Il n’y a pas que les états qui sont soumis aux avis “autorisés” et aux notations des agences, les entreprises aussi et c’est le groupe Fiat qui en fait les frais cette semaine puisque l’agence américaine Moody’s vient de dégrader la note du groupe automobile avec toutes les répercussions que cela peut entrainer.

Moody’s vient donc de dégrader la note de Fiat de Ba1 à Ba2 mais l’agence de notation avait déjà prévenu en avril dernier lors de la dégradation de la note de Chrysler, mais cette fois c’est tout le groupe qui est dégradé ! Première répercussion, la chute du cours de Fiat hier à la bourse est de 4% alors que l’indice du secteur automobile se situe aux environs de 2%, mais ce n’est pas tout puisque Moody’s emet une perspective négative ce qui laisse à penser que d’ici à quelques mois ou au printemps prochain, la note pourrait encore être abaissée si Fiat et ses marques continuent à perdre des parts de marché en Europe, si le plan industriel ne fonctionne pas vraiment ou si Chrysler voit ses positions encore affaiblies sur le marché américain. Les marques Chrysler et Dodge sont en baisse depuis quelques temps et cela pourrait perdurer pour cause de crise et désamour de la clientèle pour leurs autos du groupe. Seules les marques Jeep et Ram s’en sortent mieux !

L’agence explique qu’elle avait déjà dégradé la note de Chrysler à B2 au printemps dernier et elle précise que ce déclassement du groupe est en particulier du à la trop étroite intégration du groupe américain au sein de Fiat ce qui fait qu’en cas de difficulté financière de l’un ou l’autre et surtout de Chrysler, le soutien financier que devrait apporter l’autre serait très important et pourrait engager un volume de trésorerie qui pourrait nuire au développement de celui qui paye. Cela vaut surtout pour Fiat. Par ailleurs chez Moddy’s ont fait aussi remarqué que le groupe Fiat a vu ses ventes chuter de 13% durant le premier semestre 2011. Moody’s explique que Fiat va désormais voir sa solvabilité de plus en plus liée à celle de Chrysler qui n’est pas au mieux tout comme sa stratégie qui est presque trop liée à la mise en commun des technologies et des plateformes qui, au moins dans un premier temps, ne sont pas forcément adaptées aux différents marchés.

 

La dégradation s’explique aussi par le fait que Fiat n’a présenté que très peu de nouveautés depuis une bonne année alors que les concurrents ont multiplié les nouveautés afin d’avoir une offre attractive ce qui n’est plus le cas de Fiat et de ses marques qui semblent avoir adoptés la stratégie inverse. Cette situation pourrait coûter cher au groupe turinois car Sergio Marchionne a annoncé il y a peu qu’il ne voyait pas la situation sur le marché automobile s’améliorer en 2012.

Aussi chez Fiat, on semble revoir la stratégie et on va modifier les plannings de sortie afin de ne pas être à la bourre par rapport à la concurrente toujours aussi active. La confirmation de la Topolino, d’une auto à 5 ou 7 places en sont les premiers éléments pour Fiat. Les analystes américains et canadiens ont aussi quelques doutes sur la réelle réussite commerciale des modèles rebadgés en Europe et ils font aimablement remarquer que le succès du Freemont est à relativiser puisqu’il se limite à la péninsule italienne et non à l’Europe, ce qui semble d’ailleurs se vérifier dans les faits.

L’autre problème du groupe Fiat reste celui d’Alfa Romeo qui vit avec une misérable gamme de deux autos mais ce n’est pas tout puisque l’on a appris il y a quelques jours de la bouche du Numéro1 d’Alfa que le retour du constructeur milanais attendu aux USA était désormais repoussé à une date indéterminée. Par ailleurs, le groupe Fiat avait promis aux distributeurs américains une gamme de 4 voitures, et bien si Alfa va aux USA, il n’y aura plus que 3 modèles mais on ne sait pas quel modèle sera supprimé ! Coupé ? Compacte ? Berline de luxe ? Fiat va aussi avoir à faire face à la grogne des concessionnaires US qui ont investi pour préparer l’arrivée d’Alfa Romeo ou de ceux qui ont pris le panneau Fiat pour avoir celui d’Alfa. Et quand aux USA, ça grogne, ça grogne en général assez fort, aussi Olivier François pourrait avoir à gérer une fronde naissante chez les distributeurs Chrysler.

Mais malgré tout les analystes font savoir que cette dégradation et les petits soucis ne doivent pas encore susciter de grandes craintes pour le groupe italo-américain mais c’est un signal envoyé à la direction du groupe et aux marchés afin que Fiat n’oublie pas son socle industriel et commercial qui est construit sur l’Europe et le Brésil. La gamme Fiat ne se vend que par ses petits modèles alors qu’il fut un temps où Fiat vendait aussi des Croma, des 131, des 132 ou des berlines de milieu de gamme; Alfa Romeo a vu sa gamme fondre comme neige au soleil au point de mettre en péril la pérennité de la marque et ce ne sont pas les reports des Giulia, New MiTo et/ou SUV qui vont arranger les choses; enfin, il reste le cas Lancia/Chrysler et une marque qui s’est dévalorisée et dont on ne sait pas si les voitures américaines rebadgées parviendront à faire un miracle hors de l’Italie.

Enfin je reviendrais une seconde sur l’affaire Kubang et son horrible intérieur qui a choqué de l’autre coté de l’Atlantique au point que les analystes se demandent quelle crédibilité il faut accorder à ce projet réalisé semble t-il a la va vite ….

Voilà du boulot pour Sergio qui va devoir délaisser durant quelques temps sa danseuse américaine pour se recentrer sur l’avenir de Fiat en Europe et sur le très concurrentiel marché brésilien surtout si il ne veut pas voir sa note dégradée dans les prochains mois par Moody’s et si il ne veut pas payer plus cher ses emprunts destinés à financer les investissements industriels du groupe. L’alerte n’est pas encore sérieuse mais il faut tout de même que du coté du Lingotto on se remette au travail autrment qu’au travers de Chrysler et de plans modifiés tous les 3 ou 4 mois…

 

Via FT, Moody’s, LesEchocs, BusinessWeek, MonVolant.ca, Yan Cimon pour l’Université Laval de Québec