Color Manifesto ! C’est l’exposition kaléidoscopique qui retrace les concepts du Cycle de la vie à l’Atelier Renault.

Lorsqu’il arriva en 2009 à la tête du centre de design Renault, Laurens Van Den Acker faisait face à deux défis : donner une orientation nouvelle au Losange, après une longue période chapeautée par Patrick Le Quément et une succession quelque peu troublée entre 2006 et 2008 ; réconcilier les amateurs d’automobile avec Renault, avec son design et plus généralement avec ses valeurs. A partir d’un tel cahier des charges, à une époque où la gamme en concession est massivement contestée (Laguna III, Twingo II, puis les adaptations coréennes Koleos, Fluence et Latitude), celui qu’on ne tardera pas à acronymer en « LVDA » aurait pu échouer, ne pas aller au bout de ses idées, ou tout simplement ne pas rencontrer le succès. Quatre ans plus tard, le chemin parcouru marque l’évolution d’une marque recentrée sur ce que son ancien DG Carlos Tavarès aimait à rappeler dans ses interventions : les produits. Ne plus faire forcément de « voitures à vivre » qui ne soient pas des « voitures à vendre », le rôle des designers étant de donner une âme, une identité, une cohésion et une cohérence à l’ensemble. C’est dans ce contexte que naît le « Cycle de la vie », qui va donner naissance à six concept-cars en trois ans.

L’Amour : DeZir

 Comme M. Van den Acker aime à le rappeler, il fallait réconcilier les consommateurs avec Renault, les faire « tomber amoureux ». D’où le « coup de cœur » figuratif du Mondial de l’automobile 2010 avec le concept DeZir. Des rondeurs généreuses, des phares éclipsés derrière une peau qui a comme la chaire de poule, des demi-arches latérales en aluminium tel l’anneau d’une bague qui se referme, le tout conçu autour d’un intérieur dans lequel des diodes simulent le battement d’un cœur… Plus prosaïquement, la DeZir est un coupé biplace électrique dessiné par Yann Jarsalle, et dont la philosophie est censée se retrouver dans la dernière Clio IV. Celle-ci lui emprunte ses formes généreusement galbée et le regard de calandre, mais bien évidemment reste une citadine, 100 % thermique même !

La DeZir présentée à l’Atelier est la maquette pleine finale 1/1 du studio de design. Le véritable concept-car fonctionnel se trouvait pour sa part au Salon de Tokyo pendant une partie de la durée de l’exposition parisienne, le rendant indisponible. Pour les concepteurs et conceptrices de l’exposition, c’est aussi l’occasion de montrer diverses facettes de l’élaboration des concept-cars.

L’Exploration : Captur

 Après le coup de cœur vient le coup du week end en amoureux. Ce qui explique le choix fait par les designers Renault de ne doter le Captur que de deux places… même si des dossiers cachés sur les côtés peuvent venir transformer le Captur en 4 places. Ses choix esthétiques sont en lien avec sa nature de concept-car : jantes de 22″, intérieur tendu de cordages, structure en carbone, portes en élytre. Néanmoins, sa technologie ne sort pas de la science fiction, puisque c’est un bloc diesel Energy de 160 chevaux qui meut le Captur, à double turbo et double embrayage. Deux ans après le concept-car, le Captur a rejoint la gamme Renault en occupant le segment des SUV urbains, entraînant évidemment une large évolution de son style pour une industrialisation en série.

La Famille : R-Space

Présenté en même temps que le Captur au Salon de Genève 2011, le R-Space est le troisième pétale de la marguerite du cycle de la vie qui revêt cette fois l’aspect de la famille. Les carrosseries de monospaces ont toujours souffert des impératifs d’espace intérieur, obligeant à choisir des silhouette parfois peu esthétiques. Avec R-Space, les équipes de Laurens Van den Acker n’ont pas tranché, usant d’un design dynamique et profilé à l’extérieur, tandis que l’intérieur reste chaleureux et modulaire. Ainsi, 27 cubes colorés font l’aire de jeu dévolue aux enfants, tandis qu’à l’avant les sièges conducteur et passager s’enlacent tel un couple amoureux… A l’image du Captur, le moteur est réaliste, puisque c’est un bloc essence 900 cm3 TCe de 110 chevaux avec boîte EDC et stop & start. Le R-Space n’entrera pas tout de suite en production : il faudra attendre pour cela le renouvellement du Scénic, qui s’inspirera -peut-être du profil de ce concept, sans que pour l’heure les équipes du design l’aient promis.

