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Enfin, ce que nous attendions depuis si longtemps arrive. A peine le petit déjeuner avalé, nous sommes sur la ligne de départ. Road-book en main, stylo, fluo, compas de visée en main, casque sur la tête… C’est parti pour une journée vers la grande inconnue marocaine.

Notre point de rendez-vous était dans un lieu magique, planté de cèdres du Maroc, les magots nous attendaient au bord de la piste paisiblement tels des enfants bien élevés.
Le Royaume du Maroc a crée en 2004 le Parc National d’Ifrane afin de protéger et réguler cet environnement rare et fragile. Nous avons pu le constater de nos yeux. Un cadre dépassant toute notre imagination.

Pour le moment, la gestion du Terratrip de mon côté et du pilotage pour Dorianne était bon, nous avons passé deux postes de contrôle sans encombre. Jusqu’à la 13 ème case du road-book. Le doute s’installe. Nous décidons finalement de prendre l’intersection de droite. Près de 2,2 km sur les 3,08 que nous devions faire, et nous nous retrouvons face à une route barrée par des travaux. Maintenant le doute est là. Les questions s’entremêlent, le silence, les calculs aussi. Nous nous sommes trompées. Demi-tour et 4,4 km en trop !

Le principe est simple pour le classement, 1 km de trop ou de moins équivaut à 1 km de pénalité… faites le calcul. Le stress se ressent dans l’habitacle. De mon côté, je m’en voulais de cette erreur de lecture de road-book. Dorianne décide donc de faire une pause afin de faire redescendre la pression et la chaleur qui règne dans l’habitacle du Land Cruiser.

Nous remontons et continuons notre route. Afin d’éviter une nouvelle erreur de ce type, je cherche toutes les sécurités possibles. Compteur général comparé, compteur journalier, cap, picto… maintenant j’y suis. Avec Dorianne, nous avons bien défini les postes de chacune. Je lui fais entière confiance, elle me fait confiance même si au début de notre étape je n’étais pas à l’aise et pas super confiante de mes compétences comme navigatrice loin de la RN7 ou de l’A6…

Nous arrivons à la 18eme case, nous ne cherchons pas à aller plus vite que la musique. Nous nous arrêtons. Une fourche se présente à nous. Nous n’avons plus droit à l’erreur. Une indication m’a conforté lorsque je suis descendue de la voiture, le panneau du poste du garde forestier, l’endroit où nous devions passer à la case suivante. C’est parti, certaine de nous, le gros 4.2 L du Toy’, en boîte courte grimpe les montées, franchi les trous ou les cailloux… même en bord de falaise. La puissance et le couple abondant de la motorisation du gros 4×4 confirment nos espérances, ça passe.

Evidemment, il fallait un second gros doute dans la journée. Nous trouvons facilement la maison du forestier. Un RZR nous dépasse et fonce. Nous le voyons s’élancer sur la piste qui monte en face de nous. Quelques mètres après la remise à zéro du Terratrip, une fourche exige l’arrêt et la réflexion. En suivant la lecture du road-book, tout démontre que nous devons prendre la piste sur la droite. Nous avançons, avançons, dépassons largement le compteur intermédiaire et ne trouvons toujours pas le picto sur lequel nous devions tomber. En plein milieu de nulle part, sans même savoir où nous nous trouvions, nous continuons d’avancer. Toujours aucune participante sur notre chemin, aucune nous dépasse, mais que se passe-t-il ? Non, pas encore !

J’ai beau refaire les calculs et me fier au compteur général en y ajoutant nos 4,4 km de plus, nous étions sur la bonne route, logiquement. Pourtant l’angoisse de perdre encore des pénalités nous embrouille l’esprit. L’heure du déjeuner (deux œufs durs et pis c’est tout !) a sonné, et ça tombe bien.

Nous sommes restées en place 15 mn, toujours aucune voiture… ce n’est pas possible, nous nous sommes trompées… Ce n’est pas logique, sur 54 voitures ne voir qu’un buggy n’est pas normal surtout pour une gardoise obstinée !
De loin, le moteur d’un 4×4 ronronne, jardine, redémarre et la poussière s’envole dans le ciel tel des signaux de fumée. 1, 2, 3…10 voitures passent, presque toutes nous demandent si tout va bien, l’esprit solidaire entre cap’fées existe. Nous devrions être rassurées ? Oui mais non, rien nous disait que les Cap’Fées des autres équipages étaient sur le bon chemin. Un principe important dans la navigation lors d’un raid est de ne pas se fier aux autres, ne pas se mettre en doute face au choix des autres navigatrices. Nous refaisons dans notre tête le chemin à l’envers, recalculons… nous sommes sur la bonne route mais avions dépassé 3 cases de plus sans s’en rendre compte.

Nous voilà donc sur la case 21, quelle surprise lorsque au bout de 700 mètres nous voyons au loin un autre poste de contrôle. Si nous avions su… mais le raid Cap Femina Aventure est une inconnue à chaque mètre.

Malheureusement, un membre de l’organisation nous signale un écrou dévissé lors de l’avant dernier pointage. Grand chambardement, on sort les outils. Dorianne sert l’écrou, dans le vide. Par réflexe, elle regarde en le tirant, nous nous sommes rendues compte que le goujon était cassé en deux. Nous sommes bonnes pour trouver un écrou rapidement avant la partie sérieuse du Raid. En même temps, réparer la poignée du coffre qui a décidé de se faire la malle pendant l’étape.

Maintenant rassurée de notre cap, Dorianne développe les chevaux et bouscule le 4×4. Oups, une grande descente à flan de montagne, saturée de rochers, trous voire gros, nous devons nous rapprocher parfois dangereusement du bord afin de délester au maximum le Land Cruiser. L’oued avait sacrément détérioré les pistes, nous passons tout en douceur dans un village typique de la montagne Berbère. Des femmes lavent leurs tapis au point d’eau.

Pour clôturer cette journée haute en couleur, en paysage, en angoisse, le troisième et dernier doute revient à l’assaut. Cette piste était longue, sans fin, sans rien, des moutons, des ânes, des bergers mais toujours aucun signe d’un poste de contrôle, d’une Cap’Fées… rien. De toute façon nous ne pouvions pas faire demi-tour, pas le choix, nous continuons.

Mais que voyons-nous au loin, un drapeau de Cap Femina Aventure flottait… la ligne d’Arrivée !

Pour la pilote du couple des Gazelles des volcans : » J’ai passé une belle journée, c’est vrai que nous avons galéré un peu mais si c’était trop facile, ça ne serait pas intéressant ». C’était une journée de rodage pour Dorianne même si cette 3eme édition est totalement inédite. Ce qui veut dire pour moi… la partie sérieuse commence demain, précisions, concentrations, intuitions, contrôle… et On the Road Again les Gazelles des Volcans au Raid Cap Femina Aventure 2013 !

Place maintenant à l’action solidaire. Nous avons eu la chance de rencontrer des tisseuses berbères à Midelt. Un travail d’orfèvre, une patience à toute épreuve, une gentillesse véritable, des sourires qui en disent long sur la chaleur de l’accueil. Les Cap’Fées étaient toutes en admiration devant ce savoir faire. Ce moment de détente, de découverte est un plaisir durant un raid. Allier curiosité, plaisir, angoisse, joie, stress, solidarité, émotions sont donc le cocktail féerique du raid.

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La suite demain…

Dorianne et France 😉

Note de Frédéric : Ce soir notre équipage fétiche est 38 eme au général

Crédits photos : Maienga 2013.