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Digne représentant d’une catégorie qu’il a lui-même crée (le SAC, Sport Activity Coupé), le BMW X6 se refait une beauté avec cette deuxième génération. Il se bonifie sans rien renier de son extravagance iconoclaste qui dénote singulièrement dans le trafic. Démonstration avec le 50i et son V8 biturbo.

D’une légère pression de l’orteil sur l’accélérateur, l’auto se meut quasiment en silence. Sur le compteur de droite, l’aiguille quitte la section « charge » dans laquelle elle se trouvait après quelques instants de roue libre à surfer sur le bitume pour entrer doucement dans la partie « Power ». À gauche, l’aiguille du compteur habillé d’une teinte bleutée très apaisante et gradué jusque 120 km/h, grimpe doucement. Grâce à sa playlist, Radio France fait plus d’audience lorsqu’elle est en grève que lorsque les gens parlent dans le micro. La musique est bonne et l’installation audio Bang & Olufsen ne mérite que des éloges. Je suis zen.

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Hey, Gab, y’a pas confusion avec une Prius ?

Non. En fait, je suis sur le mode « éco pro » du nouveau X6, que l’on sélectionne par impulsion sur un bouton à gauche du sélecteur de la boîte auto à 8 rapports développée par ZF. Ce mode « éco pro » est le plus vertueux et l’insonorisation de l’auto étant excellente, on n’entend pas le moteur de l’intérieur à bas régime. Les passants, eux, en profitent toutefois un petit peu plus. Donner du bonheur à son prochain, c’est important.

Parce que pour l’instant, mon prochain, je le sens inquiet. « Ça doit consommer grave, un truc comme ça », demande mon voisin de parking. Comme j’aime conforter les gens dans leurs idées reçues, j’ai failli lui dire que je venais d’acheter un supertanker. Ou plein d’actions de ça :

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Car il faut reconnaître une chose : le talent des motoristes de BMW confère pourtant à ce X6 xDrive 50i une belle sobriété. Comment je lui ai cloué le bec à mon voisin de parking, en lui expliquant que sur une section de 150 km à allure raisonnablement prudente, j’ai réussi à descendre une conso à 12,2 l/100. Pas mal, non ?

Certes, sur autoroute, difficile de descendre en dessous de 13, sur petites départementale non plus d’ailleurs, à cause des relances et du relief. Sur le périph embouteillé, comptez 16,3 et un petit 19 en mettant du gros gaz. Vous faites la moue ?

Au lieu de pousser des cris hypocrites, regardez donc tous les paramètres de l’équation. La Chose est taillée comme un frigidaire, pèse 2200 kilos, développe 450 chevaux, a tous les équipements de confort et de sécurité dont on peut rêver et parvient, sur route nationale, à ne pas consommer plus qu’un Renault Espace 2.0 T auto millésime 2007. Moi je trouve ça assez fort. Et pour avoir beaucoup roulé, il y a une dizaine d’années de cela, avec des X5 V8 4.4 et 4.8 iS, c’était quasiment impossible de descendre en dessous des 16 l/100, même en roulant cool. En remontant un peu plus loin, dans ma jeunesse flamboyante et dispendieuse, j’ai possédé une BMW 635 CSI : un fort beau 6 en ligne de 218 ch, 700 kilos de moins que notre X6 du jour et pourtant, jamais moins de 16 l/100 non plus.

Disons que dans un usage normal, relativement respectueux des lois et avec des itinéraires variés, le X6 xDrive 50i vous gratifiera d’un bon 15 l/100, pour une conso officielle mixte de 9,7 l/100. Quand vous y pensez bien, c’est quasiment la même conso qu’un Porsche Macan V6 S utilisé dans les mêmes conditions et qui, lui, n’a pas un V8 4.4, mais un V6 3.0. Le nouveau X6 est donc raisonnablement efficient, mais pas suffisamment pour ne pas effrayer le quidam peu sensible à la beauté de l’arbre à cames en tête , aux grosses fonderies de carters en V et à la multiplication des turbos. Que voulez-vous, le monde est peuplé d’ignorants et de philistins.

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Rien ne remplace un V8 !

(à part un V10, ou un V12, bien entendu). On a beau avoir les chacras aussi ouverts qu’une gymnaste roumaine en plein exercice de barres parallèles, aimer les Caterham, les Ford Mondeo Hybrides et le 3 cylindres Opel Ecotec (et globalement, tout ce qui roule, en fait), faut quand même admettre un truc : le jappement rauque d’un V8 au réveil offre une petite joie assez inégalable à chaque fois que l’on presse le bouton « start ». Impossible de commencer sa journée de mauvaise humeur après ça (alors que, c’est bien connu, les claquements saccadés d’une brave Clio 1.9 D atmo n’ont absolument aucune vertu thérapeutique).

Le xDrive 50i a un positionnement particulier dans la gamme X6 : légèrement moins coupleux que le 50d et ses trois turbos (740 Nm contre 650 Nm, obtenus à 2000 tr/mn dans les deux cas), forcément moins puissant que la version M (575 ch et 750 Nm) dont le V8 est en fait une version « dégonflée », le 50i est le moteur de ceux qui recherchent le raffinement sans l’ostentation.

