Dans le groupe PSA depuis plus de 17 ans, Béatrice Garric est en charge du projet C1 depuis environ trois ans et demi, de la création de son style à sa présentation à Genève où elle nous a accordé un entretien dont voici un compte-rendu quasi exhaustif.

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Blogautomobile : En quoi consiste exactement votre rôle ?

Béatrice Garric : Je suis chef de projet marketing-produit, donc chargée de tout ce qui touche à la définition de la voiture : ses équipements, ses couleurs, ses garnissages, son ergonomie, tout ce qui va permettre de visualiser la voiture puis de travailler avec les équipes techniques qui vont nous proposer des solutions à chaque fois qu’on a des envies ou des propositions en nous répondant si c’est possible ou non. On travaille ensemble sur toutes les améliorations qu’on souhaite apporter en termes de comportement, de dynamisme, etc.

L’idée pour cette nouvelle C1 a été de faire un bilan de la voiture précédente, de voir ce qu’elle avait apporté dans le segment tout au long de sa vie grâce aux nombreux retours clients étant donné qu’elle a été largement diffusée, et à partir de cette base de donnée on a pu faire un état des lieux pour savoir comment faire évoluer la nouvelle C1, ce qu’on pouvait améliorer, ce qu’il fallait ajouter pour la mettre à niveau sur son marché.

B : Au terme de ce travail qu’est-il alors ressorti comme bilan de la C1 et que fallait-il absolument modifier ?

BG : Concrètement il n’y avait pas de gros défauts, il y avait surtout des améliorations à apporter, en particulier en raison tout simplement du vieillissement de la voiture. Sur le segment le renouvellement s’est avéré assez long même si maintenant ça s’accélère, donc la voiture arrivant à 9 ans de vie elle était forcément dépassée en termes de design, d’équipement ou encore au niveau du confort dont on voulait absolument améliorer les prestations.

On est donc parti sur l’idée d’une amélioration de la précédente basée sur l’étude de ses points faibles via des études clientèle mais également bien entendu via l’étude de la concurrence et, naturellement, avec l’envie de lui ajouter des points forts.

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B : Cette nouvelle C1 a été réalisée en commun avec le cousin Peugeot et le partenaire Toyota, cela fait donc trois marques différentes avec des styles différents et des gammes différentes, cela suppose quelles contraintes dans l’élaboration du produit ?

BG : Il faut savoir que j’étais en charge du développement des deux véhicules PSA, c’est important puisque ça me permettait d’avoir une vision globale et de bien différencier les deux véhicules pour ne pas faire la même chose, je savais donc exactement ce qui allait être fait chez l’un comme chez l’autre et je veillais en permanence, notamment lorsqu’il y avait des points de convergence, à rappeler aux équipes de bien rester sur leur position.

B : Et avec Toyota ?

BG : Chez Toyota la façon de fonctionner a reposé sur de très nombreux échanges en direct mais il faut savoir que sur ce projet c’est PSA qui avait été désigné marketing leader et on connaissait d’un point de vue technique, technologiques, les choix communs puisqu’il s’agit bien là d’une coopération technique et non d’un rebadgeage. Le travail a ainsi été réalisé dès le départ en commun sachant également que sur cette voiture PSA était responsable du développement de toute la partie siège, climatisation et implantation des nouveaux moteurs. C’était donc vraiment un travail partagé, concrètement par exemple il faut que les sièges rentrent dans la plate-forme, et donc il y avait énormément d’échanges.

Sur la partie marketing il y a également eu un échange direct avec les équipes techniques pour dire par exemple : « nous sur le marché on voit tel ou tel équipement arriver et on souhaite les avoir », ce fut le cas en particulier pour l’accès et le démarrage main libre. Ensuite, on discutait rapidement avec Toyota pour implémenter le système et trouver la meilleure solution à mettre dans la voiture compte tenu de l’architecture (de base Toyota) qu’il fallait faire rentrer dans l’univers PSA.

B : Au final chez Citroën qu’est-on venu apporter de spécifique au projet ?

BG : On a voulu inscrire complètement la voiture dans la gamme. Aujourd’hui, les voitures actuelles, justement du fait de cette coopération, on avait tendance à les rendre jumelles, ou cousines très très proches et là on a voulu au contraire les remettre chacune dans leur univers de gamme et pour la C1 il était important qu’on l’identifie comme la première voiture de la gamme et non plus comme la voiture faite en coopération. On voulait donc gommer le lien avec ses cousines – je les appelle d’ailleurs plutôt les « colocataires » pour bien marquer la rupture du lien de consanguinité – et du coup chacune a sa propre personnalité. Alors bien sur on va retrouver les mêmes équipements sur les unes et sur les autres mais elles n’ont pas été misent en scène de la même manière. Ce qui va aussi jouer énormément c’est qu’au niveau du design on a marqué la différenciation en élargissant le périmètre des pièces qui sont adaptées pour chacun des styles, cela a permis de vraiment mettre chacune des voitures dans son propre univers de gamme. Pour la C1 on a voulu jouer sur la sympathie et elle a donc une « bouille », c’est l’élément le plus différenciant par rapport aux deux autres, après naturellement les contraintes techniques font qu’il y a des points de relation mais c’est vrai que quand on la regarde de côté par exemple on peut clairement différencier cette C1 de la Peugeot 108 ou de la Toyota Aygo.

