essai-bmw-gran-tourer-0012

Il y a quelques années, si une personne m’avait dit qu’un jour BMW sortirait un monospace traction avec des trois-cylindres en entrée de gamme, je lui aurais gentiment conseillé de se calmer sur l’apéro. Et si en plus elle avait ajouté que ce dernier ferait l’objet d’une version 7 places, alors là je lui aurais commandé un taxi sur-le-champ, direction l’hôpital psychiatrique qui plus est. Mais aussi étonnant que cela puisse paraître, l’hélice a osé…

Cela fait des années que l’on nous rabâche que le marché des monospaces est sur le déclin. Mais à l’heure où certains d’entre eux se travestissent en SUV pour suivre la tendance et dissimuler leur vraie nature, d’autres se lancent tout juste dans cette folle entreprise avec une carrosserie qui ne laisse pas de place à l’ambiguïté. C’est le cas du BMW Série 2 Active Tourer, essayé en long, en large et en travers (oups, c’est pas la bonne BMW) par Jean-Baptiste il y a déjà quelques mois. Depuis, ce dernier a fait des petits (l’Active Tourer hein, pas Jean-Baptiste), ou plutôt des grands puisque à la manière du C4 Picasso et du Scénic, le monospace de Munich se décline désormais dans une version longue baptisée Grand Gran Tourer (eh oui, c’est plus classe de l’écrire avec l’orthographe espagnole).

Au programme : 21 cm de gagnés en longueur (4,56 mètres), 5 en hauteur (1,61 mètre) et surtout l’arrivée de 2 strapontins dans le coffre qui permettent d’embarquer jusqu’à 7 occupants (une version 5 places revendiquant plus de volume de chargement est également proposée). Côté look, le Gran Tourer adopte un hayon plus vertical et la découpe des vitres se fait plus carrée à l’arrière. Pas de quoi chambouler le style du monospace à l’hélice, que je considère comme l’un des moins moches des plus séduisants du marché avec les Ford C-Max et S-Max. À noter qu’à l’instar de l’Active Tourer, Monsieur Plus peut être choisi avec une finition M Sport offrant un accastillage plus agressif (c’est Jean-Baptiste qui va être content…).

Comme pour l’Active Tourer, on est en droit de se poser la question suivante : Warum ? Eh bien outre le fait que le marché des monospaces reste relativement porteur en Europe (10% des ventes en France), la raison qui revient souvent chez BMW est que les professionnels, qui devraient représenter environ trois quarts des ventes, deviendraient de plus en plus réticents à l’idée d’acheter des SUV premium pour leurs flottes, principalement à cause de leur consommation, leur côté ostentatoire et surtout leur prix. À leurs yeux, le Gran Tourer se placerait ainsi comme une alternative plus économique et discrète, avec une finition comparable et une habitabilité supérieure. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, sachez que l’Active Tourer a apporté à BMW trois quarts de ses nouveaux clients. Vu comme ça, ça se tient, non ?

En ce qui concerne la finition, le Gran Tourer remplit le contrat et la qualité d’assemblage est au rendez-vous, même si quelques bouts de tôle restent mal dissimulés au niveau des vitres. Et puisque l’on est chez BMW, le catalogue offre en prime un vaste choix de selleries et d’inserts décoratifs. À noter que les deux places arrière bénéficient de la même sellerie que le reste des sièges. Un bon point, du moins si vous n’avez pas peur que vos petites têtes blondes flinguent le cuir avec leurs Lego ou tout autre arme blanche (si si, ça coupe les Lego, essayez de marcher dessus…). Car oui, ces deux places sont sans surprise à réserver aux petits gabarits, à l’instar de celle du milieu de la banquette (coulissante sur 13 cm comme dans l’Active Tourer). Pour les enfants qui n’ont pas encore l’âge de jouer aux Lego, il y a toujours les fixations Isofix sur la rangée intermédiaire. Mais contrairement à l’Active Tourer qui n’en dispose que de deux, le Gran Tourer a su se débrouiller pour en proposer une troisième. En option, le siège avant passager peut lui aussi recevoir une fixation Isofix (+100 euros).

Les 21 cm gagnés en longueur permettront aux adultes de se sentir un peu plus à leur aise sur la banquette. Néanmoins, l’habitabilité se montre légèrement en retrait face aux concurrents généralistes. Et ce n’est pas avec son coffre que le munichois tirera son épingle du jeu. En effet, son volume sous tablette varie de 560 à 720 litres selon la position de la banquette coulissante, à comparer aux 679-823 litres du Peugeot 5008, revendiquant des dimensions similaires à celles du Gran Tourer. On ne peut donc pas dire que le BMW soit le mieux loti à ce niveau-là.

