Huit ans après l’arrivée de la Logan et alors que le Duster continue de cartonner, Dacia poursuit son expansion avec le lancement du Lodgy, un monospace version « low cost » qui prétend offrir une habitabilité record et des prestations de qualité sans pour autant vous fâcher avec votre banquier. Après avoir reçu un très bon accueil de la part du public lors du salon de Genève en mars dernier, le Lodgy débarque ce mois-ci en concessions. Impatient de le découvrir et de me faire une idée à son sujet, je suis allé l’essayer sur les routes ensoleillées du Maroc afin de savoir si ce nouveau venu dans la gamme du constructeur roumain tient toutes ses promesses.

Présentation

Du point de vue du style extérieur et comme toujours chez Dacia, l’objectif était de proposer un véhicule plaisant à regarder tout en minimisant les coûts de production. Mais cette fois-ci, le partage de pièces avec ses sœurs de la gamme s’est essentiellement porté sur des éléments qui ne se voient pas. Hormis les rétroviseurs empruntés au Duster, le Lodgy arbore donc une carrosserie totalement inédite. La silhouette massive (optimisation de l’espace à bord oblige) ne pénalise pas trop le design de la voiture, qui offre des lignes homogènes et agréables à regarder. Certes vous n’aurez pas droit aux (désormais traditionnelles) guirlandes de diodes, à de jolies optiques lenticulaires très travaillées ou encore à des touches de chrome à tous les coins de la carrosserie, mais l’ensemble est suffisamment plaisant et moderne pour ne pas vous obliger à baisser les yeux lorsque vous croiserez votre voisin et son Touran 2.0 l TDI Carat.

Avec 4.498 m de long pour 1.751 m de large (et 1.68 m de haut), le Lodgy est un peu plus court et, surtout, plus étroit qu’un Renault Grand Scenic. Il n’est donc pas si imposant dans la réalité que sa silhouette d’armoire normande le laisse supposer sur les photos. On pourra regretter la protection de la carrosserie un peu légère : si vous êtes un adepte du stationnement serré en milieu urbain, les pare-chocs risquent de souffrir. Et puisqu’on parle peinture, ne comptez pas sur la palette de couleurs proposée pour briser la monotonie de votre quotidien : entre le blanc et le noir, vous pourrez toujours opter pour du gris et, si vraiment vous voulez de la couleur, votre choix se limitera au Bleu Navy (pas très gai ni très sexy) et au Beige cendré. Le souci de tirer les coûts au plus bas et la nécessité de vendre sur stocks implique une personnalisation qui se résume au minimum syndical. On ne peut pas tout avoir. Cela dit, on aimerait bien que Dacia étoffe un peu sa palette de couleurs dans les prochains mois avec, pourquoi pas, le Rouge de Feu de la Sandero Stepway ou le Brun Cajou du Duster. Wait and see…

Équipements et motorisations

La gamme Lodgy débute à 9900 € et s’articule autour de 4 niveaux de finition : base, Ambiance, Lauréate et Prestige (une appellation suffisamment ringarde pour vous faire regretter de ne pas avoir choisi le niveau de finition inférieur…). Trois motorisations sont proposées dans un premier temps : 1.5 dCi 90 ch et 1.5 dCi 110 ch pour les diesels et 1.6 MPI pour l’offre en essence. Le 1.2 TCe 115 ch, que l’on retrouve sur les Mégane et Scénic, viendra prochainement compléter la gamme. Le modèle d’entrée de gamme, qui est uniquement disponible avec le petit 1.6 essence et s’affiche à 9900 € (auxquels il faudra ajouter un malus écologique de 750 €…) n’est là que pour attirer le chaland. Son équipement est de toutes façons très dépouillé : ABS, airbags frontaux et latéraux, direction assistée et… un allume-cigare. Circulez, y’a rien à voir !

