Il y a encore une dizaine d’années, lorsque l’on parlait de Kia, on s’imaginait une voiture simple et bon marché. Aujourd’hui, Kia a grandi et nous propose des modèles avec une vraie personnalité. À l’image de cette nouveauté, qui fait beaucoup parler : la Stinger. Nous avons été invités par Kia sur l’île de Majorque pour essayer cette voiture qui a pour ambition de donner une image plus premium et sportive à la firme de Séoul. Mission réussie ?

Avant d’arriver à Majorque, il est vrai que je rongeais mon frein. Depuis que je l’ai découverte en janvier à Milan, je n’avais qu’une envie : la conduire. Kia m’a donc entendu. Et m’a invité sur l’île des Baléares pour prendre en main la voiture la plus puissante jamais produite par la marque coréenne.

A peine arrivé et déjà dans le bain. Kia nous l’avait caché, mais le trajet en bus a fini par trahir ce secret. Nous allons sur le circuit automobile de Majorque, « Llucmajor » ! On pourrait penser que faire essayer une telle voiture sur circuit n’est pas très raisonnable. Mais il faut reconnaître que Kia en a dans le pantalon. Les attentes sur ce modèle sont fortes et au moment où les journalistes entrent sur le circuit, on les entend déjà affirmer « On va voir si c’est si bien que ça » ou « On va voir si Kia est vraiment dans le vrai ».

Accueil chaleureux et petite collation. Il est vrai que la seule chose dont j’ai envie est de savoir quelles sensations cette grande berline de plus de 4,80 m est prête à nous communiquer. Les premiers contacts sur circuit ne sont pas forcément les meilleurs choses. J’aime pouvoir connaître la voiture un minimum avant de l’exploiter sur un terrain aussi exigeant. Mais bon, Kia nous le demande alors je m’exécute.

Je monte à bord et premier bon point pour la position de conduite. On se croirait dans un coupé. Je suis assis bas, jambes presque allongées, du pur bonheur. Surtout que la voiture est dotée de série d’un panel d’équipement assez impressionnant sur lequel je reviendrai plus tard. Le réglage électrique des sièges et du volant permettent de trouver rapidement et facilement une position de conduite parfaite. Seul le volant dénote un petit peu…

Autre bon point, la qualité perçue tout à fait digne d’une access-premium. Voir même d’une premium allemand. Oui, vous avez bien lu, j’ose la comparaison.

Allez on démarre le V6 3,3 l de 370 ch. Mauvais point, le moteur ne semble pas très démonstratif. Mais cela va sans doute changer avec les montées en régime. Voyons plutôt sur la vidéo comment l’exercice du circuit s’est déroulé :

 

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Vous l’aurez compris, j’ai été impressionné par le son, le dynamisme de l’auto. Mais il y a des points noirs : un certain flou dans la direction et le freinage, ainsi qu’un soucis dans la configuration de l’alerte de proximité. Pas de quoi freiner le plaisir au volant de cette voiture surtout sur un circuit sous dimensionné pour l’auto. Place maintenant au deuxième chapitre de ces essais. On va savoir avec Jean-Baptiste du Billet Auto, si ces premières impressions circuit se confirment sur route.

L’essai vidéo :

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Prenons le temps de faire le tour de la bête. A l’avant, trop chargé pour certains, on retrouve malgré tout une face agressive, qui pourrait rappeler par certains aspects une BMW. Le profil de coupé 4 portes lui donne un dynamisme certain. Pour ma part, l’arrière pèche par le design des feux, pas très compréhensible. Cette barre de catadioptre qui revient sur l’aile arrière et qui ne sert pas à grand chose n’est pas forcément dérangeante sur une version rouge, mais sur une blanche, ce n’est vraiment pas très heureux.

Je laisse dans un premier temps le volant à mon compère du jour, histoire de tester les places passager et d’examiner plus amplement la qualité des matériaux intérieurs. Si en janvier elle m’avait impressionné, elle m’a encore plus conforté dans mon avis. Un cuir pleine fleur Nappa sur les sièges, de la suédine sur le ciel de toit et les montants, de l’aluminium brossé sur la console centrale ou encore du cuir sur la planche de bord, rien ne déçoit. Si on y ajoute l’assemblage quasi parfait, on peut se demander en toute objectivité si on est dans une coréenne ou une allemande.

Seul bémol de cet intérieur, peut-être le dessin de la planche de bord. Elle n’a pas réellement de personnalité. Les boutons, aussi, ont une qualité de toucher et de pression pas forcément très haut de gamme.