Mais s’il y a bien un domaine dans lequel le Gran Tourer trahit sans aucun remords son positionnement de monospace, c’est, pour notre plus grand plaisir, celui du comportement. Comprenez par là que l’on ne fait pas que transporter du bétail à son volant. En effet, malgré un empattement allongé de 11 cm par rapport à l’Active Tourer, il conserve un certain dynamisme et s’est révélé plaisant à emmener sur les routes sinueuses des environs de Perpignan. La chose est un peu moins vraie avec la transmission intégrale xDrive, essayée avec un 220d de 190 ch (la seule motorisation à la proposer en option), qui rend le monospace plus pataud en rajoutant près de 100 kg sur la balance (1 530 kg pour le 218d et 1 615 kg pour le 220d xDrive). En revanche, que ce soit en traction ou en quatre roues motrices, le Gran Tourer souffre d’un freinage pas assez incisif, et ce ne serait-ce qu’en conditions normales d’utilisation. Toutefois, j’émettrais quand même une petite réserve sur ce dernier point. Le fait est que certains de mes confrères semblent avoir confondu Série 2 Gran Tourer et M235i au vu de leur rythme (il y en a qui ont pointé du doigt un ESP « trop intrusif »…). Dire que les plaquettes ont un peu mangé relève donc certainement d’un doux euphémisme.

Il faut dire que les moteurs du Gran Tourer ne manquent pas de vigueur et inciteraient presque n’importe quel bon père de famille à attaquer. Du moins les quatre-cylindres 2.0 litres, leurs homologues trois pattes (214d de 95 ch, 216d de 116 ch, 216i de 102 ch et 218i de 136 ch) n’ayant pas été mis à notre disposition lors de cet essai. Ne serait-ce qu’en version 218d, qui revendique 150 ch et 330 Nm, le Gran Tourer offre déjà un agrément de conduite et des prestations d’un bon niveau (0 à 100 km/h en 9,5 secondes). Sur le papier, le 220d, uniquement essayé avec la transmission intégrale, semble faire beaucoup mieux avec 190 ch, 400 Nm et un 0 à 100 km/h en 7,8 secondes pour la version quatre roues motrices. Dans les faits, la différence se fait plus ténue. Mais il aurait fallu essayer ce dernier en traction pour mieux comparer. Côté essence, j’ai eu brièvement l’occasion de prendre en main le 220i de 192 ch et 280 Nm. Il en est ressorti que ce bloc très sympathique (il s’agit ni plus ni moins que d’une version légèrement dégonflée du moteur de la Mini Cooper S) n’a pas grand-chose à faire sous le capot d’un monospace, son comportement et sa sonorité étant typiques d’un moteur de petite sportive (tout se passe en haut des tours). Mais cela n’empêche qu’une telle combinaison a de quoi donner le sourire sur la route (et sans doute la nausée aux passagers arrière en conditions réelles…). À noter que la version 225i de 231 ch présente sur l’Active Tourer (et dont le bloc a été repris par la Mini John Cooper Works) n’a pas été reconduite sur le Gran Tourer. Enfin, la boîte automatique à 8 rapports, proposée sur toutes les motorisations exceptées les 214d et 216i, fait bien son job et passe les rapports avec fluidité. Chose amusante, cette boîte peut recevoir un mode « sport » sur certains blocs. Ce dernier n’a pas grande utilité – pour ne pas dire aucune – mais vous délestera de 150 euros.

Niveau tarifs, le Gran Tourer surprend en affichant un prix d’appel moins cher de 1 200 euros par rapport à celui de l’Active Tourer. En réalité, BMW a « triché » puisque la motorisation d’entrée de gamme 216i de 102 ch n’est pas encore proposée sur ce dernier. Toujours est-il qu’avec un tarif débutant à 26 490 euros, le BMW 216i Gran Tourer reste plus cher qu’un Citroën C4 Grand Picasso 1.2 Puretech 130 proposé à partir de 25 600 euros. Mais comme avec l’Active Tourer, la marque compte sur sa valeur résiduelle et ses prix en LOA pour séduire les clients. Ainsi, à motorisations comparables, le Gran Tourer présente par exemple un loyer moins cher de 9% par rapport à celui d’un de ses concurrents généralistes (la marque n’a pas précisé lequel) dont le prix catalogue est pourtant inférieur de 9% comparé à celui du Gran Tourer. Et ces LOA avantageuses concerneraient aussi bien les motorisations d’entrée de gamme que les plus onéreuses 218d et 220d, respectivement proposées à partir de 34 100 euros et 39 300 euros. De surcroît, le munichois embarque une dotation de série assez conséquente avec notamment la climatisation manuelle, l’avertisseur de collision, le détecteur de pluie, l’allumage automatique des projecteurs ou encore l’assistant à la conduite dans les bouchons, que je n’ai malheureusement pas pu essayer. Et au cas où vous n’auriez pas besoin des sièges 6 et 7, une option minorante allégeant la facture de 300 euros vous permet de vous en débarrasser.

Pour un coup d’essai sur le segment des monospaces 7 places, on peut dire que la marque à l’hélice s’en sort très bien. Certes, le Gran Tourer n’est pas le plus spacieux de sa catégorie, mais il a au moins le mérite de proposer des motorisations et un comportement rafraîchissants sur le moins fun des marchés automobiles. Apporter un soupçon de passion là où il n’y en a pas : et si c’était ça aussi, la philosophie BMW ?

Un grand merci à toute l’équipe de BMW France pour l’invitation !

Et puisque cet essai devrait être le dernier papier que je signe pour le BlogAutomobile, j’en profite également pour remercier Gonzague et l’ensemble des rédacteurs de m’avoir accueilli au sein de l’équipe durant ces quelques mois qui m’ont permis de découvrir une autre façon de vivre l’automobile, ainsi qu’un lectorat empli de passion. Tcha-ciao comme dirait un certain D.C. sur M6 !