comme Bombardier ont déjà mis au point des recharges rapides à induction sans fil.

Bientôt sur les routes ?

Ellisup n’oublie pas le confort d’utilisation pour les passagers : connexion Wifi, vitrage panoramique, éclairage adaptatif -jaune s’il pleut, bleu s’il fait chaud, ambiance cocooning, boutons tactiles d’ouverture des portes (qui existent déjà dans la production actuelle), et pour les machinistes-receveurs la détection des angles-morts et des piétons. Un projet innovant et moderne, qui s’adapte a priori aisément aux réseaux de transport, serait-ce là une solution idéale ? Il faut encore prendre en compte la topographie des lignes de bus (surtout le dénivelé), leur parcours selon s’il est plus ou moins embouteillé ou leur charge en passagers… Des facteurs qui font que le lancement d’Ellisup devra d’abord être validé par quelques lignes de tests : de toute façon les équipes d’Iveco espèrent d’abord « une homologation pour la fin 2014 « , par la voix de Pascal Henry, responsable de l’innovation. Doté d’une telle architecture, on pourrait presque espérer le retour des bus à plateforme, si chers aux Parisiens et disparus depuis la mort des Saviem SC10… ! Le Stif (Syndicat des Transports d’Ile de France, autorité organisatrice) prévoit de discuter d’Ellisup lors de son prochain conseil du 11 décembre, afin peut-être d’en acquérir un lot pour une mise en ligne à horizon 2015. De toute façon, de l’aveu même de M. Henry, « ce bus c’est un laboratoire ». Il faut bien un début à tout !

Crédit photographique : Google Images
Le dossier de presse du projet Ellisup est disponible à ce lien
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