24 Heures du Mans 2018 - PhotosPour cette édition 2018 des 24 Heures du Mans nous avons été conviés par Michelin à vivre l’évènement d’une façon assez exceptionnelle. Avec ce reportage, je vais donc tenter de vous immerger avec nous au cœur de cette course mythique étape par étape à partir du jeudi.

Le jeudi : début des hostilités

Cette immersion a donc débuté le jeudi soir, après quelques jours d’essais libres et diverses animations, avec les qualifications. C’est ce jour précis que l’on connaît enfin la voiture qui s’élancera de la pole position, après plusieurs heures de roulage de jour comme de nuit. Cette année, c’est sans surprise Toyota qui place en première ligne les deux TS050 LMP1 Hybride avec en tête la n°8. On retrouve au volant Kazuki Nakajima, Sébastien Buemi et le célèbre pilote de Formule 1 Fernando Alonso. C’est Nakajima qui réalise le meilleur chrono avec un temps de 3’15″377 pour parcourir les 13,626 km du circuit.

Nous sommes en pleine semaine, à deux jours de la course, et pourtant les parkings et campings affichent presque tous complets. L’effervescence du circuit monte crescendo et il y a déjà pas mal d’activités pour s’occuper.

Le vendredi : détente avant le Jour-J

Le vendredi c’est la fête un peu partout, au circuit, au Mans ou encore dans les villes environnantes. Le Classic British Welcome de Saint Saturnin que je couvre habituellement est par exemple un rendez-vous incontournable selon moi. De nombreux anglais, entre autres, se donnent rendez-vous avec leurs plus belles autos.

Sinon, je vous invite vivement à vous rendre en pitlane pour vous rapprocher au plus près des voitures et apercevoir les mécanos s’affairer tout autour. Ainsi, de 10h à 20h, tout visiteur muni d’un billet enceinte générale pouvait observer toutes les voitures mises à nu pour se refaire une beauté avant la course.

Après ça, grâce à Michelin, nous avons eu la chance d’échanger quelques mots avec le pilote de la LMP2 n°31 du DragonSpeed, Nathanaël Berthon. Ce dernier nous a confié subir une préparation intensive de 4h par jour le mois qui précède la course. Et ce n’est pas de trop pour supporter les 4 G encaissés en courbe ou encore pour résister aux freinages à plus de 340 km/h, 90 petits mètres avant le point de corde. Point de corde qui par ailleurs, est totalement invisible la nuit pour le pilote, remerciant alors les points de repères adoptés au fil des tours.

De notre côté, après le déjeuner, on en profite pour faire un tour par le showroom Michelin installé dans le village créé pour le public, non loin des paddocks. Le manufacturier français profite évidement de tout ce monde pour présenter quelques-unes de ses nouveautés. L’innovation cette année s’appelle « Track Connect ». Comme vous l’aurez deviné, il ne s’agit ni plus ni moins que d’un pneu connecté. Ce nouveau produit permet, grâce à un capteur placé dans le revêtement interne et d’un émetteur relié à votre smartphone, d’adapter la pression de vos pneus en fonction du tracé, de votre conduite ou bien des conditions météo. Au moins 8 mois de travail pendant une saison de course avec Porsche auront été nécessaires pour le développement. Je n’ai pas encore eu l’honneur de l’essayer donc je ne suis pas là pour vous faire l’éloge du produit. Mais il semblerait qu’il soit mûr, et dans mon entourage, ceux qui ont eu l’occasion de le tester ont été conquis par l’utilisation. Combiné à une parfaite maîtrise de leurs pneumatiques, ce Track Connect vous permet semble-t-il de gagner plusieurs secondes au tour sur circuit tout en économisant ensuite vos gommes sur routes ouvertes. Pour information, le kit est vendu 399 € sans compter évidemment le tarif de vos pneus vendus quasiment aux mêmes prix que les Pilot Sport Cup 2 classiques.

En fin d’après-midi, l’évènement immanquable de ce vendredi, c’est évidemment la Grande Parade des Pilotes en plein cœur du Mans. Une superbe bonne humeur se dégage de cette rencontre avec le public, et les pilotes sont heureux de partager de tels instants avec les fans. Sourires, dédicaces, goodies, tout y est pour passer un bon moment. Mêmes quelques supercars sont de la partie !

Et surtout, histoire de se changer un peu les esprits, on n’oublie surtout pas le grand concert aux pieds de la passerelle Dunlop. Cette année c’est Jamiroquai qui a tout donné pour maintenir l’ambiance très chaude qui règne depuis plusieurs jours.

Le samedi : Gentlemen, start your engines !

16 juin 2018, c’est le jour-j. Les tribunes sont pleines à craquer. Le speaker est en feu. Les pilotes sont concentrés. Et pour moi, c’est le début d’une journée qui s’annonce mémorable.

Avec le bracelet Gridwalk, on pénètre quelques dizaines de minutes avant le grand départ sur la piste. Les voitures sont exposées en épi sur la ligne droite des stands bien entourées par les mécanos et quelques pilotes, sans oublier les nombreux fans… L’ambiance est plutôt sympathique, certains pilotes n’oublient pas la Coupe du Monde de foot en jouant au ballon, d’autres exposent des mascottes quand certains immortalisent l’instant.

