Lancé en 2010, le Nissan Juke de première génération a durant longtemps porté les ventes du constructeur nippon notamment en Europe où il faisait figure de pionnier sur le marché des SUV compacts amené à remplacer celui des monoplaces compacts. À titre de comparaison, le Renault Captur de première génération, l’un des plus gros succès en Europe, ne fut commercialisé qu’en 2013. Après 9 ans de carrière et plus d’1 million d’exemplaires écoulés à travers le vieux continent, le Nissan Juke fait peau neuve tout en conservant la recette du succès de son prédécesseur. Face à une concurrence plus que féroce sur un marché on ne peut plus dynamique, le Juke est-il toujours dans le coup ? Éléments de réponse dans cet essai avant un deuxième opus qui vous sera proposé par mon collègue Thomas.

Filiation réussie

Le Nissan Juke de deuxième génération illustre à merveille le fruit de l’Alliance Renault-Nissan (entretemps renforcée par l’arrivée de Mitsubishi) vieille de 20 ans en reposant sur la plateforme commune CMF-B inaugurée par la Clio 5. Il s’agit de la même plateforme utilisée par le nouveau Renault Captur, premier concurrent direct du Nissan Juke. La filiation avec le Juke de première génération est on ne peut plus évident. On retrouve cette bouille inimitable façon manga, composée de deux optiques rondes surmontées de fines optiques longitudinales épousant les extrémités du capot et marquant la séparation avec les ailes avant. Le logo Nissan grandit et la calandre se veut plus imposante, marquée d’un trapèze chromé ouvert sur le dessus devenu signature de l’identité visuelle Nissan. 

Le profil évolue en douceur et marque plus volontiers ses arrêtes. La ligne de toit se veut plus plongeante avec des vitres arrières logiquement plus petites pour renforcer son côté “SUV Coupé” très à la mode sans pour autant sacrifier l’habitabilité aux places arrières, mais nous y reviendrons plus tard. Les poignées de portes sont de nouveau camouflées derrière les vitres arrières tandis que cette seconde génération inaugure la possibilité d’opter pour une configuration extérieure bi-tons particulièrement réussie.

À l’arrière, il s’agit également plus d’évolution que de révolution. Les feux arrières voient leur design simplifié, le becquet s’allonge, la lunette arrière perd en surface et enfin, le pare-choc arrière gagne en surface en plastique noir sans que cela paraisse grossier. Globalement, le design divisera toujours autant la clientèle mais séduira sans aucun doute les nombreux utilisateurs déjà convaincus (l’appellation “propriétaires” parait un peu biaisée de nos jours tant la LOA est devenue la norme).

Un intérieur totalement revisité

Il était plus que temps pour le Juke de faire table rase du passé, notamment à l’intérieur. Adieu le tunnel de transmission entièrement recouvert d’un plastique couleur carrosserie, bye bye le volant au design dépassé, tchao les contreportes dignes d’un parc pour enfants, adios le tableau de bord d’un autre temps (celui de la 370 Z, c’est dire…), tchuss les plastiques grossiers. TOUT, absolument TOUT a changé, et la plupart du temps, en bien. Le frein à main manuelle à la poignée interminable laisse place à un frein de stationnement électrique, plus dans l’air du temps. Le volant adopte un dessin plus sportif, à méplat, avec des commandes au volant nombreuses mais ergonomiques et au plastique mat plus qualitatif. Le tableau de bord évolue en douceur en conservant un compte-tours et un compteur de vitesse analogiques entourant un combiné d’instrumentation de 7 pouces parfaitement organisé (disponible dès la finition N-Connecta). La dalle numérique centrale de 8 pouces cède à la mode d’une intégration moins marquée dans le reste de la console centrale pour remonter à hauteur de buste et faciliter ainsi l’accès et la lisibilité des informations, bien qu’une orientation un peu plus marquée vers le conducteur aurait été la bienvenue. Les sièges d’un bloc sont de très belle facture et mêlent élégamment cuir et véritable alcantara, pas une simple suédine bas de gamme. On en retrouve d’ailleurs dans les contreportes et sur le haut de la planche de bord au design aérien particulièrement réussi. Ils intègrent chacun un haut parleur du système audio Bose Personal Plus si vous optez pour le pack Techno – DCT.