Dans le monde réel, la plupart des acheteurs opteront pour une version diesel, le ticket d’entrée grimpant alors à 13.900 € (1.5 dCi 90 Ambiance 5 places). A ce prix, l’équipement reste minimaliste, en ajoutant simplement : vitres électriques avant, fermeture centralisée, ordinateur de bord, une prise 12 V, un cache bagage à l’arrière et c’est à peu près tout. A l’autre bout de la gamme, la version 1.5 dCi 110 Prestige 7 places, proposée à 16.500 €, offre un équipement plus complet : clim manuelle, limiteur de vitesse (pas de régulateur proposé, même en option), volant et siège conducteur réglables en hauteur, volant et pommeau de levier de vitesse en cuir, vitres électriques arrière, jantes alu 16″, radar de recul et, surtout, le nouveau système multimédia embarqué MEDIA NAV (option à 430 € sur les autres niveaux de finition). Ce dernier constitue l’une des grandes nouveautés du Lodgy. Grande première sur un modèle low cost, il se présente sous la forme d’un grand écran tactile 7″ (18cm) intégrant la radio, une connexion kit mains-libres Bluetooth, des prises USB et jack en façade et un GPS. Le système en lui-même est assez basique et offre peu d’options de réglage, ce qui au final n’est pas plus mal car certains systèmes embarqués sur des modèles plus haut de gamme ont tendance à offrir trop d’options de personnalisation et une interface inutilement compliquée. La simplicité ça a du bon. Le tactile est réactif et l’interface est suffisamment simple pour ne pas (trop) distraire le conducteur. Bref, une belle réussite. A 430 € l’option sur les premiers niveaux de finition, vous auriez tort de vous en priver. Pour le reste, les options sont : peinture métallisée (460 €), ESC (300 €), roue de secours (120 €), Plug & Radio (200 €), radar de recul (200 €), climatisation manuelle (900 €), lève-vitres électrique arrière (150 €). Seules les premières options concernent la version Prestige, pour le reste tout est de série sur ce niveau de finition.

Vie à bord

En prenant place à bord, et comme à l’accoutumée chez Dacia, vous découvrirez un environnement intérieur essentiellement garni de plastiques durs et basiques. Cela dit, l’ensemble est correctement assemblé, fait sérieux et semble suffisamment solide pour ne pas être mis en pièces par vos enfants dès les 50 premiers kilomètres. En outre, la présentation des finitions supérieures est des plus agréables. Avec une console centrale noire laquée, des touches de (faux) chrome par ci par là, un grand écran et une planche de bord jouant habilement sur deux tons de plastique différents, l’intérieur du Lodgy marque un réel progrès par rapport aux précédents modèles de la marque et l’ensemble se révèle très agréable à vivre. Et si vous n’êtes pas de ceux qui passent leur temps à caresser la planche de bord pendant le voyage, l’absence de plastiques moussés n’a rien d’insupportable. Seule la version d’entrée de gamme archi basique et proposant un tableau de bord full plastique serait susceptible de vous pousser vers une longue et douloureuse dépression. A noter également que sur cette version d’appel la boite à gant restera ouverte, un peu dommage. En dehors de ça, les rangements sont suffisamment nombreux dans l’habitable avec un bac sur le dessus du tableau de bord (fermé à partir de la finition Lauréate), un petit rangement supplémentaire au-dessus de la boite à gants et de grands vide poches à l’avant comme à l’arrière. Les passagers arrière devront en revanche apprendre à se passer des tablettes type aviation et des petits stores à enrouleurs intégrés dans les portières arrières, équipements fréquents sur les monospaces des grands constructeurs généralistes mais indisponibles sur le Lodgy.

L’habitabilité est très bonne. Les passagers du deuxième rang bénéficient d’un espace aux jambes appréciable (la fée du Lodgy nous a prêté ses jambes le temps d’une photo pour vous en faire la démonstration). A noter, toutes les versions disposent de série de 3 fixations ISOFIX. Mais c’est la troisième rangée de sièges qui nous a particulièrement impressionnés. Alors que dans beaucoup de modèles se prétendant 7 places les places du dernier rang ne peuvent en réalité accueillir que des enfants (ou des contorsionnistes) le temps d’un court trajet, les deux places du troisième rang sur le Lodgy accueillent sans problème deux adultes dans des conditions qui permettent tout à fait d’envisager les longs trajets, porte gobelets en prime (il est par ailleurs possible d’entrebailler les vitres sur les derniers niveaux de finition). Par contre, en cas de choc arrière, ce sont eux qui serviront de zone de déformation (sur ce point, le monospace roumain est donc « lodgé » à la même enseigne que la concurrence…). Quant au volume du coffre, il va de 207 litres en configuration 7 places à 2617 litres en configuration deux places, en passant par 827 litres en configuration 5 places (634 si vous avez la 3ème rangée de sièges pliée dans le coffre). Un très gros volume de chargement approchant celui d’un grand monospace pour le prix d’une petite citadine, bien joué.

