L’être humain est ainsi fait que ses jugements, aussi cartésiens soient-ils, conserveront une part de subjectivité. A plus forte raison lorsque l’objet de l’évaluation est un produit qui passionne, divise, est souvent symbole de liberté et de statut, est assurément un important poste de dépense tout en conservant une notion bêtement utilitaire. Une voiture, quoi. Pour qualifier cette impression toute subjective, les anglais utilisent l’expression « je ne sais quoi », preuve, s’il en fallait, qu’on ne sait vraiment pas quoi. Et pourtant, il y a un truc. La preuve, j’ai rendu les clés de la Volvo V40 à regret. Vous vous demandez sans doute ce qui ne m’a pas laissé indifférent ? Bonne question. J’ai quelques lignes pour trouver ce je ne sais quoi

Commençons objectivement par tout ce qui m’a déplu

Oui, autant débuter par trois paragraphes incendiaires. Et pourtant, j’ai vraiment apprécié cette V40. Qui aime bien, châtie bien, non ?

Lancée au printemps 2012, la V40 remplace plus ou moins les C30, S40 et V50 dont elle reprend le soubassement (plateforme C1 de l’ancienne Ford Focus notamment). Quelques évolutions viennent toutefois agrémenter la nouvelle V40 à l’image d’une inédite direction assistée électrique et de nouveaux réglages des liaisons au sol. Sachant que l’ancienne Focus faisait en son temps référence, il est fort à parier que la V40, forte d’une évolution d’une base si saine soit parée d’excellentes qualités dynamiques. Et pourtant il n’en est rien. Ou plus précisément : elle n’est pas mauvaise à défaut d’être vraiment bonne. La direction vous fait parvenir d’importantes remontées de couple lors de franches accélérations. Les nostalgiques de la 850 apprécieront, les autres regretteront ce petit écueil. En parlant de direction, la V40 propose 3 lois d’assistance paramétrables depuis un sous-menu de l’ordinateur de bord… que je n’aurais pas trouvé sans l’aide de mon frère. Autant dire que les clients ne s’en serviront jamais au quotidien. Et ça tombe bien, Volvo facture cet artifice à 85€. Ne riez pas. Comme disait Coluche, il suffirait que les gens arrêtent d’acheter pour que ça ne se vende pas. Et dire qu’il aurait suffit de faire comme sur l’Alfa Romeo Giulietta et sa commande DNA. Pour clore l’épineux chapitre de la direction, soyez assurés que la voiture braque fort mal, en tous cas, nettement moins bien qu’une grosse Mondeo. Ca fait désormais 21 ans que Volvo est passé maître dans l’art de pondre des voitures au rayon de braquage démesuré. Et ce, en dépit d’un modeste L4 sous le capot. Bel exploit.

Sous le capot de cette version T4, trône donc un 4 cylindres 1.6 turbo de 180 chevaux. Ce n’est ni plus ni moins que le moteur Ford Ecoboost de la nouvelle Focus, doté d’une injection directe et flanqué d’un stop & start. Pour couronner le tout, notre modèle d’essai dispose de la boîte de vitesse robotisée à double embrayage Powershift d’origine Getrag : tout pour réussir ? C’est en partie loupé. La puissance est certes là, la voiture se veut dynamique plus que sportive. Pêchue, éventuellement GT mais sûrement pas GTI. C’est plutôt un tube des Cardigans que des Hives pour reprendre une métaphore suédoise. Rien de grave, telle n’était pas la vocation de cette version T4, laissant à la motorisation T5 (5 cylindres, 255 ch) le soin de jouer les diablesses. Mais le vrai talon d’Achille de cette voiture tient dans sa boite de vitesses. Pourtant au top de la technologie, la boîte à double embrayage prouve qu’avoir les bons ingrédients ne suffit pas : encore faut-il maîtriser la recette. Les changements de rapports sont loin d’être rapides, la Powershift semblant mal s’acclimater du moteur. L’adaptation aurait-elle été bâclée ? L’inertie est accentuée lors des démarrages par le stop & start, comme si la boîte ne comprenait pas qu’il était temps de se mettre en branle. Au bénéfice de la consommation ? Un pantagruélique 11 l/100km en ville, et un plus acceptable 7,5 l/100km sur parcours mixte et fluide ont été mes « performances » durant les 3 jours d’essai. Dommage, la sonorité du T4 est vraiment réussie mais j’ai peur que la raison vous pousse à opter pour un diesel 5 cylindres doté d’une BVA à convertisseur de couple (moteurs D3 et D4).