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Avec 450 ch, la puissance du V8 est carrément suffisante en toutes circonstances, dans toutes les conditions de roulage rencontrées. Que ceux qui parviendraient à manquer de watts viennent nous expliquer leur cas au blogautomobile.fr, nous les écouterons avec intérêt. En gros, ça tracte dès le régime de ralenti, ça se renforce une première fois à 2500 tr/mn, une seconde vers les 3000 tr/mn et ensuite ça tracte sans faiblir jusque 6000 tr/mn, le rugissement du 4.4 devenant sympathiquement audible dans l’habitacle au-dessus de 4500 tr/mn. Dans les faits, vous suivez un trafic suburbain moyennement fluide sans jamais dépasser 2000 tr/mn. Sur autoroute, en huitième, le V8 ronronne justement à 2000 tr/mn à 140 compteur, 175 km/h à 2500 tr/mn, évidemment sans forcer. Et allez-vous me croire si je vous dis qu’il prend 270 compteur ? Et entre les différents modes de conduite, les palettes au volant, la boîte réactive qu’il est possible d’utiliser en mode manuel, impossible de se laisser dépasser par la situation…

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C’est palace ?

Ben oui. À bord, c’est évidemment un sentiment de sérénité et de plénitude qui prédomine. Inutile d’en faire des tonnes sur la finesse des ajustements, la qualité des cuirs, l’ergonomie évidente, la lisibilité du tableau de bord qui n’est pas surchargé d’infos, la position de conduite réglable, l’attitude surélevée par rapport au reste du trafic, la facilité de conduite, l’agrément de l’ensemble moteur/boîte : le X6 est une formidable machine à rouler. Sa vocation naturelle : les longs parcours, qu’il réalise sans forcer et avec une maîtrise qui ne peut que forcer le respect.

On sera positivement étonné du confort, d’autant qu’avec nos jantes de 20 pouces (équipées de 275 à l’avant et 315 à l’arrière), on aurait pu s’attendre à des réactions assez fermes. Au contraire, la qualité de filtrage est à citer en exemple, même si les grosses roues ont parfois tendance à « copier » les irrégularités du bitume. La direction ne me paraît bien calibrée qu’en mode « sport », dans les configurations inférieures, elle est un peu trop surmultipliée.

Le comportement routier est au diapason et illustre la maîtrise technologique de BMW. D’une stabilité imperturbable mais ça, on s’en serait douté, la Chose ne prend quasiment pas de roulis et se révèle précise, y compris dans des configurations a priori peu compatibles avec son gabarit, genre virage serré en dévers et en descente. Respect, encore. La boite rétrograde quand on lui demande. Cela paraît une évidence, et pourtant… Et en sortie de courbe, on bénit le différentiel arrière à effet vectoriel de couple ainsi que le coupleur central xDrive capables de gérer au mieux le grip de ce mastodonte qui envoie tout de même du gros pâté.

Et pourtant…

Et pourtant, elle n’est pas facile la vie du X6. Dans quelques sociétés, au hasard, la nôtre, dont le cadre de vie idéal et chanté dans l’humanité toute entière ne masque pas quelques travers parmi lesquels, à l’occasion, de faibles tendances apologétiques à la médiocrité et la sublimation du monospace gris mazouté, le X6 dérange.

Il dérange, il déborde, il déplait. On lui reproche son look peu gracile sous certains angles, son gabarit d’auto à l’échelle 2, son énergivoritude (dédicace à Ségolène R.) supposée, son côté « voiture de footballeur ou de grossiste en textile » avec la gourmette. De nouveau riche, quoi.

Evidemment, si vous débarquez avec dans un quartier où 50 % de vos voisins roulent en Prius et les autres 50 % en Zoé, c’est peut-être le signe qu’il est temps de déménager. Ou de vous mettre au prosélytisme.

En tous cas, qui sommes-nous pour acter (ou pas) que ces critiques soient fondées ? Ce qui compte, c’est de laisser sa chance au produit. Et le produit, il marche. Pourtant, le concept de SAC paraissait peu lisible, mais depuis 2008, le X6 a été vendu à plus de 260 000 exemplaires : oui, 260 000 personnes, depuis 2008, ont accepté de signer un chèque (d’un montant assez élevé : puisque l’on parle de thunes, notez que la gamme X6 débute à 70 900 en 30d 258 ch, notre 50i à 88 700 € et pour un 50d c’est carrément 98 900 €. Et pour un X6 M, c’est minimum 133 800 €) pour un SAC-SUV-Coupé (la Chose, quoi) avec une garde au toit limitée pour les passagers arrière et un petit coffre.

Des rumeurs persistantes autoriseraient à penser que c’est plus que ce que BMW avait prévu. Le X6 marche et fait des émules, à l’instar du petit frère X4 et de la copie carbone GLE Coupé de chez Mercedes.

Comme le client, mes amis, ça se respecte, c’est pour cela que BMW a retouché le modèle avec parcimonie : il est entièrement nouveau mais ça ne se voit pas tellement, même si ses flancs sont plus fluides, ses optiques avant et arrière ont été redessinées, son capot est plus long (l’auto aussi : 4,91 m au lieu de 4,88) et son Cx amélioré (0,32 pour le 30d aux pneus plus étroits). En utilisant la plateforme et l’intérieur du X5, le X6 fait progresser son habitabilité, avec une garde au toit à l’arrière désormais tout à fait acceptable pour des adultes, une banquette arrière fractionnable en trois parties et un coffre qui a gagné 100 litres. Il se dote aussi de nouveaux équipements : lecture tête haute, écran central de 10,2 pouces, alertes de franchissement de lignes, système anti-collision avec freinage automatique.

Ce que le X6 n’a pas changé, c’est sa posture. Si l’on en voit beaucoup en noir avec vitres surteintées (qui donc ose vous contempler de si haut ?), c’est que le X6 ne ment pas. La Chose n’a jamais prétendu être autre chose qu’une auto surdimensionnée et socialement peu acceptable.

En gros, le X6 vous emmerde.

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Et il fait ça magnifiquement bien.

 Photos : Benoît Meulin