Pour l’intérieur c’est un peu différent, au global c’est identique mais on a joué sur les pointes de couleur, les packs colorés sont différents et les pièces qui peuvent être déclinées en couleur sont également différentes. Enfin on a aussi des stratégies différentes entre les trois marques ce qui va permettre de les positionner dans trois univers complètement différents.

B : Précisément en ce qui concerne les choix stylistiques et les codes de cette C1, on a parfois un peu un sentiment de confusion chez Citroën notamment entre la gamme C et la gamme DS. Sur cette C1 on retrouve par exemple des éléments de la DS3 comme la mise en scène des chevrons, les DEL verticales ou encore le montant A peint en noir, est-ce voulu ?

BG : Pour la ligne DS c’est une question bien à part donc je n’en parlerai pas directement, en revanche pour les DEL verticales c’était déjà le cas sur l’actuelle C1 donc c’est plutôt ici un clin d’œil et un élément de filiation. Ensuite on retrouve vraiment les codes Citroën, ce qui fait un peu penser à DS c’est effectivement le montant de pied A noir mais en même temps c’était un élément fondamental pour pouvoir la différencier de ses cousines, si on avait gardé la même couleur que la carrosserie on aurait dit qu’elle était trop proche de la 108. Et puis il vaut mieux associer la voiture à un univers de DS3, ça la valorise, plutôt que de s’entendre dire ils ont fait la même chose sur les trois. Cela a donc été un choix complètement assumé de peindre ce montant de pied A en noir et ce d’autant qu’on retrouve cet élément sur C4 Cactus, donc finalement on est bien dans l’univers Citroën et cela offre un élément de différenciation par rapport aux autres modèles.

B : Cette nouvelle C1 va pouvoir être dotée d’équipements assez high-tech comme l’accès et le démarrage main libre ou encore la caméra de recul alors même qu’on ne peut pas acquérir ces équipements sur des modèles plus huppés de la gamme, par exemple DS4, comment assume-t-on ce genre de paradoxe chez Citroën ?

BG : Tout d’abord il faut rappeler que le slogan de Citroën c’est « Créative Technologie ». Sur C1 on est en plein dedans et on s’aperçoit ainsi que les petites voitures ne sont pas des sous-voitures. Les clients qui achètent des petites voitures, souvent pour des raisons budgétaires, parfois en passant d’un segment supérieur à un segment inférieur, ne veulent pas pour autant moins d’équipement. Ensuite la voiture se devait d’avoir un bon rapport qualité/équipement et un bon rapport qualité/prix et du coup il n’était pas possible non plus de s’interdire d’être dans le marché par rapport à ces équipements. La cohérence de gamme est donc parfaitement assumée d’autant que le renouvellement à venir des modèles remettra les choses en ordre.

B : Est-ce qu’avec ces équipements C1 a pour objectif également la montée en gamme ?

BG : Ce qu’on a voulu faire dans la logique de construction de la gamme c’est d’élargir la clientèle. Donc le client qui n’a pas envie de mettre beaucoup d’argent dans la voiture se verra proposer une voiture tout à fait accessible avec les éléments qu’il lui faut à ce niveau. Ensuite le client pourra, soit en prenant des options soit en montant en gamme choisir les équipements qu’il souhaite mettre dans la voiture. Il n’y a pas d’obligation, encore une fois on continuera à lui offrir un véhicule accessible et après c’est à lui de voir ce dont il a besoin. Maintenant il est vrai que quand on a goûté à certains équipements on a du mal ensuite à s’en passer. Il n’est pas possible non plus de ne pas les proposer, au contraire, un véhicule urbain se doit d’offrir des équipements qui facilitent la vie qu quotidien et c’est vraiment l’idée de la voiture, faciliter la vie au quotidien dans la mobilité urbaine en premier lieu mais en plus lui permettre de sortir de la ville justement au travers d’une motorisation un peu plus pêchue avec le bloc de 82 ch.

B : Sur le salon de Genève Citroën a présenté avec la C1 Swiss & Me et le C4 Cactus Aventure deux concepts de véhicules qui parallèlement sont présentés dans leur version de série, c’est plutôt inhabituel, et en ce qui concerne la C1 on ne peut s’empêcher de voir dans le concept une préfiguration d’une version sportive à venir dans la gamme, qu’en sera-t-il ?

BG : Pour le moment je dirais qu’avec la Swiss & Me on s’est fait plaisir en montrant une voiture sexy.  Maintenant je préfère qu’on se concentre sur la C1 en elle-même mais il n’est pas interdit de rêver que peut-être un jour on aura cette version sportive, on est aussi là pour faire monter l’adrénaline et on ne va pas tout dévoiler d’un coup…

B : Merci

Entretien réalisé par Eric E. et Eddy P.

Un grand merci à Béatrice Garric et à toute l’équipe Citroën de Genève pour son excellent accueil.