L’essai d’une Alfa Romeo, c’est toujours un moment un peu particulier au vu du véritable culte voué par certains à cette marque. Alors quand il s’agit de la berline Giulia Veloce, il faut forcément s’attendre à des réactions un peu extrêmes…

Presque trois ans maintenant que j’essaie de temps à autre des voitures pour le blog. Par rapport à mes jeunes collègues, j’en essaie peu, mais je dois atteindre une petite vingtaine d’essais, ce qui n’est pas si mal après tout. Il y en a eu des bien et des moins bien. Certaines que je ne voulais pas rendre et d’autres dont je sors soulagé. Et puis celles qui font tourner les têtes quand je passe dans la rue. Jusqu’ici, c’était une Volvo S90 qui avait suscité le plus d’admiration de mes concitoyens, et même des pouces levés de la part de motards. Comme quoi…

Mais ce n’était rien à côté de la cote d’amour manifeste de cette Alfa Romeo Giulia. J’ai été pris en photo, admiré, des gamins avec des étincelles dans les yeux m’ont demandé de faire rugir le moteur et je m’attendais à tout instant à avoir une demande de mariage instantané (non, je suis déjà pris, désolé). Décidément, Alfa garde une aura bien particulière. Et oui, c’était la voiture que les gens admiraient, pas moi, évidemment, il faut savoir rester lucide.

Bella

Signant le retour d’Alfa Romeo sur le segment des berlines familiales (après, en vrac, les Giulia, 156, 159 ou Alfetta), la Giulia est vraiment une belle bagnole. Peut être moins typée qu’une 156 (que j’avais adorée à son époque), mais qui ressort nettement dans la masse grouillante des automobiles anonymes.

La calandre au biscione est bien sûr présente et participe à la grande personnalité de la Giulia car plus rare qu’un double haricot ou que 4 anneaux. Sous certains angles, elle manque pourtant de personnalité et ressemble même à une Infiniti Q50, notamment de 3/4 arrière. Mais peu importe, elle en jette et ne passe pas inaperçue, surtout avec ces jolies jantes 19″ Performance (option à 900 €). Ma voiture d’essai sera blanche. Dommage, je rêvais d’une bleue, ou même d’une rouge. Mais tout n’est pas perdu : en ouvrant la portière, je découvre une sellerie en cuir écarlate ! Le rouge, mêlé de noir, s’étend sur la planche de bord, la console centrale, bref un peu partout. Comme le dit mon ami Alexsmolik, on dirait la configuration d’une supercar du début des années 2000 ! Moi qui ait toujours rêvé d’une Countach blanche/intérieur rouge, me voilà servi. Et pour ce qui est du moteur, ça devrait être pas mal non plus car j’ai jeté mon dévolu sur la version Veloce (qui doit vouloir dire « ça va vite » dans la langue de Toto Cutugno et Umberto Eco).

4 cylindres 2 litres, turbo, 280 ch, transmission intégrale, boîte auto 8 rapports : la fiche technique en jette. La Veloce se situe dans la gamme juste en dessous de la sulfureuse QV et ses 510 ch. Trop sulfureuse pour un usage raisonné quotidien peut-être. Allez, place au sport et en voiture. La position de conduite est très basse. Jambes et bras allongés, je suis paré à en découdre. Prends ça dans la tête, vilain SUV, une voiture c’est au ras du sol et picétou. L’habitacle est rouge plutôt sobre et élégant, à la limite allemand, ce qui est à mes yeux un bon point. Je suis bien enfoncé dans mon baquet, toutes les commandes à portée de main, l’ergonomie n’est pas particulièrement exotique, c’est rassurant. L’habitabilité est correcte, sans plus. Et comme bien souvent, le passager central à l’arrière sera puni par le tunnel de transmission. La Giulia est certes une familiale, mais le maître à bord reste le conducteur ou la conductrice. L’accès au coffre paraît presque anecdotique.

L’ouverture est étroite, le coffre profond mais bas. Le tout fait que les départs en vacances vont se transformer rapidement en problème de Tétris, niveau Expert. A moins de faire un choix draconien et de se dire que, après tout, on n’a pas besoin de la poussette et du lit parapluie et puis pourquoi on ne laisserait pas le petit à ta mère pour partir en amoureux ?

La strada

Je presse le bouton de démarrage placé opportunément sur le volant et… pas grand chose. Pas de brop brop ou de Vroooo ou autre borborygme venu d’outre tombe. Juste un petit bruit feutré, comme un toussotement poli. La Giulia soigne ses passagers sur le plan auditif, mais c’est à la limite frustrant. Allez, c’est parti, et la Giulia me bluffe immédiatement par son énorme facilité de conduite. Je choppe tout de suite ses dimensions, dans la norme de la catégorie avec 4,64 m de long, tandis que la direction, assistée juste comme il faut, permet d’évoluer très aisément en ville. Le rayon de braquage est un peu limite, mais rien de bien dramatique, il faut juste savoir anticiper.

Pour l’agrément moteur, on verra plus tard. Pour l’instant en zone périurbaine, c’est surtout la douceur de la suspension qui m’épate. Ferme et fondante à la fois, le juste équilibre, même sur pavés ou sur revêtements dégradés. Si l’essai d’une V60 Polestar a nécessité que j’aille consulter mon osthéo, je suis ressorti frais et dispo de la Giulia. Et la tenue de route n’a absolument pas à en pâtir : elle reste très neutre et facile à conduire, avec une direction d’une excellente précision et qui remonte très distinctement les infos dans le volant. Une merveille ! Une fois rendu sur les petites départementales, je peux lâcher un peu la bride et voir si elle est bien véloce cette Giulia. Et indéniablement oui ! Le moteur manque un peu de souffle avec une zone rouge bizarrement très basse, aux environs de 5500 tours, presque une zone rouge de diesel. Mais l’accélération est très linéaire. Trop peut être pour ceux qui veulent un effet coup de pied au cul. Les 280 ch sont là, mais sans gros coup d’éclat. Qu’importe, les vitesses de la boîte AT8 passent tout en douceur, sans à coup, et toujours à propos.

