“Invitation Renault Trucks”. Il doit y avoir une erreur, on fait de la voiture nous… Il semblerait pourtant bien que non, pas d’erreur, on reçoit bien une invitation d’un constructeur de poids-lourds. Beaucoup d’interrogations, peu de détails sur l’organisation et une mystérieuse édition limitée aux couleurs Renault Sport : embarquez avec moi pour une expérience de conduite inédite !

Petit retour historique sur la marque de poids lourds, car si Renault Trucks et Renault Sport disposent du même losange sur la calandre et d’un nom commun, la comparaison s’arrête là puisque le groupe automobile n’a plus aucune part chez le constructeur de St-Priest près de la région Lyonnaise et ce depuis 2012. Entré dans le capital Renault Trucks dès 2002, le groupe Volvo est aujourd’hui propriétaire et actionnaire majoritaire. Les deux marques partagent ainsi savoir-faire, technologies et surtout motorisations bien que l’ensemble de la gamme Renault Trucks reste “100% Made in France”. C’est à la gamme “longue distance” que nous allons nous intéresser aujourd’hui car à l’occasion de la présentation de la dernière série limitée “Renault Sport Racing” du Renault Trucks T High, le constructeur a convié une quinzaine de blogueurs européens à la présentation en avant première sur le circuit de Bresse, mais surtout, à une expérience de conduite inédite pour beaucoup d’entre nous puisque bien peu étaient les participants à disposer d’un permis poids-lourd.

C’est devenu une tradition, chaque année Renault Trucks propose une édition limitée à environ une centaine d’exemplaires de l’un de ces produits phares. Après l’édition Alpine limitée à 89 exemplaires l’année dernière, c’est une nouvelle fois une division du groupe Renault qui est mise à l’honneur. Les modifications portent uniquement sur le design et les accessoires extérieurs/intérieurs. La motorisation, un 6 cylindres en ligne 13 L de 520 ch au couple camionesque (il fallait que je la fasse) de 2600 Nm (!!!) reste inchangée. Le T High se pare ainsi de la somptueuse teinte tri-couches Jaune Sirius, de strippings noirs sur la carrosserie, d’une calandre Gloss Black, d’un logo noir assorti et enfin d’une plaque aluminium signifiant le numéro exact de l’exemplaire issu de la série limitée, ici à 100 exemplaires tout rond pour quelques pays européens. À l’intérieur, les sièges se parent de cuir sur les supports de cuisses et lombaires jusqu’à l’appuie-tête et arborent fièrement de fines surpiqures jaunes non pas sans rappeler la teinte extérieure criarde. Les buses d’aération ont également le droit à un cerclage jaune tandis que les plaquages d’habillage tout le long de la console centrale sont également inédits.

Mais qui à part le Team F1 Renault Sport Racing peut bien être intéressé par une telle édition limitée sur ce qui reste ne l’oublions pas un outil de travail avant tout ? Quel pourrait bien être le profil du patron prêt à investir une somme importance dans un semi aux couleurs autres que celles de sa propre entreprise ? Et bien selon les relations presse Renault Trucks, pas mal de monde finalement ! Cela va du chef de grande entreprise qui souhaite un objet un peu hors du commun dans sa flotte de véhicules jusqu’au patron de PME avec uniquement 5-6 camions mais tous plus uniques les uns que les autres. J’apprends ainsi que depuis plusieurs années, une certaine personne achète chaque année l’édition limitée proposée par Renault Trucks, ce “Renault Sport Racing Edition” n’échappera sûrement pas à la règle.

Mais ce qui vous intéresse sûrement le plus c’est sans aucun doute “qu’est ce que ça fait de conduire un camion ???”.
Un peu bizarre je dois bien l’avouer… Plutôt fervent amateur (et défenseur !) du Light is Right, le poids lourd est à l’opposé de ce qui m’interpelle en règle générale. Et sûrement à tort, tant la complexité du produit et le condensé d’innovations à l’intérieur en font quelque chose de bien plus évolué que nos chères autos auxquelles nous sommes habitués. Tout est surdimensionné, les roues, les freins et même le volant. Renault Trucks nous avait concocté un joli programme pour la journée : simulateur avec siège dynamique sur vérins, session découverte de la conduite d’un poids lourd sur plusieurs tours de circuit avec des manoeuvres à la clef, exercice d’adresse avec des mini-camions RC et enfin séance photo autour de l’univers Renault Sport. C’est donc surtout de la session “conduite” que je vais vous parler.

Je prends place à bord de la cabine, perché à plusieurs mètres de hauteur. Se dresse devant moi un large poste de conduite et un bon mètre me sépare du siège passager à ma droite. Les plastiques semblent durs mais tout est ici pensé pour durer dans le temps. Car si une voiture est conçue pour réaliser environ 300 000 km dans une vie, un camion dépassera allègrement et rapidement le million. Vous pensiez avoir un siège au summum de la technologie dans votre Mercedes Classe E ? Laissez moi rigoler doucement. Ici, le siège du chauffeur est monté sur coussins pneumatiques et les réglages sont multiples, comme le degré d’amortissement que vous souhaitez par exemple. Ça me rappelle mon chauffeur de bus préféré le matin pour aller travailler, lorsque je le vois rebondir sur son siège à chaque imperfection de la route (et elles sont nombreuses). Après quelques réglages rapides, l’instructeur me lance un “c’est parti”. Heuuuu, ok. Sans formation ni conseil particulier ? Bon pas de problème. La boite de vitesses automatique à 12 rapports me fait démarrer en 5me à vide, et si l’accélération n’est pas aussi fulgurante que ce à quoi je m’attendais, la sensation de la cabine se penchant en arrière au fur et à mesure de ma pression sur la pédale de droite est vraiment inédite ! J’apprends également que l’on n’utilise que rarement les freins pour n’utiliser qu’un commode se trouvant à droite du volant qui accentue le frein moteur un peu à la manière d’une voiture électrique pour ce qui est du ressenti. Comme quoi une fois de plus, les constructeurs automobiles n’ont rien inventé ! Le gabarit est assez simple à maitriser, d’autant que je roule sans remorque. Les seules différences se font surtout au niveau de l’anticipation du freinage et des virages, surtout lorsque j’atteints la vitesse fulgurante de 115 km/h ! Plusieurs tours de piste plus tard, mon instructeur a l’air satisfait et moi aussi. Pas un seul cône renversé lors des manoeuvres m’aidant uniquement des rétroviseurs (de la taille du capot de ma voiture, j’exagère à peine). Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de suivre mes exercices en direct sur Facebook, je vous remets un lien vers la vidéo :

Je pensais m’être bien débrouillé jusqu’à ce que je prenne la place passager en compagnie de Philippe, notre démonstrateur moustachu du jour qui a pour hobby d’emmener les camions le plus vite possible sur circuit et ayant pour seule devise “un virage c’est sur trois roues maximum”. Un bon plein de sensations, merci Philippe pour cette expérience inédite et mémorable, on se sent tout de suite plus humble à emmener de la même manière une voiture trois fois moins lourde et avec sûrement 10 fois moins de roulis…
C’est que ça donnerait presque envie de passer le permis poids-lourd tout ça, dommage que l’utilité n’en reste que très limitée pour un particulier.

Mes plus vifs remerciements à Renault Trucks et en particulier à Julien pour l’invitation.

Crédits Photos : Ancelin Schoenhentz