Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

Dans la vie d’un passionné automobile, il existe des moments dont on se souviendra à jamais. Ce genre de moment qui n’arrive qu’une fois et dont on essaie de s’imprégner chaque seconde durant, sans jamais vraiment réaliser que c’est en train de se passer. C’est le cas ici, avec l’essai d’une Ferrari 458 Speciale Aperta.

En fait, cet article aurait pu ne jamais voir le jour car il s’agit d’un essai à titre privé et je n’ai aucune qualification particulière pour essayer une telle voiture. Faire un article en disant que ça pousse fort et que ça tient – hyper méga super bien la route – n’est intéressant pour personne. M’est alors venu à l’esprit de finalement faire un article sur ce que ça fait d’essayer une des voitures les plus efficaces, et par ailleurs l’une des plus chères, de la production automobile actuelle, lorsque justement on n’est pas qualifié pour le faire. Car on lit tous la presse spécialisée en rêvant de se mettre derrière le volant, mais ça fait quoi d’y être sans avoir les aptitudes de dompter entièrement la bête ?

Alors comment à 21 ans, au moment de l’essai, on se retrouve dans une Ferrari limitée à 499 exemplaires et dont régulièrement des annonces paraissent avec un prix voisin des 600 000 € ? Parfois Facebook permet des choses extraordinaires. Je discutais régulièrement avec un passionné que nous appellerons POG, tel qu’il aime se surnommer, passionné oui, mais également heureux possesseur de supercars. Un soir – alors que la nuit tombait et que le doux froid automnal enveloppait le bruissement des arbres bla bla bla – je reçois un message privé qui ressemble à peu de choses près à ça : « Salut, ça te dit de prendre le volant de l’Aperta samedi soir ? » J’accepte immédiatement. Ça c’est la version officielle. En fait je refuse et je remercie vivement M. POG mais je ne le sens pas, je ne me sens pas assez confiant pour manier une telle voiture. Le comble dans tout ça, c’est que c’est lui-même qui insiste et qui me met en confiance, à tel point que j’accepte. À ce moment présent je suis partagé entre deux sentiments : vivre dans un futur proche le rêve de ma vie, et conduire l’une des voitures les plus efficaces du monde dont je ne peux qu’à peine assumer un plein.

Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

On est en plein automne, il fait nuit, la température ne doit pas excéder 5°C, et par dessus tout il pleut. Bref, toutes les conditions sont réunies pour essayer une voiture de 605 ch dont les seules roues motrices se trouvent à l’arrière, et ce ne sont pas des pneus pluie. La première étape consiste à sortir la voiture de son emplacement, nous voici dans la première partie du « qu’est-ce que ça fait de conduire une Ferrari 458 Speciale Aperta quand on n’a pas l’habitude ». L’opération se passe extrêmement facilement : il a beau s’agir d’une supercar, son gabarit est plutôt modéré et la visibilité est bonne. La voiture possède des capteurs avant/arrière de stationnement, une caméra de recul pas trop mal faite et la direction est étonnamment facile à manier.

Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

La voiture sortie de son écrin (n’allez pas vous imaginer un truc de dingue hein, c’est juste un garage), nous prenons la route. Le manettino est réglé sur la position wet compte tenu des conditions pour le moins précaires mais je bascule la boite en mode manuel pour user des deux palettes en carbone de part et d’autre du volant. Alors deux petites précisions : 1/ le manettino, pour ceux qui ne connaissent pas, est un bouton que l’on tourne de gauche à droite pour sélectionner différents modes de conduite – wet, sport, race, ct off, esc off – ces différents modes agissent sur la direction, la suspension, les aides ou encore la vitesse des changements de rapport 2/ le passage en mode manuel se fait par un bouton qui se trouve sur une sorte de bras en carbone, il permet également d’activer le launch control ou encore la marche arrière. Nous prenons donc la route et la première chose qui me surprend c’est la direction. Je n’ai jamais ressenti un tel feed-back provenant du volant d’une voiture, c’est réellement impressionnant et même incompréhensible d’avoir de telles remontées d’informations. La voiture lit la route dans le sens premier du terme, ce n’est pas une image.

La première partie du trajet se fait à un rythme tranquille, il faut faire connaissance avec la voiture et surtout faire attention car les conditions, encore une fois, sont délicates. Je fais d’abord connaissance avec l’intérieur de la voiture, rien n’est commun. Les clignotants se trouvent sur le volant : une pression pour l’activer, une seconde pour le retirer, une pression longue pour flasher trois coups. Les essuies-glace, il s’agit d’un bouton que l’on pousse ou tire pour changer de mode: désactivé, mode automatique puis balayage de plus en plus rapide. J’ai mis un moment avant de réellement comprendre comment ça fonctionnait, tout comme le désembuage du pare-brise. Je m’attarde également sur l’écran qui se trouve à gauche du compte-tour… En le faisant défiler, on trouve de nombreuses informations comme la pression et la température des pneus, la pression d’huile, la température d’eau, la vitesse maximale, etc. A posteriori, et malgré mes recherches, je n’ai jamais trouvé la consommation moyenne ou instantanée.

