Utile ou futile ?

Ce n’est pas un secret : les pick-up bénéficient d’une niche fiscale qui en font des engins appréciés par ceux qui aiment les véhicules de loisirs, ou qui y voient un palliatif aux SUV familiaux. Est-ce le cas de cet Isuzu D-Max ?

Le premier Isuzu essayé de toute l’histoire du blog ! #émotion !

Attention, voici une exclu : ceci est le premier Isuzu essayé de toute l’histoire du blog ! C’est donc avec un relent d’émotion, une petite larme liée au stress et une goutte de sueur sur le front que je m’installe au volant de cette auto. Isuzu : on n’en parle jamais sur le blog et on a tort, car la marque a 102 ans !

Fondée en 1916, cette entreprise japonaise basée à Tokyo a certes été orientée depuis ses débuts sur les véhicules commerciaux. Ainsi, si elle est assez discrète chez nous, vous en verrez des tonnes sur les routes d’Asie et d’Afrique. En France, d’ailleurs, il n’y a qu’un modèle « civil » (quelques minibus et petits camions de 3,5 à 14 tonnes sont aussi au catalogue) : le D-Max.

L’ancêtre du D-Max, millésime 1963 : super stylé, non ?

Le D-Max, c’est le pick-up. Et le pick-up, chez Isuzu, c’est 7,5 millions d’autos produites depuis 1963. Et comment m’est venue l’idée de cet essai ? C’est simple : un souvenir de mes années d’Afrique (où j’ai eu successivement deux Toyota Hi-Lux V6 4.0 en véhicule de fonction), de quoi apprécier ces engins, et ensuite, pas mal d’essais de pick-up pour le blog. Citons les Mitsubishi L200 Appalaches 2015 puis la version restylée du L200 2.4 DiDen 2016 ; de même, les Nissan Navara ancien modèle en 2.5 dCi 144 puis le nouveau en 2.3 dCi 160 King Cab, idem pour les Ford Ranger en 3.2 TDCI avec son généreux 5 cylindres, puis en 2.2 TDCI et ses 160 chevaux. Plus récemment, j’ai roulé avec le VW Amarok en V6 TDI et j’ai bien kiffé ! Le Toyota Hi-Lux manque à l’appel.

A l’arrêt, ça fait un bel espace pour tirer des buts au foot…

Pour 2018, le D-Max a un peu évolué : la palette de coloris passe de 9 à 7 teintes (mais trois nouvelles font leur apparition, un rouge, un bleu et un gris). La finition du tableau de bord évolue, le cuir de la version haut de gamme Qasar est de meilleure qualité, la puissance de la recharge USB est améliorée, la pompe de la direction assistée est plus silencieuse, un système de contrôle de stabilité de la remorque fait son apparition,

Pas mal d’évolutions pour 2018…

Downsized !

Le pick-up, c’est quand même censé être un véhicule de travail. Une tonne de ciment dans la benne, 3,5 tonnes sur la remorque, ça tracte ! Du coup, les constructeurs conservent des mécaniques assez généreuses : à ce titre, j’ai hâte de mettre la main sur le Mercedes Classe X et son V6 350 Diesel ! Néanmoins, Isuzu va un peu à contre courant. Alors que la précédente version du D-Max était animée par un 2.5 Diesel, la dernière génération fait appel a un « petit » bloc 1.9 D ! Certes, ses valeurs ne sont pas totalement déshonorantes : 164 ch à 3600 tr/mn (on rappellera que le précédent 2.5 sortait 163 ch !) et 360 Nm à 2000 tr/mn (par contre, le 2.5 sortait 400 Nm), c’est pas si mal car le D-Max est donné pour 180 km/h chrono et une conso mixte de 7 l/100 et 183 grammes de CO2 en norme NDEC ; en réalité, à l’issue (zou) d’un long essai routier, ma conso est restée entre 8 et 9 l/100.

Sous le capot, un petit 1.9 D : ça va suffire ?

