… ou comment articuler un plan décevant autour d’une grosse annonce et beaucoup de flou !

Commençons donc par la fameuse grosse mesure de ce plan automobile destiné à aider un secteur qui est en crise dans le pays. Une fois encore tout s’articule autour du fameux bonus-malus écologique qui est encore une fois la clef de voûte d’un plan qui parait, une fois de plus (à gauche comme à droite), avoir été fait dans l’urgence plus que dans l’analyse, la concertation et l’écoute. On a ainsi appris que le bonus écologique pour les véhicules électriques passera à 7000€ contre 5000€ actuellement et de 2000€ à 4000€ pour les hybrides (Attention : Précision gouvernementale – la remise est plafonnée à 10 % du prix de la voiture elle-même lorsqu’il s’agit d’une hybride, ainsi une 508 RXH ou une DS5 Hybrid4 auront droit à une remise de 4000€ mais malheureusement la Yaris profitera de seulement 2000€ d’aide). Un bonus qui sera logiquement conditionné au maintien des prix de ventes par les constructeurs ainsi que par le maintien des  productions et des emplois en France. Hélas cette mesure est plus symbolique qu’autre chose puisqu’il ne faut pas perdre de vue le fait que le marché des VE est quasi anecdotique (< 2300 VE immatriculés en France au premier semestre  soit 0.21% du marché) et que celui des hybrides démarre mais reste pénalisé par des prix de vente assez élevés du fait des technologies utilisées (10.356 ex immatriculés au premier semestre soit 0.99% du marché). Ainsi la mesure importante de ce plan concerne 1.2% du marché actuel et même si ces aides vont aider un peu, ces segments du marché de l’automobile ne vont pas exploser demain ou même après demain. Cette mesure est presque de l’ordre de l’anecdote tant son impact sur le marché sera faible. Et ce sont les automobilistes qui vont financer ces nouveaux gros bonus grâce à… l’augmentation des différents malus. Le ministre a précisé que l’état appliquerait dès 2013 des malus financiers aux véhicules les plus polluants, compensant ainsi presque la totalité du coût de l’accroissement des bonus mis en place pour les VE et les hybrides. L’ensemble  des ces nouveaux bonus pourraient représenter un total de 490 millions d’euros. Le ministre Montebourg de poursuivre en nous rappelant les bienfaits du bonus écolo : ” Les bonus sont à effet immédiat pour l’acheteur, les malus sont à effet de quelques mois pour l’état”.

Les autres bonus pour les véhicules thermiques faiblement émetteurs de CO2 (dont certains hybrides) vont être également augmentés. Mais beaucoup plus faiblement puisqu’on parle de 100 ou 150€ au maximum et selon les cas ! On ne sait d’aileurs pas ce que sous entend ce fameux “selon les cas” . Actuellement, ces aides évoluent entre 100 et 400€. A partir de septembre prochain (au moment du vote du budget), le malus écologique devrait aussi être augmenté (assez sensiblement) pour les voitures dont les émissions se situent au delà de 180 grammes par CO2/km mais là encore rien de détaillé ou de précisé.

Le ministre du redressement productif d’annoncer aussi que l’Etat prenait l’engagement d’acheter au moins 11.000 véhicules électriques ou hybrides par an (soit pas loin de 25% de ses commandes totales) et ce durant les prochaines années. Et de poursuivre : “Le temps où les aides publiques s’exerçaient sans contre-parties est révolu. La première des contreparties que nous demandons c’est la pérennisation des sites. Les laboratoires de Recherche & Développement pour lesquels le gouvernement prévoit des financements devront être maintenus sur le territoire national”.