Longue de 4,37 mètres, la V40 offre un espace habitable fort correct aux places arrière et une grande amplitude de réglage au niveau des sièges avant. Malheureusement, les passagers du rang 2 devront s’accommoder d’un dossier de banquette un peu raide et d’une garde au toit peu généreuse avec les grands gabarits. Le coffre, quant à lui, est loin de faire référence avec un volume de 335 litres. A titre de comparaison, une C4 offre 408 litres, une Golf, 380. Le clou du spectacle est assuré par le stupide toit vitré : en dépit de son prix prohibitif (1140€), il est désespérément fixe contrairement aux toits vitrés ouvrants des concurrentes (Classe A, Giulietta…). De plus, son implantation est mal pensée du fait de la présence du store en partie avant du pavillon. Le store grignote quelques centimètres de garde au toit à l’avant et a pour incidence que la surface vitrée ne profite qu’aux passagers arrière car trop reculée. Moralité : passez chez un installateur agréé Webasto et faîtes poser un toit ouvrant plutôt que cette bancale verrière fixe. C’est d’autant plus impardonnable que la Volvo XC60 dispose d’un toit ouvrant panoramique de dimension similaire, mieux conçu et au même prix… Allez comprendre.

Et pourtant, il y a un truc : on se laisse un peu charmer.

« Je ne sais pas », chantait le Grand Jacques. Je crois que je commence à savoir. La preuve en trois paragraphes…

J’ai déploré des retours de couple dans la direction ou un rayon de braquage excessif ? Who cares? Après tout, le volant est tout simplement superbe, sa préhension est une réussite, ses commandes, bien conçues. D’ailleurs, c’est toute l’ergonomie de la voiture qui est soignée. En dépit de petits boutons, la console centrale est très facile à appréhender. Son design sort du lot de par son architecture suspendue, son original garnissage mêlant un relief noir, un liseré bleu et une zone de couleur satinée. Peu importe que le rangement dissimulé derrière la console flottante soit peu accessible, l’ensemble flatte la rétine et marque l’esprit. Vous vous souvenez du design des consoles centrales des rivales ? La V40 marque un point. C’est d’ailleurs tout le style de la voiture qui se démarque : de l’original combiné d’instrumentation au joli graphisme à l’esthétique de cette Volvo. Dans sa version R-Design, elle se pare d’un bouclier avant au dessin acéré, de jolies jantes (et d’un diffuseur arrière aussi exubérant qu’inutile). La V40 fait également un clin d’œil discret à la superbe P1800 des années 60 avec une arrête de carrosserie au dessus des poignées de portes arrière. Ses feux évoquent, quant à eux, les V60 et XC60, jolies références en la matière. Une belle voiture, tout simplement. Et suffisamment distinctive pour ne pas la perdre dans un parking.

J’ai osé me plaindre du tandem moteur/boîte ? Ce serait ne pas rendre justice à la très agréable sonorité du T4, rageur dans les tours et bien moins roturier que son architecture ne le laisserait croire. A bas régime, la mécanique se fait oublier, d’autant plus que l’insonorisation est particulièrement réussie. Vous profiterez alors pleinement de la très bonne installation audio (Volvo High Performance à 1020€, couplée au GPS), restituant avec brio le répertoire musical de mon téléphone connecté via Bluetooth ou USB.  En revanche, pour changer d’album, mieux vaut aller le faire directement depuis ledit téléphone. Je regrette aussi l’absence de présélections dans l’égaliseur. Pour les plus exigeants, une installation audio 11 hauts parleurs est proposée (Volvo Premium Sound à 1615€). Puisque j’en suis à évoquer les équipements, notre modèle disposait du BLIS (alerte d’angle morts), facturée 540€ et plutôt efficace en ville. Nous disposions également de la peinture spéciale Argent Electrique (1010€), du siège conducteur électrique à mémoire (700€), des phares au xénon (1000€), de la caméra de recul (450€) et du très esthétique rétroviseur intérieur sans cadre (150€, il n’y a pas de petits profits). Au total, notre exemplaire valait plus de 37 000 € prix catalogue.