La bonne surprise intervient au niveau de l’habitabilité. Le Juke de deuxième génération prend 8 cm en longueur, 4 cm en largeur et 2,5 cm en hauteur. Résultat, le Juke peut accueillir confortablement et pour de longs voyages 4 Maurice Cernay, entendez par là 4 adultes d’1m84, pas mal du tout pour un SUV compact. 

Juke branché

Bien dans son temps, le Juke fait partie des bons élèves sur le plan technologique et embarque Apple CarPlay / Androïd Auto dès le deuxième niveau de finition Acenta, les Services Connectés dès le troisième niveau de finition N-Connecta ainsi que la conduite autonome de niveau 2 Nissan ProPilot et la caméra 360° au quatrième niveau de finition Tekna ou en optant pour le pack Techno sur la finition N-Design. Forcément, à ce rythme, la facture grimpe assez vite. La gamme se décompose en 5 niveaux de finition, respectivement Visia (dès 19 990 €), Acenta (dès 22 190 €), N-Connecta (dès 24 190 €), Tekna (dès 25 990 €) et N-Design (dès 26 640 €). Notre configuration se chiffrait à 29 240 €, basée sur la finition N-Design avec Pack Techno, peinture bi-tons, jantes 19 pouces optionnelles et système de navigation Nissan Connect. 

Sur la route

Une seule motorisation est pour l’instant disponible en France, le 3 cylindres 1.0 L DIG-T de 117 ch associé à une boite manuelle à 6 rapports ou une boite automatique à 7 rapports et uniquement disponible en deux roues motrices. Le Juke dispose de 3 modes de conduite (Auto, confort, Sport) qui agit sur la réponse à la pression sur la pédale d’accélérateur ainsi que la dureté de la direction. Les performances sont honnêtes avec un 0 à 100 km/h abattu en 10,4 secondes et des reprises assez franches grâce à un couple maximum de 200 Nm disponible dès 1750 trs/min. De gros progrès ont été faits du côté de la tenue de route avec très peu de mouvements de caisse intempestifs sur voie rapide et un amortissement plus ferme que sur la précédente génération. Le 3 cylindres se veut assez discret, le Juke profite d’une insonorisation particulièrement soignée que ce soit au niveau des bruits aérodynamiques ou lors de reprises à haut régime. La boite à 6 rapports profite d’un guidage assez précis même si le verrouillage mériterait d’être un peu plus franc et convient parfaitement à cette motorisation. Sans avoir essayé la boite automatique, je ne saurais que trop vous conseiller la boite manuelle, le 3 cylindres souffrant comme beaucoup de ses congénères de pulsations de couple assez perceptibles et de mouvements d’inertie au lever de pied peu compatibles avec l’hésitation d’une boite automatique lors de la montée ou descente d’un rapport. Vous profiterez en outre d’une consommation réduite, annoncée entre 5,9 L et 6,3 L (norme WLTP) et tout à fait pragmatique puisque j’ai atteint sans mal les 5,9 L / 100 kms de moyenne sur l’ensemble de mon essai, composé de trajets en région parisienne intégrant voie rapide fluide et bouchons intramuros, un très joli score qu’il convient de souligner.

Challenger confirmé

Précurseur sur son segment, le Juke fait peau neuve et signe une copie réussie sur tous les plans. Habitabilité, sobriété, design, équipement, tous les ingrédients sont réunis pour que le petit SUV urbain figure dans le top 3 des ventes du segment. Il aura pourtant fort à faire face à un Renault Captur de deuxième génération aux motorisations plus nombreuses et pêchues pour un positionnement tarifaire à peine supérieur et face à un Peugeot 2008 promis comme un des gros succès de la rentrée d’automne 2020 après des débuts pénalisés par la crise covid-19.  Assez discret sur nos routes en ce premier semestre qui s’achève, espérons que les ventes du  Juke portent de nouveau les ventes du constructeur nippon qui fait face à un net recul de sa performance sur le vieux continent. 

Crédits Photos : Maurice Cernay

Merci à Nissan Motor Europe pour l’aimable prêt.