L’évacuation se fait au pas de course et chacun regagne son poste ou sa tribune. Et voilà qu’après le temps attendu passage de la Patrouille de France, Raphael Nadal secoue enfin le drapeau français donnant à 15h pile, le départ pour 24 heures intenses. Après un départ chaotique de Lotterer dans sa Rebellion n°1 qui percute la Dragon Speed n°10, perdant son capot avant, les deux Toyota s’échappent rapidement. Hormis la lutte en GTE Pro entre les Porsche n°92 et 91 et la Ford GT n°68 il n’y aura pas d’autre fait marquant en ce début de course.

Pendant que la bataille fait rage en piste, en fin de journée, on en profite pour faire un petit saut par le stand Ford. Un véritable moment privilégié ! A cette occasion j’apprends, en vrac, qu’il leur est possible de fabriquer leur propre carbone, que les pneus sont réchauffés dans des fours avant d’être montés, que les disques et plaquettes tiennent presque toute la course et peuvent être changés en seulement 12 secondes. Mais… le clou du spectacle intervient lorsque la Ford GT n°69 apparait pour un changement de gommes, le plein de carburant et surtout le changement de pilote. Un moment impressionnant de rapidité. J’en ai encore des frissons.

Et les émotions à peine retombées, que l’on se dirige vers l’aérodrome pour un petit tour d’hélicoptère au-dessus de la course. C’est l’occasion pour moi de redécouvrir ce tracé, d’une vision complètement nouvelle. Le Dunlop vu d’en haut, l’immense ligne droite des Hunaudières en pleine forêt, les nombreux enchaînements de virages : c’est superbe !

La nuit est marquée par un crash de la SMP n° 17, alors 3ème du classement général. Matevos Isaakyan tape fortement dans les S Porsche. La voiture est très endommagée mais le pilote arrive à repartir après quelques minutes d’immobilisation, pourtant quelques mètres plus loin le moteur prend feu, c’est l’abandon. L’ambiance à cette période de la compétition est toujours aussi incroyable ; les lumières, les sons, les freins rouges, les flammes, tout est là pour rendre le moment magique.  Et, bien aidé par une météo plus que clémente, il y a toujours beaucoup de monde dans l’enceinte du circuit et dans les tribunes.

Le dimanche : la délivrance

Après 3-4 heures de sommeil j’apprends qu’un second crash est intervenu vers 7h à nouveau du côté des S Porsche, la LMP1 n°10 du DragonSpeed est contrainte à l’abandon. Peu après, les Toyota entre toutes les deux en pitlane pour effectuer un Stop&Go infligé pour une vitesse excessive lors d’un drapeau jaune, elles gardent cependant largement le leadership.

Ce dernier jour sera surtout pour moi l’occasion de découvrir deux virages importants du grand circuit : la première chicane des Hunaudières et Indianapolis. Malheureusement une grande partie du temps passé sur place se sera déroulée sous Safety Car, nous privant des passages stratosphériques des prototypes.

Avant de mettre fin à ce week-end on file faire un tour du côté des 800 m² d’atelier de Michelin. Ce workshop accueille près de 50 techniciens qui montent et démontent les pneumatiques de 45 voitures (sur 60 engagées). Pour envisager absolument toutes les conditions météo ce n’est pas moins de 8500 gommes qui sont apportées par le fabricant, grâce à 21 semi-remorques. En moyenne, 3500 seront utilisées en course. Et sachez que toutes les écuries sont tenues de les rendre, sous peine de se voir infliger une pénalité d’un million d’euros par pneu. En effet, il s’agit de prototype, et le risque d’espionnage industriel est important.

C’est en reprenant la route direction Paris peu avant 15h, pour éviter les énormes bouchons, que j’apprends le classement final. Ça y est, enfin, Toyota remporte cette 86ème édition des 24 Heures du Mans. Après 388 tours couverts (soit plus de 5200 km), la TS050 n°8 franchit la ligne d’arrivée en première position. La n°7 monte sur la deuxième marche et la Rebellion n°3 complète le podium général. Pour la petite histoire, la n°7 a failli tomber en panne d’essence à moins de 2 heures du drapeau à damier en loupant son arrêt au stand.

Toyota n°8 24 Heures du Mans 2018 - PhotosEn LMP2 c’est l’Alpine Signatech avec Nicolas Lapierre qui se classe première, suivi de l’Oreca n°39 du Graff-SO24 puis la Ligier n°32 d’United Autosports avec Montoya. Nathanaël Berthon avec son Oreca n°31 termine 5ème en LMP2 et 9ème au général. [La G-Drive Racing n°26 de Jean-Eric Vergne qui est montée sur la plus haute marche podium a ensuite été disqualifiée.]

En GTE Pro en retrouve sur la première marche la Porsche 911 RSR n°92 de Kevin Estre, suivie de la n°91 puis la Ford GT n°68 de Sébastien Bourdais.

Enfin, du côté des GTE Am c’est le Dempsey-Proton Racing en Porsche n°77 qui remporte la victoire en couvrant 335 tours. Deux Ferrari 488 GTE complètent le podium, la n°54 du Spirit of Race avec Fisichella puis la n°85 du Keating Motorsports.

C’en est fini de cette édition 2018 des 24 Heures du Mans. Et après ça, je n’ai plus qu’une chose à dire, vivement 2019 ! Pas vous ?

Je tiens à remercier Michelin et les équipes sur place pour l’accueil et l’organisation aux petits oignons.

Crédit photos : Thomas D. (Fast Auto)