Triste dimanche pour la F1

Il est des jours comme celui là où rien ne va. Ce fut le cas ce dimanche 5 octobre dans le monde du sport automobile et plus particulièrement celui de la F1. Entre un grave incident de course et le décès d’un ancien pilote, il y a de quoi avoir l’air ombrageux et l’esprit triste. Ce jour, entre la disparition d’Andrea De Cesaris et le terrible accident de Jules Bianchi au Grand Prix du Japon, on ne peut que se dire que le monde du sport mécanique et de la vitesse est un monde impitoyable et à risque. 

Andrea De Cesaris est né en 1959 à Rome et il nous a donc quitté ce week end lors d’un tragique accident de moto dans les rues de la capitale italienne. Andrea De Cesaris fait parti de ces pilotes qui ont beaucoup couru, dont on connait tous le nom mais qui n’ont jamais gagné de courses.

Après avoir débuté en karting, le pilote italien gravit les échelons en passant par la F3 anglaise, puis la F2 en 1979. Pour sa première saison dans l’antichambre de la F1, il se fait remarquer par sa combativité et parvient même à monter sur le podium à plusieurs reprises et il remporte même le GP de l’Adriatique. En 1980, les dirigeants d’Alfa Romeo sont séduits par le coup de volant du pilote et sa vitesse, aussi l’engage t-il pour la fin de saison mais ce sera sans succès car la F1 d’Alfa est loin d’être une des meilleures de la grille.
Sa carrière en F1 débute vraiment en 1981 quand il remplace Alain Prost au sein de l’écurie McLaren. Hélas à vouloir aller trop vite, le pilote sort beaucoup tant en course qu’en essai et sur la saison ce sont 18 monoplaces qui sont mis en vrac. Cette « aptitude » lui vaudra son surnom de De Crasheris qu’il gardera durant toute sa carrière. Après une saison difficile, il retourne en 82 chez Alfa Romeo. Une saison avec une pôle, des places d’honneur font penser que tout est sur la bonne voie pour le pilote mais avec le retrait d’Alfa, il doit rejoindre en 1984 l’écurie Ligier déjà sur le déclin où là encore il fera quelques places d’honneur. Après cette session française, retour en Italie avec Minardi chez qui il ne finira qu’un seul GP durant la saison. En 87, direction Brabham-BMW où la saison n’est guère meilleure mais il terminera quand même 3eme au GP de Monaco malgré une panne d’essence et sans avoir franchi la ligne d’arrivée.
S’en suivront diverses écuries comme Rial (4ème place au GP des USA 1989 et fin d’une série de 22 abandons consécutifs en course), Dallara (3eme au GP du Canada 89) et il trouve refuge en 1991 chez Eddy Jordan qui vient de se lancer dans le grand bain de la F1 (4eme au GP du Mexique  et à Monaco). 1992, direction Tyrell chez qui il termine 5ème lors des épreuves canadienne et mexicaine avant même une belle 4eme place au Japon à Suzuka. Si la première saison chez Tyrell est correcte, il n’en sera pas de même pour la seconde. Adieu le moteur Illmor, bonjour le moteur Yamaha et son cortège de déconvenues car ce bloc est franchement mal né et peu performant. Ainsi au GP de Grande Bretagne, il termine la course avec 15 ou 16 tours de retard sur le vainqueur…
Fin 1993, Andrea De Cesaris se retrouve sans volant pour la saison suivante mais à la suite d’un énorme carambolage dont E.Irvine est jugé responsable et puni, il remonte durant deux courses dans le baquet d’une Jordan. S’en suit une pige chez Sauber après l’accident de Karl Wendlinger à Monaco. C’est ainsi que c’est à bord d’une voiture suisse qu’il passe le cap des 200 GP couru (ou presque…). Durant cette saison il marquera le dernier point de sa carrière au GP de France (NDLA : pour les plus jeunes. Non ce n’est pas une légende urbaine mais oui c’est bien une réalité il y a eu des GP de France  !). Quelques semaines plus tard, il raccroche définitivement son casque de pilote de F1 sur un quasi malentendu puisqu’il part en vacances, se rend injoignable pour les dirigeants de Sauber qui avaient pour lui un contrat d’une ou deux saisons supplémentaires.

andrea_de_cesaris_1984_by_f1history

Si l’on en croit les chiffres, De Cesaris aura couru 208 GP, connu 18 coéquipiers, piloté pour 10 constructeurs et 9 motoristes dans 21 modèles différents de voitures. Durant sa carrière il aura marqué un total de 58 points, réalisé un meilleur tour, une pôle, connu 5 fois le podium, parcouru 173 km en tête (sur 36.000 km en course) et abandonné 148 fois.

Depuis son retrait de la F1, il était devenu un courtier financier apprécié à Monaco mais il n’exerçait son métier que 6 mois par an environ, profitant du reste de l’année pour faire de la planche à voile aux quatre coins de la planète. Il avait repris le volant et la compétition par deux fois (2005 et 2006) lors du Grand Prix Masters qui est une compétition qui oppose les anciens pilotes de la Formule 1.
Andrea De Cesaris est donc décédé dans un accident de la circulation ce dimanche alors qu’il se déplaçait en moto.