A ce prix là, vous bénéficiez, comme sur toute Volvo qui se respecte, d’excellents sièges. Assurément les meilleurs de son segment. Qu’il s’agisse de la longueur d’assise, du dossier, des maintiens latéraux, de l’appui-tête (pourtant fixe) ou des mousses employées, ils offrent un excellent confort. Au point de pardonner une séance d’étirement bâclée à votre hôte. Garnis de cuir (un peu), d’alcantara (beaucoup), de vinyle (à la folie…) et brodés R-Design, leur style est réussi. La forme et la fonction : que demande le peuple ? Cette V40 s’apprécie vraiment pour son confort et sa suspension vient confirmer cet état de fait : on aurait pu craindre que la version R-Design, à l’esthétique sportive, s’accompagne d’un châssis sport dégradant inutilement le confort (Audi A3 S-Line, je pense très fort à toi), il n’en est rien. Sous les pavés, la plage ? Allez savoir, mais sur les pavés parisiens, la V40 s’est montrée capable de filtrer efficacement les aspérités de la route, faisant d’elle une confortable voiture. J’ai certes conchié la Powershift mais force est de constater qu’elle m’a fait un bien fou lorsqu’il s’est agit d’affronter une heure d’embouteillage pour aller voir mon frère (distant de 10 kilomètres, la magie des Hauts-de-Seine opérant). Pour rien au monde, je n’aurais troqué cette bancale boite automatique pour une manuelle, fût-elle bien conçue. Et puis, il y a tous ces détails quasi inutiles mais qui ont leur cachet : le sélecteur de boîte de vitesse rétro-éclairé, le porte ticket de stationnement, la sonorité du T4, le design du rétro intérieur, le toucher des différentes commandes… Tout ce je ne sais quoi que je commence à savoir, à défaut d’avoir tout saisi.

En toute subjectivité : mon jugement objectif.

Il y a parfois des femmes qu’on aime et celle qu’on épouse, plaisantait récemment Renaud Roubaudi sur son excellent site. Si la Škoda Octavia de son essai était plutôt une voiture à épouser, cette Volvo V40 est clairement une voiture que l’on aime… Mais que l’on aurait aimé épouser. Manque de chance, elle échoue de peu : j’ai adoré ses sièges, son design décalé à défaut d’être excentrique, son aménagement intérieur, son silence, son installation audio, la personnalité du moteur et d’autres menus détails. Mais sa consommation urbaine est difficile à accepter, d’autant plus que la V40 est dotée d’un certain arsenal technologique et surtout, la voiture souffre d’une boîte de vitesse mal paramétrée. Alternative crédible aux premiums allemands, à la Citroën DS4 THP 160 BVA et à l’Alfa Romeo Giulietta 1750 TCT, la Volvo V40 T4 est attachante mais je l’aurais souhaitée meilleure. La version D4 automatique se montrera peut-être plus agréable, et assurément moins gloutonne. A l’image de Nina Simone, la V40 a suffisamment de caractère to put a spell on you. Lui pardonnerez-vous ses défauts ? Ca ne tient qu’à vous. Pour ma part, c’est presque le cas. Presque… Fichu toit non ouvrant ! Mais ce n’est que mon avis. Un avis de mâle poilu bourré de testostérone. La vraie question est : qu’en pense Anna ?

Anna nous donne son avis de nana (et fait une allitération)

« Avant de vous donner mon avis sur la Volvo V40 R-Design, je tenais à vous dire qu’après être passée derrière le volant d’une Porsche Boxster et d’une Panamera, les voitures ordinaires paraissent insipides [Madame a des goûts de luxe NDE²]… Malgré tout je vais essayer d’être objective avec cette Suédoise compacte 5 portes. Niveau design extérieur, rien à dire. Je trouve la Volvo V40 R-Design canon : face, profil et derrière plutôt « swag » (exit les termes techniques, c’est comme ça qu’on parle voiture nous les femmes : comme si l’on parlait maillot de bain, chaussures ou sac à mains…). Mais dans l’habitacle, ça se gâte : pas très funky ni glamour tout ça ! Un peu trop tirée à quatre épingles, cette Volvo V40 prive même les passagers avant de la lumière qu’aurait dû apporter le grand toit vitré. Et si les sièges avant sont confortables (attention, le siège passager avant ne se règle pas électriquement !), les sièges arrière vous mettent au garde à vous : j’étais droite comme un i ! Dernière critique négative : la taille riquiqui du coffre… Mais comment va rentrer une poussette ? Niveau conduite, rien à dire : avec 180 ch, le plaisir était au rendez-vous. Et j’ai apprécié la boîte auto assez réactive à mon goût. »

Merci à notre charmante recrue, que vous retrouvez également sur le Journal des Femmes.

Photos : Ugo Missana / Eric E.