Et puis les pros apprécieront le peu d’entretien demandé : entre la distribution par chaîne, les courroies d’accessoires à tendeurs automatiques, et le jeu aux soupapes à rattrapage hydraulique, le D-Max ne demande que des vidanges et (Isu-) zou ! En plus, il est garanti 5 ans. Ca aussi, ça parle aux pros.

Country Edition : une belle benne prête à l’emploi…

Mon auto d’essai était une série limitée Country Edition, élevée à grand coups d’épisodes de Shérif, fais moi peur !, le terme « country » me faisait attendre une belle paire de cornes de buffles posées sur le capot, ainsi qu’une sono haut de gamme pour écouter le meilleur de Johnny Cash à ses débuts, même si, à titre perso, j’ai tendance à préférer sa réinterprétation de Personal Jesus. Pas de ça ici : à l’intérieur, un autoradio Pionner à diodes rouges, so eighties !, mais il propose quand même une prise USB qui recharge et plein de fonctions, même si j’ai eu du mal à appairer mon iPhone. En revanche, le tableau de bord est assez complet et lisible, avec son ordinateur de bord en position centrale. On notera toutefois la présence d’un GPS intégré sur les deux versions haut de gamme.

Rustique ? ouais…

Ambiance country ?

Et puis, Country Edition, ça vient pour le covering complet de la benne et une attache pour les remorques : on le voit, cet Isuzu, c’est un truc (un truck !) de pro !

En réalité, l’intérieur du D-Max a une grosse génération de retard par rapport à ses concurrents. C’est solide et bien construit, ça résistera probablement à une guerre nucléaire (ou des années d’utilisation sur un chantier), mais c’est pas glamour. Du coup, le D-Max est plus utile que futile. Pas d’info-divertissement moderne, pas d’aide à la conduite sophistiquée, pas de confort inutile. Pourtant, après quelques heures de route, on apprécie vraiment le bon confort des sièges et l’isolation phonique plutôt correcte.

A l’avant, ça va plutôt bien…

Ce n’est pas tout : si les débattements de levier de vitesse sont bien dans le registre du véhicule utilitaire (ils sont longs et caoutchouteux), la boîte est plutôt bien étagée et le « petit » 1.9 montre qu’il a en fait une certaine ressource. Du coup, il taille la route en silence (mais pas sans trépidations de son essieu arrière), à 2300 tr/mn en sixième à 130 km/h, et avec la souplesse du moteur, on arrive à manœuvrer ses 5,29 m de long assez facilement, même en ville.

A l’arrière, un peu moins…

C’est d’ailleurs la vraie bonne surprise de cet essai : le 1.9 fait le job. La boîte 6 manuelle (une auto à 6 rapports est aussi disponible, elle remplace avantageusement l’ancienne et antédiluvienne BVA5 du 2.5), dispose d’une première vraiment courte, utile en tout terrain ou pour tracter. Du coup, en réalité, on peut démarrer en seconde dans la plupart des cas.

Côté confort, là-aussi, l’Isuzu est un rien en retard. Pas sur les sièges ni l’insonorisation, on l’a dit, mais la combinaison essieu rigide plus ressorts à lames est vraiment raide quand l’engin n’est pas chargé, et la concurrence fait mieux, d’autant que les petits strapontins à l’arrière sont vraiment spartiates. C’est peut-être différent sur la version double cabine qui, pour 2018, a vu ses ressorts passer de 5 à 3 lames et des débattements accrus (de 7 à 9 cm).

Du coup, il faudrait effectivement affiner son jugement avec une version Double Cab Qasar, haut de gamme, mais dans l’état actuel des choses, le D-Max Space Cab me paraît nettement moins confortable et convivial que, au hasard, un Nissan Navara dCi 160 King Cab, qui peut malgré tout prétendre à être un engin de loisirs dans cette définition.

Si le bloc 1.9 est plutôt convaincant, et c’est une surprise avec un engin qui pèse tout de même 1900 kilos, dans l’état actuel des choses, le D-Max se destine plus aux pros. Utile, pas futile. Et à partir de 26 370 € HT (31 644 € TTC) en finition Solar Plus avec clim automatique et BVM, mais cette carrosserie est dispo dès 22 030 € HT en finition Satellite.

Photos : Gabriel Lecouvreur