Et si vous voulez changer les rapports à la main, vous disposez de gigantesques palettes semblant sortir tout droit d’une Maserati Granturismo (option à 200 €. Oui, oui les palettes sont en option…). Elles sont tellement grandes qu’il faut aller chercher le cligno loin derrière. La Giulia dispose aussi d’un sélecteur de mode de conduite baptisé DNA. Il permet de choisir entre « mollasson éco conduite autophobe », « juste bien pour la plupart du temps » et « vas-y envoie les watt ». J’alterne entre les modes neutres et Dynamic pour la plus grande partie de mon essai car c’est aller à l’encontre de mes convictions de rester en mode éco sur une telle voiture. Le mode neutre est déjà très largement suffisant, mais le « sport » va durcir la direction, améliorer la réponse de l’accélérateur et prolonger les rapports de boîte jusqu’à la zone rouge. Toujours en conduite soutenue, la Giulia se joue avec grâce de tous les petits virolos. Je sautille de l’un à l’autre grâce à sa grande agilité, mais hélas toujours avec un bruit moteur trop discret. Typée propulsion, elle peut devenir transmission intégrale si les conditions le nécessitent. Le train arrière peut dériver en toute sécurité : l’électronique peut se charger de rattraper vos erreurs. Mais si l’antipatinage est débrayable, il n’en est pas de même de la transmission intégrale. C’est un vrai plaisir de la conduire, à un bémol près : le freinage n’est en effet pas des plus mordants, ni même des plus efficaces. J’ai connu mieux, et plus rassurant. Les jolis étriers rouges siglés Alfa ne font hélas pas tout.

La dolce vita

Et vie à bord, ça se passe comment ? Pas trop mal, même si il faut avouer que la Giulia est en net retrait technologique par rapport à ses concurrentes allemandes. La finition générale est très correcte, sans plus.

Nous sommes loin des ajustements chirurgicaux de chez Audi, ou de la qualité des matériaux de chez BMW ou Mercedes, sans que ce soit pour autant catastrophique. Virtual cockpit ? Non. Afficheur tête haute ? Non. Apple CarPlay ? Non. Reconnaissance vocale qui marche vraiment ? Non plus. J’ai été infichu d’indiquer à la voix ma destination au GPS, qui m’envoyait au choix au fin fond de la Creuse ou dans la Somme alors que je voulais juste aller à Puteaux. L’interface multimédia n’est pas non plus hyper intuitive, mais le bon point est qu’elle se commande avec cette grosse molette si pratique à utiliser en roulant. Pour l’écran tactile, il faudra repasser une prochaine fois peut être.

Heureusement, ces gadgets ne sont pas essentiels à une voiture et je suis tenté de classer la Giulia comme « analogique » par opposition à ces voitures surarmées de technologie et d’aides à la conduite en tout genre. Une voiture plaisir, voilà. C’est ça une Giulia Veloce. Une voiture pour conducteur qui veut se faire plaisir avec un châssis quasi parfait, alliant confort et rigueur. Il manque juste un peu de caractère moteur pour pimenter un peu le tout. Et si vous voulez passer inaperçu, il faudrait plutôt aller voir ailleurs. La Giulia se remarque, mais en bien. Pour être parfaite, une version break me remplirait de joie. Mais il paraît que ça n’existera jamais, et c’est bien dommage.

La consommation de l’essai est plutôt élevée : comptez bien 11 l /100 km en conduite « sportive mais pas trop quand même ». On doit pouvoir descendre sous les 10 litres au 100 en roulant en bon père de famille. Si vous voulez moins, il faudra utiliser le mode Eco et subir des changements de rapport à 1500 trs/min. Mais sérieusement, si vous en êtes rendus là, achetez autre chose qu’une Giulia Veloce, les versions 200 ch sont pas mal non plus paraît-il.

Ricchi e Poveri

Elle a forcément des concurrentes, mais il faut avouer que ses 280 ch la placent en porte à faux entre 2 gammes. Prenez la Jaguar XE : version 240 ou 340 ch. Un gouffre. Et c’est la même chose avec la BMW Série 3 (252 ou 326), la Mercedes Classe C ou l’Audi A4. Et puisqu’il faut forcément parler prix, la Giulia de notre essai revient à environ 58 000 € avec les options (hors malus). Une Audi A4 S Line équipée du 2.0 TFSI de 252 ch vous mènera bien au delà des 60 000 € avec options, mais avec 30 ch de moins.

Hyper polyvalente et plaisante à conduire, la Giulia Veloce a tout d’une excellente voiture. Et pourtant, je ne suis pas du tout alfiste militant canal historique. D’ailleurs pour tout vous dire, il s’agissait de la première Alfa Romeo que je conduisais. Coup de cœur, oui, assurément. Tous ses défauts (qui sont autant de chance…), je pourrai parfaitement vivre avec, parce que je me sentais bien à son volant. Il ne s’agit pas d’une hyper sportive comme l’est l’exubérante QV, mais d’une berline rapide, à l’aise à peu près partout et qui surtout donne un énorme sourire à son conducteur. Il va sans dire que j’ai eu bien du mal à la rendre !

Je remercie naturellement les équipes de FCA France pour leur confiance et le prêt de Miss Giulia

Crédits photos : Ugo Missana, Pierre Emmanuel Alain (GPE Auto), X-Tomi, Régis Krol