A coté de cela il y aura 350 millions d’euros de crédits dits “d’investissements d’avenir” qui seront réorientés et réaffectés pour les constructeurs. Par ailleurs, la banque des PME et TPME Oseo devrait pouvoir réunir et mettre à disposition quelques 150 millions d’euros pour soutenir la trésorerie des sous-traitants.  Les sous traitants pourront solliciter plus de 450 millions d’euros de financement pour les aider à se développer ou à passer cette crise. En fait si l’on prend en compte les redéploiements de crédits existants mis en place sous l’ancienne majorité, le ministre “actif” estime que cela ne coûtera que 120 millions d’euros supplémentaires pour l’état. Il y aura aussi entre 5 et 6 millions d’euros qui seront destinés au renouvellement du parc automobile actuel et thermique de l’état et à son remplacement par un parc électrique. A.Montebourg de dire que ses services vont veiller à ce que les véhicules qui circuleront en zone urbaine et extra urbaine soient tous électriques.

Apprenez aussi qu’un fond doté de 50 millions d’euros sera créé pour la mutualisation de certaines actions de la filière électrique afin de développer notamment les infrastructures nécessaires au déploiement de l’automobile électrique. Ce fond se destine essentiellement à la mise en place des bornes de recharge dans les villes qui n’ont pour ainsi dire rien fait pour cela depuis très longtemps. Quoiqu’il en soit et quoi qu’il advienne de ce plan, si les constructeurs veulent des aides, ils devront protéger les salariés français et pérenniser les sites industriels, sinon ce sera ceinture !

Haro sur le sud coréen qui est un méchant concurrent puisque le ministre accuse sans les nommer Hyundai, Kia et Ssangyong d’actes de concurrence déloyale puisque ceux ci ont ont augmenté leur part de marché dans l’UE depuis la signature en octobre 2010 d’un accord de libre-échange entre la Corée du sud et les pays européens. Le ministre estime que PSA et Renault (30% et 23% du marché automobile français durant les 6 premiers mois de 2012) perdent des parts de marché face aux concurrents étrangers mais surtout face au groupe  sud-coréen Hyundai (Hyundai + Kia) qui profite au mieux des termes de l’accord signé il y a près de deux ans. Le ministre sur un air solennel et sévère d’annoncer : “Nous sommes fondés à demander à la Commission européenne le déclenchement de mesures de surveillance qui nous permettrons éventuellement de déclencher une clause de sauvegarde (sous entendu des taxes et un possible retour du contingentement) comme l’Europe a su le faire dans le passé notamment pour la sidérurgie”. On se croirait revenu dans les années 80 avant la fameuse invasion des voitures japonaises. Un bouc émissaire ridicule quand on sait que Hyundai et Kia représentent à eux deux 3.0% du marché automobile français.

Autre mesure d’importance et aux retombées non quantifiables, la mise en avant de l’automobile française via une grande campagne de communication et de sensibilisation à destination de la population et surtout des acheteurs de voitures. Le ministre d’expliquer : “Le gouvernement engagera une campagne de mise en valeur du made in France, de l’automobile française et nous avons demandé, avec la ministre de la Culture Aurélie Filippetti à des cinéastes “engagés”de signer, grâce à leur rayonnement international et leur talent, les publicités en faveur de l’automobile française et du fabriqué en France”. Pour information, sachez que les premiers cinéastes engagés qui vont s’atteler à la tache sont Luc Besson et Cédric Klapish. Quoi, j’ai souri… non ce n’était pas moi ! 😀 . Arnaud Montebourg précise que d’autres grands noms du cinéma viendront s’associer à cette difficile mission. Reste qu’un pub pour la DS5 par Christoher Nolan ça pourrait le faire ou un court métrage sur les citadines française par Spielberg aussi. Quoi, ah oui, ils ne sont pas français… dommage !

Deux extraits des interventions du Premier ministre et du ministre du développement productif

Je finirais ce sujet par cette bientôt fameuse phrase du ministre du redressement productif : “Il y avait les assureurs militants, il y a maintenant les cinéastes militants, il y aura les militants de la voiture française !”.  A méditer.

Via AFP, LeFigaro, LesEchos, LaTribune, EF, Youtube.