Ferrari Daytona SP3 : pied de nez

Après plusieurs semaines d’attente, Ferrari a enfin levé le voile sur sa dernière oeuvre : la Daytona SP3. Cette nouvelle supercar prend la place de la Ferrari Monza dans la gamme Icona, destinée à rendre hommage aux anciennes gloires italiennes.

Aperçu aux alentours de Maranello, le prototype semblait confirmer les rumeurs insistantes sur une ré-interprétation de la 330 P4. Toutefois, lourdement camouflé, aucune ligne n’avait jusqu’alors filtré. C’est lors des Finali Mondiali au Mugello, profitant de la présence de nombreux clients VIP, que Ferrari a présenté la voiture au monde. L’inspiratrice n’est donc pas une surprise mais la ligne générale de la voiture marque une nouvelle fois les esprits.

Pour rappel, la Monza, en version monoplace ou biplace, est largement considérée comme l’une des plus belles voitures de la décennie. La barre était donc haute et les designers maison semblent avoir été dignes des espoirs mis en eux. Les modèles avoués sont la 330 P4, la 512S et la 350 Can-Am ainsi que la 312P : que des prototypes de l’âge d’or, entre les années 60 et 70. Le message est clair : c’est une voiture de course. Concrètement, l’auto est large (2,05m), basse (1,14m), avec les roues rejetées aux 4 coins, un moteur central et un toit amovible. Logique puisque la base est tout simplement une LaFerrari Aperta.

Les commentaires sont plutôt unanimes : la voiture en impose, entre beauté et bestialité. Si elle conserve des éléments distinctifs de la marque (signature lumineuse, paupières de phares, profil de LaFerrari Aperta), elle inaugure quelques nouveautés stylistiques. La plus flagrante est évidemment les lamelles à l’arrière, vues sur un vieux concept ou de manière moins directe sur les flancs d’une Testarossa. Les flancs sont creusés comme jamais, un peu dans l’esprit de la Ford GT de 2016. Les rétroviseurs ont été déplacés sur les ailes, lien direct avec les prototypes sus-nommés.

La Daytona SP3 n’a pas d’aérodynamique active (des ailerons qui bougent selon les conditions) mais les flux ont été énormément travaillés, y compris pour gérer le refroidissement des calories émises par le V12 de la 812 Competizione, gonflé légèrement à 840 chevaux et tournant à 9500 tr/min. La transmission est une classique F1 à double embrayage. Le moteur devra mouvoir la Daytona SP3 et ses 1485 kilos (à sec) soit pas loin de 1600 kg en ordre de marche et avec la marge habituelle des italiens. Aucun bloc électrique dans cette voiture, 100% thermique et 6,5 litres de cylindrée : Crit’Air 1 mais malus de 40.000€. Les performances annoncées sont étourdissantes : 2,85 secondes pour atteindre les 100km/h, sans batterie ni 4 roues motrices.

La Daytona SP3 vient un peu briser la facilité de dénomination des Monza et nous fera attendre avec impatience la SP4. Quant à Daytona, c’est un pied de nez à Ford, rappel de l’éclatante victoire italienne aux USA avec une des photos finish les plus célèbres de l’histoire : un triplé chez l’américain, après la victoire de Ford au Mans en 1966. La 365 GTB/4 en avait gagné un surnom, la SP3 en a fait son nom.

Ferrari nous permet de mieux cerner ce que sera la gamme Icona dans la futur avec cette deuxième mouture. Pour l’instant, seules les automobiles de course ont été sélectionnées comme inspiratrices. Icona, c’est donc avant tout les racines de la piste de la Scuderia plus que ses GT. Le retour au Mans en 2023 va également ouvrir une nouvelle ère de l’histoire en sport auto de Ferrari. De quoi créer de nouvelles inspiratrices.

A noter que Ferrari aurait proposé la voiture aux 499 acquéreurs de Monza et tous auraient dit oui. C’est tellement improbable que je suis allé fouiller sur les sites des enchères. Je n’y ai trouvé aucune trace de Monza proposée quasi neuve. Ca aussi c’est rarissime. La gamme Icona a non seulement trouvé un public mais elle a trouvé un public qui n’a pas spéculé sur une voiture hautement spéculative. 100 exemplaires supplémentaires sont prévus pour les nouveaux (gros) clients. Prenons le pari, la Daytona SP3 pourrait suivre le même chemin.

Crédit photos : Ferrari / Pierre Clémence