Andrea-de-Cesaris chez Jordan

Vous le savez peut être hier a été le théâtre d’un accident terrible au Grand Prix du Japon quand la voiture de Jules Bianchi a percuté une grue qui sortait de la zone de sécurité une autre monoplace accidentée, en l’occurrence celle d’Adrian Sutil. Si, au départ la sortie de piste du pilote français est un simple fait de course, l’affaire devient tragique quand on constate que la voiture vient percuter une grue façon Caterpillar ou Manitou qui ne devait plus se trouver à cet endroit au moment de la reprise de la course qui se déroulait sous la pluie. Comme le montrent les images ci dessous, on constate la violence de l’impact du à la fois à la vitesse de l’auto mais aussi à la structure du chassis de la grue élévatrice faite d’un acier très épais et très rigide.

La violence du choc fait se soulever la petite grue dont le poids doit avoisiner les 6 à 9 tonnes et la voiture de Jules Bianchi vient alors passer sous l’engin puis le dépasser provoquant au passage des étincelles mais surtout un coup terrible au niveau de la tête du pilote de la Marussia.

L’affaire est actuellement sous investigation et plusieurs analyses des faits mais aussi de la situation de course juste avant l’accident puisqu’il semble qu’il y ait eu des erreurs de la part des commissaires et une présentation des mauvais drapeaux aux pilotes en course notamment parce que la grue était encore dans l’enceinte de la piste.

Bien évidemment, l’affaire fait polémique et il semble que la FOM (Formula One Management) tente de tout mettre en place pour faire disparaître les images vidéo du net car il semble qu’elles mettent en avant l’erreur des commissaires présents sur place mais aussi qu’elles impliquent une erreur des personnels placés en amont de l’accident. (NDLA : Nous vous avons initialement proposé très vite les images de cet accident mais nous avons préféré, dans un premier temps, les retirer afin d’éviter toute polémique inutile. Nous vous la reproposons ce jour après discussion entre les rédacteurs (aux avis divergents) et consultation d’autres médias ou confrères. C’est donc à titre explicatif que vous pourrez consulter ces images vidéos qui peuvent disparaitre sans prévenir)
Nous devrions en apprendre un peu plus dans les prochains jours car la FIA vient de diligenter une enquête complète qui est menée par Charlie Whiting, le directeur de course sur les grands prix de F1. Les conclusions devraient être connues avant le prochain Grand Prix de Russie qui se courra à  Sotchi ce week end. Alain Prost a clairement signalé une faute qu’il faut dénoncer et surement sanctionner sans pouvoir préciser pour l’instant s’il s’agit de la direction de course ou des commissaires de pistes. Le quadruple champion explique encore que l’entrée de cette grue sous le régime de la voiture de sécurité (safety car) est totalement inacceptable.

Ci dessous quelques éléments visuels et descriptifs du lieu de l’accident.

On ajoutera que Phillip Dabrowiecki, qui a filmé la scène, était en tribune Q2 lors de l’accident et regrette que la FOM tente de cacher ses erreurs en faisant pression sur les sites de diffusion et en mettant en avant des droits qui disent :

«Il est interdit de faire, crééer, stocker, enregistrer, retransmettre, reproduire ou utiliser n’importe quelle sorte d’enregistrement sonore, visuel ou audio-visuel et n’importe quel image, dont des photographies et n’importe quel autre type d’image dérivé ou capable d’être dérivé d’un enregistrement de l’Evènement […] sauf pour la jouissance privée de la personne ayant fait l’enregistrement. Dans tous les cas, il est interdit de poster n’importe quel enregistrement dépassant 5 secondes sur les plateformes de médias sociaux

Reste qu’au delà de cette polémique, il vaut mieux se préoccuper de l’état de santé du jeune pilote de 25 ans qui a été opéré d’un hématome cérébral qu’on espère extradural (hématome en dehors du cerveau, entre la boite crânienne et le cerveau) qui permet de parier sur un taux de guérison de 90 à 100% selon les médecins et le Professeur Saillant qui s’est immédiatement rendu sur place.

Selon le communiqué publié par la famille du pilote et  relayé par l’écurie Marussia, Jules Bianchi souffre « d’une lésion axonale diffuse » due au traumatisme crânien. Sa situation est encore critique mais stable et le pilote respire par lui même. Selon le Pr Mertens, l’étape ou période dite vitale est passée, il faut maintenant attendre la fin de la phase d’œdème et sa résorption. Le médecin explique sur RMCSport que c’est seulement une première phase pour voir s’il y a des signes de réveil et dans quelles conditions. Durant toute cette période de réanimation, Jules Bianchi va devoir rester en soins intensifs pour que les paramètres vitaux soient surveillés et optimaux afin de favoriser la récupération du cerveau et de son enveloppe et cela peut durer au moins une dizaine de jours. Les possibilités de récupération sont réelles mais il faudra du temps et il est peu probable qu’on retrouve rapidement le pilote dans une auto. Le médecin précise que les lésions dont souffre Bianchi ne sont pas du même type que celles de Schumacher et d’ajouter : » Schumacher avait des lésions plus focales avec des hématomes et des destructions cérébrales. C’est donc potentiellement moins grave (pour Bianchi) mais on ne peut absolument pas poser de diagnostic dans l’immédiat. » 

Après ce triste évènement, on ne peut que souhaiter un bon rétablissement à Jules Bianchi et avoir une pensée pour ses proches.

Via Wikia, AutoHebdo, RMCSport, ToileF1, Reuters, Europe1, FanF1, GoogleMaps, Eurosport.
Crédit vidéo : Phillip Dabrowiecki.
Crédits photos :F1History.