Coté rangements, une familiale doit en avoir un minimum. La Stinger est dotée d’espaces de rangement plutôt bons. Que ce soit dans les portières avant ou arrière, d’une boîte à gant généreuse ou encore d’un rangement sous l’accoudoir central assez grand pour ranger 2 GoPro avec les fixations ventouse. Pour ce qui est du coffre, c’est là que la Stinger est franchement en retrait avec 406 litres. Ses principales concurrentes BMW Série 4 GranCoupé et Audi A5 Sportback, disposent d’un coffre de 480 litres, la Volkswagen Arteon quant à elle est au large avec 563 litres.

A l’arrière enfin, la place aux jambes est très bonne. Je fais 1,80 m et je n’ai eu aucun problème de place pour mes jambes ou pour ma tête. Petit soucis par contre pour l’immense tunnel de transmission à l’arrière, qui rend l’utilisation de la cinquième place impossible pour un adulte.

Après une bonne portion de route secondaire, on se rend au Sanctuaire de San Salvador situé en haut d’une montagne. La montée au sommet nous gâte avec une succession de lacets qui permettent de voir que malgré une transmission intégrale, la version V6 sait se montrer joueuse. Peut être en raison de la météo capricieuse qui a rendu la route assez grasse, on se rend compte avec JB que le train avant est bien posé sur ses appuis et que l’arrière se balade vivement mais sainement. La voiture tourne autour de son point milieu, comme une certaine munichoise…

S’ensuit une petite séance photo sur le point le plus haut, dans une ambiance de film d’horreur :

Il est temps de nous rendre à notre second spot photo proche de la mer sur le nord-est de l’île, à côté de Cala Mitjana. Pour ce faire, je prends le volant de la belle. Aucun problème pour trouver encore une fois ma position de conduite. La descente s’effectue à allure réduite compte tenu de la qualité de la route. Mais je me rends vite compte d’un très bon point : une facilité de prise en main assez grande malgré une taille importante. La route est très sinueuse, parfois étroite et nous n’y sommes pas seuls. La largeur importante de l’auto (1,87 m) est facilement appréhendable et si jamais un doute survient, pas de soucis : la voiture est doté de la vision à 360°. Idéale pour éviter d’abîmer les superbe jantes de 19″ de notre version GT.

La route se libère et avec Kwamé qui nous suit dans la version CRDI de 200 ch, on lâche un peu les chevaux pour voir ce que les bêtes valent sur le réseau secondaire. Le comportement est vraiment sain, la voiture enroule les virages avec une facilité incroyable. J’ai l’impression d’avoir entre les mains une BMW. Oui une berline de Munich, alors que je suis dans une coréenne. Mais cela n’est pas étranger à la conception de l’automobile. Celle-ci a été développée en Allemagne, par un ancien de BMW Motorsport, Albert Biermann. Cet ingénieur a été débauché par le groupe Kia/Hyundai pour accentuer le développement de leur branche sportive. La Stinger en est le premier fait d’arme, la Hyundai i30n la suit de près.

Bien qu’elle soit lourde, plus de 1 900 kg, la bonne répartition des masses se traduit au volant par un dynamisme digne d’une voiture plus légère. Dynamique, oui elle l’est. En quelques chiffres : 0 à 100 km/h en 4,9 s, 370 ch, V6 de 3,3 litres, 510 Nm de 1300 à 4500 tr/min et enfin 270 km/h de vitesse max annoncée. Et ce ne sont pas que des chiffres, le moteur est plein en permanence. Seul petit défaut, le son moteur pas forcément très démonstratif à l’extérieur.

A l’intérieur, c’est autre chose. Le son est retransmis dans le système audio de l’auto. Pas forcement désagréable, j’aurais préféré un son d’échappement beaucoup plus communicatif lorsque l’on enclenche les modes Sport ou Sport+. Oui car je ne vous l’ai pas dit, la voiture dispose de 5 modes de conduite : Eco, Confort, Sport, Sport + et le mode smart qui analyse votre style de conduite pour paramétrer la voiture au mieux à votre convenance.

Nous arrivons sur la côte, le temps est toujours maussade, mais je trouve que ça rend vraiment bien :

Plus j’enchaîne les kilomètres à son volant, plus je tombe amoureux de cette voiture. Sa facilité de prise en main, son confort, sa boite de vitesse automatique à 8 rapports réactive et sa puissance directement disponible à la moindre sollicitation de la pédale de droite. Et ajoutez à ça une dotation pléthorique sur la version haut de gamme GT. Vous comprendrez mon ressenti à ce moment précis.