Le Travail : Frendzy

 

 A l’image de la DeZir, lui aussi est en maquette ! A une échelle cependant plus petite : 1/5, soit la maquette de validation du design du concept-car, alors mis en concurrence avec d’autres maquettes qui furent progressivement écartées de la réflexion. Frendzy, c’est la facette utilitaire du cycle de la vie, le retour à la réalité laborieuse mais ancrée dans le XXIème siècle. Ainsi, la petite fourgonnette se pare d’un panneau LCD latéral de 37″ faisant office de publicité dynamique sur la porte coulissante. Cependant, l’intérieur s’adapte aussi parfaitement à des enfants, qui peuvent de l’autre côté de la porte coulissante trouver un tableau ardoise sur lequel dessiner. Ainsi, le Frendzy est un véhicule dual pour des vies doubles et des usages multiples… de quoi faire le lien avec le R-Space aussi. Présenté à Francfort en 2011, le Frendzy est bien entendu électrique. Le voici cependant tel qu’il fut exposé à l’Atelier Renault à l’été 2012, en taille 1/1 :

Le Jeu : TwinRun

 Après avoir laissé le cycle de la vie un an et demi durant, la cinquième interprétation baptisée « Play » apparaît à Monaco à l’occasion du Grand Prix de Formule 1 de mai dernier. Elle roulait alors sur la piste du circuit, accompagnée d’une R5 Maxi Turbo et d’une Clio V6, conduite par Carlos Tavarès. Elle se veut l’interprétation moderne de la bombinette, avec un gros V6 de 320 chevaux en position centrale arrière issu de la Mégane Trophy. Son design, et notamment son numéro « 5 « , est un hommage la Renault 5, notamment pour les hanches arrière qui rappellent la version Turbo ; l’univers du rallye est évoqué par la présence de projecteurs additionnels à l’avant. Signé Csaba Wittinger, son design est également celui que l’on retrouvera sur la prochaine Twingo III… à ceci près que, contrairement à cette TwinRun mais à l’image de sa soeur Twin’Z, la nouvelle micro-citadine aura 5 portes. Décidément, quelle obsession ce chiffre 5…

La Sagesse : Initiale Paris

Par la thématique de la « sagesse », fallait conclure en beauté le Cycle de la vie, mais aussi envisager le remplacement de l’Espace tout en ébauchant le retour de Renault dans le haut de gamme. Difficile cahier des charges, que le concept Initiale Paris essaie de marier sous une forme de monocorps haut-perché inspiré des derniers SUV à la mode, l’ensemble étant saupoudré de l’esprit parisien : dentelle métallique façon Tour Eiffel, plan de la capitale fraisé sur le toit, jusque dans son patronyme. De loin le plus long de tous les concepts, il mesure 4,85 m, ce qui dégage un volume géant pour les occupants de l’Initiale Paris censés faire l’expérience de l’ « art du voyage » via de larges sièges à l’avant et une banquette au troisième rang. L’aboutissement industriel de l’Initiale Paris n’est pas si lointain : dans moins d’un an, il donnera naissance à l’Espace V.

Color Manifesto : un dispositif technique lumineux

Vous aurez remarqué sur les photos de l’exposition que les concept-cars se retrouvent sous une sorte de canopée lumineuse installée expressément pour l’occasion. Il s’agit d’une création de Christopher Bauder, artiste allemand qui via son studio WHITEvoid a été contacté par Renault pour réaliser l’animation de l’Atelier. Au moyen de 750 DELs polychromatiques rassemblées en rampes, l’éclairage du lieu évolue au fil des couleurs des concepts car, créant évidemment une unité lorsque concept et lumière sont du même grain, et des contrastes originaux lorsque les teintes entrent en contraste.

L’exposition « Color Manifesto » prendra fin le 19 janvier 2014.
Retrouvez l’interview de Laurens Van Den Acker réalisée à l’occasion de l’exposition « Color Manifesto » à ce lien
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Crédit photographique : François Mortier pour BlogAutomobile.fr