Question modularité, on reste dans le basique mais efficace. Pas de sièges indépendants mais une banquette fractionnable 2/3 – 1/3. Et si vous ne trouvez pas de banquette au troisième rang, inutile de chercher sous le plancher, c’est que vous avez acheté une version 5 places. La version 7 places bénéficie en effet d’une simple banquette amovible dans le coffre (pour un surcoût de 490 € par rapport à la 5 places). Si la manipulation pour la replier, voire l’enlever, est relativement simple, il faut savoir que cette banquette est assez lourde et encombrante. Après tout, puisque vous avez sacrifié toute activité personnelle pour vous occuper de vos enfants, c’est l’occasion de faire un peu de sport pour pas cher. Enfin, on pourra regretter que cette banquette ne soit pas elle aussi fractionnable, ce qui ne permet pas de transporter 6 passagers tout en gardant une partie du coffre disponible pour les bagages.

Sur la route

Le 1.5 dCi 110 est associé à une boite manuelle à 6 vitesses. Si les performances sont honorables sur le papier (175 km/h, 0 à 100 km/h en 11.6 secondes), la BVM6 mal étagée vient quelque peu gâcher le plaisir. Les rapports sont trop longs et, à bas régime, c’est le vide intersidéral (jusqu’aux alentours de 2000 tours/minute). Nous nous sommes retrouvés à la peine pour monter (à vide…) certains petits chemins à la pente assez raide, la puissance ne surgissant que brutalement passé un certain régime. Comme toujours, la consommation annoncée par le constructeur (4,4 l/100 km) est des plus fantaisistes. Au cours de notre essai, nous nous situions en réalité plus aux alentours de 6,7 l/100 km. Quoi qu’il en soit, à moins de rouler essentiellement sur autoroute et de tenir à la boite 6 vitesse (particulièrement adaptée à ce type de trajets), vous pourrez économiser 600 € en optant pour le 1.5 dCi 90. Personnellement, c’est celui des deux diesels que j’ai le plus apprécié. Pour des performances à peine inférieures à celles du dCi 110 (169 km/h, 0 à 100 km/h en 12.4 secondes), la BVM5 permet de tirer un meilleur parti du moteur grâce à un meilleur étagement. La réponse à l’accélération est plus immédiate et vous n’aurez pas à supporter ce temps de flottement à chaque changement de rapport. Enfin le 1,2 TCE, s’il ne transforme pas le Lodgy en bête de course, a toutefois le mérite d’être souple et agréable à l’utilisation, dispensant sa puissance de manière plus homogène que le dCi 110.

Ce qui m’a surtout frappé au volant du Lodgy, c’est le silence à bord. Le dCi 110 se fait à peine entendre et permet de profiter d’un voyage reposant. Le dCi 90 donne un peu plus de la voix mais la différence se joue à pas grand chose. Dacia affirme d’ailleurs avoir particulièrement travaillé l’insonorisation, et ça s’entend (ou plutôt ça ne s’entend pas, enfin vous voyez ce que je veux dire). En plus d’une bonne insonorisation, vous profiterez de suspensions efficaces (qui ont su très bien absorber les nombreuses irrégularités des routes marocaines) garantissant un confort tout à fait honnête pour les occupants. Des occupants qui seront rassurés par la tenue de route du Lodgy, saine et sécurisante. La prise de roulis est bien maitrisée et dans les enchainements de petits virages on ne se sent jamais pris en défaut. Sans atteindre le niveau d’un modèle plus moderne sur ce point, le Lodgy se défend très bien (il n’a de toutes façons pas été conçu pour aller courir le meilleur temps sur le Nürburgring).

Conclusion

Avec le Lodgy, Dacia arrive en force sur le marché des monospaces. Il faudra certes apprendre à vous passer de certains équipements, à vous contenter d’une modularité réduite et être capable de vivre avec une présentation et un niveau de finition basiques, mais gardez bien à l’esprit que pour le prix d’une Clio dCi d’entrée de gamme vous avez là l’opportunité d’acheter un monospace diesel 7 places très spacieux, agréable au quotidien et sans véritable défaut. A ce prix et avec la garantie 3 ans (ou 100.000 km) qui va avec, le Lodgy risque fort de faire mal à sa petite sœur la Logan MCV, jusque là star incontestée chez Dacia auprès des familles nombreuses au budget serré.

Un grand merci à toute l’équipe de Renault-Dacia pour son chaleureux accueil et sa disponibilité.

Via Youtube.