Revue subjective de la biennale française de l’automobile

Tous les deux ans, Paris a rendez-vous avec l’automobile, et inversement. Après une édition 2012 plutôt morose, et marquée par une première journée public agitée, cette édition 2014 apparaît mieux partie, sur fond de marché en légère reprise, de groupes français repositionnés, et de nouveautés en nombre sur presque tous les stands.

Structurellement, le plan du Salon évolue : exit l’espace boutiques du Hall 7, déplacées au Pavillon 2.1 ; une meilleure répartition des exposants et du nombre de constructeurs par halls ; et un pavillon 1 rapetissé, consécutivement aux travaux de la Tour Triangle.

Le Salon des gens qui se lèvent tôt

Arrivé tôt à la première journée presse du 2 octobre, j’arbore fièrement le badge presse de votre blog favori qui me permettra d’approcher pratiquement toutes les voitures : après 300 articles écrits ici et quelques piges ailleurs, je ne suis pas un journaliste au sens où la sacro-sainte carte de presse l’entend, certes, mais j’apprécie toujours autant à contempler ce salon au réveil. Il fallut 15 jours intenses pour construire cet événement et ce matin, il arbore pour quelques heures encore des voitures sous leurs bâches de protection, et des allées vides de foule.

Le charme de venir tôt au salon, c’est aussi le plaisir de :

– pouvoir admirer AutoPlus en plein travail -nous passons le bonjour à Mesdammes Gaudy, Lasbarrères, à tous leurs photographes ou cameramen-

– assister aux dernières installations de dernière minute notamment chez les stands des équipementiers dans les halls 2 et 3,

– voir le déploiement des bataillons d’hôtes et hôtesses après un ultime briefing

– constater l’anarchique bal de remise des dossiers de presse aux journalistes…

– …qui, à l’issu des premières conférences, se remarquent à leurs valisettes rouges « Seat ».

Le rituel des conférences de presse

Une conférence de presse réussie, c’est un tout. A quelques minutes du show, une conférence de presse réussie, c’est un maximum de journalistes et photographes amassés sur le stand. Évidemment, ça fonctionne mieux quand, comme chez Lamborghini par exemple, le stand est riquiqui. Cela se passe aussi dehors, avec l’alignement savant des voitures transportant « ceux d’en haut », les dirigeants. Pour le Groupe VW, ce sera un alignement de Bentley, entre autres ; pour JLR et BMW, des Jaguar, Range Rover, et des Rolls-Royce. Ah, sur cette photo se dissimule aussi peut-être la voiture de fonction du président de Ssangyong.

Enfin, une conférence de presse réussie, c’est un one-man-show, à grand renfort de prompteurs et de formules emphatiques. A ce jeu, les styles varient : chez VW, on se la joue ‘Das Auto’ jusqu’au bout avec une conférence 100 % en allemand, avec un Didier Deschamps légèrement perdu face à la langue de Goethe ; chez Citroën, c’est dans un français teinté d’accent anglais que la nouvelle DG de la marque, Linda Jackson, est venue vanter la ‘feel good technology’ d’un C4 Cactus déjà vu à Genève ; et c’est en anglais aux reflets italiens que Luca di Montezemolo a pour la dernière fois présidé la conférence du Cheval Cabré à Paris.

Si la plupart des conférences durèrent un quart d’heure, certaines commençant même en grand retard (VW, Lamborghini…), il en est une qui fut brève : celle de Carlos Ghosn, pour Renault. Arrivé au volant du dernier Espace, l’homme prit un peu plus de 5 minutes pour parler du dernier né de la marque, ne parlant pas -et c’est surprenant- du concept Eolab, de la Clio Initiale Paris, ou encore du lancement de la Twingo III.

Biennale automobile ou d’art contemporain ?

La question se pose au regard des décorations originales arborées par certaines voitures. Chez Ford, une Focus grimée par Timothy Goodman ; chez Subaru, un Forester maquillé façon Tetris ; Toyota proposait même à chacun d’apposer un petit dessin sur sa citadine née d’une croix, l’Aygo II – votre serviteur a « laissé sa patte » sur la portière arrière gauche.

Fiat pouvait même lancer un partenariat avec le Centre Pompidou : avec sa kyrielle de 500 (X, S, « classique », « historique »), la marque transalpine maîtrise même un autre art savant, celui de faire un stand autour d’un seul modèle ! A ce jeu, la Fabrique était en concurrence avec Lancia, qui n’exposait que des Ypsilon, et Isuzu qui ne présentait que des D-Max. Nous n’en dirons pas plus: il ne faut pas tirer sur les ambulances…

Le Mondial des Anciennes

Chaque mois de février, le Parc des Expositions de la Porte de Versailles accueille Rétromobile, le salon des véhicules historiques. Cette année, et à grands renforts de communications institutionnelles, les constructeurs du Mondial de l’Auto font concurrence au rendez-vous hivernal en ressortant de leurs musées leurs anciennes. Au programme, une rutilante Seat Ibiza de 1984, ainsi qu’une MVS Venturi America de 1986.

D’historiques chevronnées se pavanent aussi : dans le Pavillon 1, entre CItroën et DS, vous trouverez une 2CV6 et une DS 21, comme pour mieux symboliser l’antithèse entre ces deux labels pourtant historiquement parents.

Reste qu’au Hall 3 vous attend une curieuse Mehari translucide, accompagnée pas loin par des Porsche 356 (mais non, voyons, ce sont de sympathiques PGO !) et d’une ancienne Formule 1 Honda. Enfin, au Hall 2, l’Amicale Police et Patrimoine expose de vieux véhicules de pandores à côté de quelques camions et camionnettes de transport.

Terminons par quelques surprises

Malgré les annonces, parfois très en amont, des constructeurs sur les véhicules qu’ils dévoileront et exposeront au Salon, restent quelques surprises que l’on ne découvre que le moment venu, au premier jour d’exposition. Ainsi, chez Hyundai, la présence inattendue d’un Mercedes Sprinter. Ah, pardon, c’est en fait le dernier utilitaire du Coréen, le H350…

Chez Ssangyong, on a semble-t-il inventé la boîte de vitesse inversée : grande innovation, qui fait démarrer en 6ème et finir en marche arrière, visible sur le Rodius flambant neuf exposé sur le stand.

Contre toute attente, et malgré l’absence de stand pour le constructeur américain, il y avait bien une Cadillac au Mondial de l’Auto ! Plus précisément, une CTS, perdue au milieu des navettes et autres voitures d’essais sillonnant les abords des pavillons… Et, plus inattendue que tout au monde, une nouveauté chez Alfa Romeo : la Sprint ! Un nouveau modèle… de 1954. C’est dans les vieux pots…

Le Salon des patrons

Les journées presse d’un salon international, c’est l’occasion de voir du beau linge et quelques grands chefs d’entreprise. Cette année, mon chemin croisa celui des deux Carlos (Ghosn et Tavares), de Marchionne (mais son pullover n’est guère photogénique) et du couple Kaiser de l’automobile, les Piëch, Ferdinand et Ursula.

Mon Salon idéal

Plus qu’une logorrhée, la litanie d’images qui suit vous montre mes coups de cœur, très subjectifs, de ce Mondial 2014. Attention, certaines images sont ironiques.

Que dire d’autre, si ce n’est « à dans deux ans » ? Une seule chose est sûre : ce sera long à attendre… Bon salon à tous !

Crédit Photographie: François M.