L’évènement se déroulait mardi dernier en Russie dans l’usine Avtovaz de Togliatti, la dernière Lada Samara quittait la chaîne de production. Près de 30 années de bons et loyaux services, plus 5.2 millions d’exemplaires mis en circulation, cette Lada qui annonçait la modernisation du constructeur soviétique au début des années 80 tire sa révérence pour laisser la place à la nouvelle Granta 5 portes qui sera produite dans quelques semaines dans l’usine d’Ijevsk en République d’Oudmourtie.

Fin de vie pour la Lada Samara.10

La projet Sputnik est présenté pour la première fois au printemps 1977 et c’est 20 mois plus tard, en décembre 1978, que les ingénieurs dévoilent le premier prototype. La direction d’Avtovaz et le Politburo prennent le temps de la réflexion autour de ce projet d’une modernité occidentale presqu’incroyable en ces années de guerre froide. Et finalement à la fin du printemps 1979, l’état soviétique décide de donner son feu vert à la mise en développement de cette voiture qui sera la première Lada « traction ».
Mais à l’époque Avtovaz ne dispose ni des bureaux de R&D ni de la technologie adaptée et l’état soviétique encourage les dirigeants de la marque à coopérer avec des partenaires occidentaux crédibles et pas trop américanisés. Finalement, ce sont Fiat (partenaire historique d’Avtovaz) et Porsche qui sont retenus. Porsche participera à la conception et Fiat à la mise en place des procédés de fabrication et à la création de l’outil de production.

Hélas tout cela n’est pas suffisant pour produire une berline compacte capable de rivaliser avec les voitures occidentales du segment. Aussi, Avtovaz avec l’accord de l’état soviétique et un peu sous la pression de ses consultants doit acheter une vingtaine de brevets à des sociétés étrangères, essentiellement occidentales. Cela va du système de crémaillère à la suspension de type McPherson en passant par un système de freinage évolué ou même des principes de serrures et démarreur à clef unique ! La Samara propose même un hayon et une révolution, le fameux allumage électronique.

Entre fin 1979 et 1984, année de la présentation puis de la commercialisation de la Samara, les ingénieurs malmènent la voiture essentiellement du coté des routes et pistes de la Sibérie afin que ce projet moderne reste ultra secret et prenne de cours les constructeurs européens et japonais.

Fin 1985-début 1986, les premières Samara quittent l’URSS pour prendre la direction des marchés d’Europe de l’ouest. En France, c’est le réseau Lada Poch qui aura la charge de lancer la Samara (qui n’existe à l’époque qu’en 3 portes) disponible en rouge et en beige foncé uniquement. En fin d’année 1989, la Samara s’exporte même jusqu’au Canada…

1987 voit le lancement de la très attendue version 5 portes (2109) qui, si elle est pratique ne séduit plus vraiment l’acheteur soviétique redevenu russe au début des années 90. Aussi pour retrouver ses clients et éviter qu’ils ne s’échappent vers les occasions qui déferlent d’Europe, AvtoVaz lance la Samara tricorps (21099) qui uniquement proposée avec le gros L4 1.5 L de 71 ch.

Au fil des années, la Samara sera disponible avec des moteurs 1100, 1300 ou 1500 cm3 et des puissances redoutables comprises entre 63 et 71 ch. Les russes ont même droit, sur la Samara 2 (1997-2013), à un 1600 à injection électronique de 81 ch. On se rappelle aussi qu’au milieu des années 90 en France, nous avons eu une fameuse Samara diesel qui devait éviter l’effondrement des ventes de la marque sur le marché. Ce sera la courte époque de la Samara D à moteur L4 1.5 L venu de chez PSA et emprunté aux 106 et Saxo. Ce modèle restera deux millésimes et demi au catalogue avant de disparaitre quelques mois avant la fin de la Samara en Europe occidentale.

Début 1999, la Samara quitte nos marchés pour de bon mais poursuivra sa vie en Russie et dans d’autres pays sous la forme de la Samara Mk2 qui n’est rien d’autre qu’une Samara restylée avec un habitacle remis au gout du jour… russe !

Pour l’anecdote, sachez qu’il y a eu des Samara Cabriolet, des Samara Targa, des Samara VUL et même une version VAZ-415 à moteur rotatif de 140 ch ou une version Groupe B à moteur 1.9 L turbo en position centrale arrière de plus de 300 ch… Hélas ces deux dernières versions sont restées à l’état de prototype ou de la toute petite série.

Reste qu’aujourd’hui malgré de grosses remises, une dotation en équipement augmentée, la Samara ne séduit plus et s’écoule péniblement chez les concessionnaires qui doivent faire avec une vieille Samara plus onéreuse de 18000 roubles que le récente Granta qui est en fait sa descendante directe et annoncée. Ci dessous quelques images de la dernière Samara sortie de chaîne.

Une brève histoire de la Samara.

Si vous avez des notions de russe.

Pour le plaisir :

NDLA : *Elle nous a quitté trop tôt

Via AvtoVaz, Lada, Youtube.