Alors que les limites de vitesse autorisées surtout en ville sont en débat, les années 70 voyaient Claude Lelouch traverser Paris à 150 km/h. O tempora, o mores…

C'était un rendez-vous (9)

Il est 5 heures, Paris s’éveille un matin de 1976. Le cinéaste Claude Lelouch réunit ses plus proches collaborateurs près de Paris, dans la torpeur du mois d’août. Leur mission ? Tourner un court-métrage qui fera date… ou ne fera pas. Car il n’y aura qu’une seule et une prise. Le matériel mis en place est spartiate : une voiture, une caméra, une bande d’environ un quart d’heure, et de quoi faire tenir l’appareil au capot d’une Mercedes 450 SEL 6.9.

Le choix de la voiture intrigue : pourquoi une telle limousine pour ce traveling ? D’abord parce que c’est la voiture personnelle de M. Lelouch. Ensuite parce que sa suspension hydropneumatique permet à l’image de la caméra de ne pas sauter à chaque pavé parcouru. Enfin parce que le coeur de cette Mercedes est un V8 6.9l de 286 chevaux, soit la plus grosse cylindrée depuis les blocs de la Seconde Guerre Mondiale. Dernier détail et non des moindres : la transmission, automatique à 3 vitesses, qui permet au pilote de garder les deux mains sur le volant et au moteur d’avoir des accélérations linéaires.

Une Mercedes, Claude Lelouch au volant, et puis ? Une course folle, de la sortie du périphérique donnant sur la Porte Dauphine, jusqu’au Sacré Coeur sur la butte Montmartre. Temps de référence: 8,38 min. Vitesse moyenne : autour de 80 km/h, avec des pointes à 200 km/h sur les Avenues Foch, des Champs-Elysées, et sur le Quai des Tuileries. Vitesse maxi : en théorie, la 450 SEL peut monter au-delà des 230 km/h… mais ce ne fut vraisemblablement pas le cas le jour du tournage ! Au tableau des comptes, 18 feux rouges ont été grillés…

C'était un rendez-vous (8)

L’histoire veut que la prise « image » fut unique. Eh oui, pas question de risquer une deuxième fois son permis, sa vie, celles des passagers et -accessoirement- celles de Parisiens qui auraient pu se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Sachez seulement qu’un seul carrefour était guetté, celui entre la rue de Rivoli et la rue du Carroussel avant de foncer dans l’avenue de l’Opéra: Elie Chouraqui y était posté pour prévenir par talkie-walkie d’un éventuel danger. Sans appel de sa part, Lelouch ne freine aucunement. Ce n’est qu’à la fin qu’il apprendra que l’appareil d’Elie ne fonctionnait pas… ! Claude Lelouch eut également une frayeur à Pigalle : alors qu’il devait prendre la rue Lepic, celle-ci était condamnée par un camion de livraison, l’obligeant à faire un long détour par le pont de Caulaincourt… et craindre d’être à court de bande ! La prise du son en revanche a été refaite… le lendemain, au moyen d’une Ferrari 275 GTB, elle aussi propriété de Claude Lelouch. Eh oui, le gros V8 germain ne chantait pas suffisamment.

Banni des écrans dès sa sortie, le film vécut clandestinement, comme aujourd’hui puisque la plupart des copies -même des fragments- ont été été supprimées de la toile. Certes vous pouvez visionner les nombreux « hommages » réalisés à moto, à Bruxelles, ou ailleurs… Sachez néanmoins que le film peut être acquis sur le site de l’éditeur Spirit Level, et qu’en 2013 une version « blu-ray » est sortie. Ci-dessous, le « making-of » tourné en 2006 par AutoPlus.

Et voici la bande-annonce de la sortie Bluray de cette année :

Pour la petite histoire, « C’était un rendez-vous » s’achève sur l’embrassade de Claude Lelouch avec son épouse Gunilla Friden, sur les marches du Sacré Coeur. Paris valait bien une telle course… ! De quoi, comme dit Jeremy Clarkson, faire de Bullit un vulgaire dessin animé !

C’est l’hebdomadaire AutoPlus qui refit, 30 ans après le film, et en présence de Claude Lelouch, la plus rapide des traversées de Paris. A l’époque dirigée par Thierry Soave, le magazine avait édité un DVD « Spécial Extrême » où le film et les secrets du tournage étaient révélés.
Photos : Google Image (et pour celle de la Mercedes 450 SEL 6.9  : Netcarshow)