Pour en faire une liste non exhaustive, sachez que dans la version de base à 44 400 €, la Stinger dispose de : la climatisation automatique bi-zone, le régulateur adaptatif, le démarrage sans clé, la caméra de recul et et les radars avant arrière, un système audio à 9 HP. Mais aussi un très bon système multimédia avec un écran tactile de 8 pouces, compatible Android Auto et CarPlay et Tomtom Live. Mais encore, le toit ouvrant électrique, l’assistance au maintien dans la voie, la reconnaissance de panneaux, le différentiel à glissement limité, l’alerte de collision frontale avec détection des piétons, l’affichage tête-haute et la sellerie cuir. Et enfin, les sièges avant chauffants, le siège conducteur électrique à mémoire, les palettes au volant, le volant chauffant ou encore son réglage en hauteur et profondeur électriques.

Sur notre version GT, haut de gamme, on dispose : du système audio Harman/Kardon à 15 haut-parleurs d’excellente facture, la vision à 360°, le détecteur d’angle morts, le détecteur de trafic arrière, les projecteurs avant full LED, les sièges arrières chauffants et à l’avant ventilés/chauffant. Mais aussi les suspensions adaptatives, un très bon système de freinage Brembo à 4 pistons et disques de 350 mm à l’avant. Enfin, la sellerie cuir Nappa, les réglages lombaires et latéraux des sièges avant et des très belles jantes alliages 19″ !

Vous l’aurez compris, Kia a misé sur les équipements de série sur cette Stinger pour essayer de grappiller du terrain aux marques premiums germaniques. Mais il faut reconnaître une chose : l’image de marque de la coréenne est très en dessous de celle de ses concurrents. Encore aujourd’hui, Kia a une image de voiture de qualité pour un prix abordable. Mais aucunement l’image premium et sportive que veut avoir la Stinger. Et c’est peut-être à ce niveau là que Kia va avoir du mal vendre des voitures en Europe. Au USA et en Asie, elle devrait trouver son public sans soucis. En France, tout particulièrement avec le malus écologique de 1 050 à 10 000 € (1 873€ à 10 500 € en 2018) suivant les versions, cela devrait être plus difficile. Cette absurdité fiscale devrait faire mal à cette proposition pourtant sacrément courageuse de KIA.

Nous aurons en France 2 motorisations : le diesel de 2,2 litres CRDI de 200 ch en propulsion ou transmission intégrale ou le V6 de 3,3 litres T-GDI de 370 ch uniquement disponible en 4 roues motrices. Trois finitions seront disponibles à son lancement mi-novembre : La GT Line, la GT Line Premium et la GT. Voir détails ci-dessous.

Comparons la Stinger à sa concurrence, à savoir la Volkswagen Arteon, la BMW Série 4 GranCoupé, ou encore l’Audi A5 Sportback. En versions GT Line Premium en diesel 2.2 CRDI, il y a différence de tarif en faveur de la coréenne et à version équivalente de 3 000 à 11 845 € et de 12 488 à 21 193 € pour la version V6 en finition GT. Seule l’Arteon, mais qui ne dispose pas d’un V6 et qui n’offre que 280 ch, est en dessous du tarif de la coréenne de 2 607 €.

Qu’est-ce qui ferait que la Stinger puisse manger des parts de marché à ses principales concurrentes ? Pour ma part, je pense que ceux qui ne voient que le prix à la revente et ne vivent que par l’image de marque de leur voiture, ne s’attarderont pas sur cette Stinger. Mais ceux qui prendront le temps de s’attarder sur son cas et qui l’essayeront seront vite conquis, tant la voiture est remplie de qualités, que ce soit en termes de dynamisme, de confort ou même de matériaux.

Alors qu’en conclure ? Au début de ce long article, je me demandais si la Stinger serait le porte-étendard de l’image sportive et premium que veut se donner Kia. Eh bien si vous avez réussi à tout lire (bravo à vous) vous aurez compris que oui. A présent, il faut qu’elle fasse ses preuves auprès du public pour permettre à la marque de changer cette image. Si vous l’attendiez comme moi, vous ne serez vraiment pas déçus, foncez ! Que ça fait du bien de voir une marque avoir les « cojones » (Espagne oblige) de sortir une telle voiture. Une voiture rêvée, qui est devenue réalité.

Mille merci à Kia pour l’invitation.

Photos & Vidéos : Ugo Missana