La voiture se conduit étonnamment facilement, c’est la deuxième chose qui me surprend. En conduite tranquille, elle n’est pas plus compliquée à mener que n’importe quelle autre voiture lambda à boite automatique. Elle n’a pas spécialement (pardonnez-moi, il fallait que je fasse le jeu de mot au moins une fois) un grand gabarit, comme je l’ai déjà dit, et le freinage et l’accélération sont faciles à doser. Nous avons également un châssis très sain qui fait remonter bon nombre d’informations à l’image de la direction. On est vite à l’aise mais toujours à des vitesses modérées. Lorsque l’on commence à monter dans les tours, le V8 Ferrari ouvre ses valves et la magie opère, même sans accélérer énormément et monter trop dans les tours, au quart de la pédale, il s’éveille et remplit l’habitacle. Malgré cette conduite modérée, on a l’occasion de perdre son permis aussi facilement que vous lisez cette article. Les passages de vitesse sont rapides à la montée et à la descente mais rien de démesurément rapide. Ça c’est le mode wet qui adoucit les passages de rapport pour rouler de façon sécuritaire. Malgré cette douceur et cette facilité de conduite, au premier rond point et en roulant calmement je sens le nez de la voiture travailler et s’écarter vers l’extérieur. Plusieurs raisons à cela: tout d’abord les pneus sont impossibles à chauffer à cause des conditions météorologiques et ensuite, lorsque je regarde le compteur, je suis déjà à 50 km/h dans un rond point qui n’est pas extrêmement large, je ne m’étais pas du tout rendu compte de cette « vitesse ». À la sortie du rond-point, entrée d’autoroute et première perte de motricité, les conditions sont encore pires que ce que je pensais… Cela étant, je ressens tout dans le volant et le châssis, la voiture m’informe de la moindre perte de grip et à aucun moment je ne me sens mis en danger. Elle ne cache pas du tout son jeu.

Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

Un trajet sur autoroute à vitesse stabilisée m’a invité à sélectionner le mode RACE, juste pour voir. Et bien j’ai vu, et je suis repassé en mode WET. La vitesse de passage de rapport est ah-hu-ri-ssante, à tel point qu’à 90km/h, un malheureux passage de rapport avec une toute petite accélération a entrainé une perte de motricité immédiate. La faute, encore et toujours, à la météo. On quitte l’autoroute pour de la nationale qui par moment s’assèche, m’engageant à libérer un peu le V8. Alors que M. POG file à tout allure devant moi dans son Aventador (petit teasing, peut être pour un prochain article ? À voir si vous aimez celui-ci) qui, elle, possède quatre roues motrices, je dois y aller progressivement sur l’accélérateur avant de toucher le plancher et laisser le moteur de la Speciale s’envoler lyriquement vers les 9000 tours. À cette occasion on engage le mode SPORT (c’est en dessous du mode race, faut suivre un peu !) qui rend les rapports plus rapides à la montée mais surtout bien plus virils aux rétrogradages. Alors que l’on est dans la perte de permis immédiate, voire non loin d’un article dans la presse pour inconscience sur route ouverte, on met le pied sur le frein et on se trouve surpris. Pourquoi ? Les carbones céramiques, je l’avais déjà lu, ont une sensation quelque peu bizarre avec peu d’attaque mais un fort mordant lorsque l’on insiste. Il doit falloir un peu plus de temps pour s’y habituer mais surtout, il faudrait pouvoir les faire chauffer.

Vous me pardonnerez mais je n’ai pas testé la qualité de l’audio, je ne sais même pas comment faire fonctionner la radio, en revanche la petite vitre dans le dos que l’on peut ouvrir pour profiter du son de l’Aperta est sûrement la meilleure fréquence radio que je connaisse.

Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

À la fin de cette balade, je ressors frustré. Là vous devez vous dire: « oh le bougre, il est culotté ! ». C’est pas faux, mais je vais m’expliquer. La Ferrari 458 Speciale Aperta est démesurément rapide en ligne droite, c’est une évidence mais c’est pour mieux sauter de virage en virage. Oui elle accélère à pouvoir se satelliser (un bon point pour ceux qui auront relevé la référence) mais elle n’engage qu’à sortir de la route pour s’aventurer sur une chaussée plus sinueuse. Ceci n’a pas été possible, tout d’abord car la météo n’était pas… fin vous avez compris, mais également car je ne suis pas en capacité d’emmener cette voiture comme il se doit tant ses capacité sont démentielles. Puis bon, il y a le prix aussi, qui est un des meilleurs éléments de castration automobile. Si je peux me permettre un parallèle douteux, c’est un peu comme si on vous présentait le meilleur repas de toute votre vie mais que vous n’aviez que 20 % de vos capacités gustatives, frustrant n’est-ce pas ?

Ferrari 458 Speciale A (Aperta)

Fort heureusement, j’ai eu l’occasion d’en reprendre le volant avec qui plus est, une partie de route fermée. Chaussée froide et très légèrement grasse par endroit mais beau temps et la plupart de la route tout de même assez propre. Mode SPORT engagé, je découvre une toute autre voiture par ce temps là, comme quoi avec de la motricité ça change tout (sans blague ?). La voiture est toujours aussi saine et malgré mon peu d’expérience, avec un peu d’attention, on peut lâcher des chevaux. On évitera juste de remettre du gaz un peu trop tôt en virage, mais en ligne droite la motricité démentielle permet d’offrir des sensations uniques même si, je pense, ce n’est pas une « voiture de ligne droite »…

J’aurais donc au final consommé le meilleur repas de toute ma vie avec environ 30 % de capacité gustative, pas mal… Je n’ose imaginer les sensations de quelqu’un qui saurait l’emmener à 90/95 % de ses capacités. Toujours est-il que ça reste un des meilleurs moments de ma vie d’automobiliste, mais que je savoure toujours autant de conduire de petites sportives. C’est ça aussi la passion automobile : passer de 605 ch à 200 ch, toujours y trouver un certain plaisir, mais un plaisir différent.

M. POG est très présent sur les réseaux sociaux, vous pouvez le suivre sur son Facebook ou sur Instagram. Un grand merci à lui pour sa confiance et le partage de sa passion.

Pour les magnifiques photos il faut remercier Patrice Minol, vous pouvez lui aussi le suivre sur son Facebook ou sur son Instagram !