Les marques d’ultra luxe n’ont pas pour habitude d’être en haut de l’affiche car, par définition, leur gamme restreinte de ne se renouvelle que très occasionnellement. Aussi quand dans le même salon Rolls Royce et Bentley se présentent chacun avec une nouveauté majeure cela tient de l’exceptionnel. Et si chez Rolls on évoque en des termes choisis la puissance inédite de son coupé Wraith chez Bentley on rajoute deux portes et on fait pratiquement de même pour évoquer sa nouvelle berline.

Genève 2013 Bentley 004

Cette Flying Spur comme il faut désormais l’appeler (exit le Continental) est une grande berline de luxe qui en impose immédiatement visuellement. Nous sommes bien dans l’univers Bentley et, tout au moins pour l’avant et l’intérieur, l’habitué de la marque ne sera en rien dépaysé face à cette nouveauté. Mais à y regarder de plus près les modifications sont tout de même relativement nombreuses. Le bas du pare-choc avant a été modifié, les prises d’air désormais traversées d’une ligne de chrome et la calandre trône plus que jamais de manière proéminente au milieu de phares sensés évoqués l’univers de la joaillerie par leurs DEL et qui rappellent surtout la grande sœur Mulsanne.

 

De profil on remarquera surtout l’épais cerclage chromé des vitres, les énormes jantes (de 19 à 21 pouces selon les options) et cet arrière fuyant tout d’abord bien souligné par une ligne courbe très dynamique par-dessus les passages de roue arrières mais qui se termine avec la sensation que la malle se détache en plongeant vers le bas. Cela allège probablement l’ensemble mais n’est à mon sens que moyennement esthétique. D’ailleurs c’est sur cet arrière que l’essentiel des critiques pourra porter car il n’est pas sans évoquer les productions (sous diverses formes) de la maison mère de la marque du côté de Wolfsburg. Ce popotin semble hésiter entre le carré et le rond, entre les lignes et les courbes. On y retrouve de magnifiques sorties d’échappement ovales parfaitement intégrées au pare-choc et reprises dans leur forme comme un leitmotiv par le dessin des feux à DEL mais le tout est encastré dans des découpes brutales très rectilignes et carrées qui donnent certes un côté massif à la voiture mais aussi un certain manque de grâce, d’harmonie et d’exclusivité ce qui renforce probablement cette sensation d’y voir une Volkswagen…

 

Mais qu’on se rassure dès l’ouverture des portes l’idée même de voiture du peuple disparait définitivement et l’on pénètre instantanément dans l’univers du très très haut de gamme où chaque détail respire la qualité, la précision, le confort et le luxe le plus abouti. Alors certes pour la plupart d’entre-nous il ne s’agit pas à proprement parler de la voiture dont nous rêvons car elle s’avère finalement assez éloignée dans sa conception de notre mode de vie et de nos besoins au quotidien mais il faut bien le dire (et vous êtes absolument libre de penser le contraire) : que c’est beau ! Qu’on est bien à l’arrière avec sa petite tablette toute en marqueterie et son petit pardon gigantesque écran de 10 pouces personnel ! Quel bonheur de pouvoir allonger ses gambettes sur l’épaisse moquette et installer confortablement son séant sur ces peaux de bêtes mortes de première qualité ! Mais ce n’est pas tout car il est également très tentant de s’imaginer prendre le volant de cette Bentley dont le cockpit est une invitation au voyage mais également à la sportivité ! Alors certes il ne s’agit pas d’une sportive au sens strict du terme mais le compteur gradué jusqu’à 340 km/h en dit tout de même assez long sur ce que le capot dissimule…

Genève 2013 Bentley 016

Cette nouvelle Flying Spur équipée d’un W12 de 6 litres de cylindrée et 48 soupapes délivrant la bagatelle de 625 ch. et un couple dantesque de 800 Nm dès 2000 tr/mn s’affiche ainsi comme la Bentley la plus rapide de l’histoire de la marque avec une vitesse maxi de 322 km/h et un 0 à 100 km/h réalisé en seulement 4,6 secondes… pas mal pour un paquebot de 5,30 m et 2475 kg. Si en plus on vous dit qu’elle ne consomme que 14,7 l/100 km, qu’elle ne rejette que 343 g. de CO2, qu’elle dispose d’un écran tactile HD de 8 pouces, de la possibilité d’y installer un système audio Naim de 1100 Watts, de son propre hotspot Wi-Fi, d’un niveau sonore exceptionnellement bas (12 db à 3000 tr/min selon les données officielles…?), d’un choix de couleur de carrosserie et de cuir qui ferait passer un magasin Leroy-Merlin pour une quincaillerie de quartier et qu’elle ne coûte que…

Non allez, ne brisons pas le rêve avec des chiffres d’une vulgarité sans nom en cette période de crise… Mais au fait quelle crise ?

Photos : Eddy P.