La notion de pilotage a cette faculté de toucher au plus profond de l’égo. Oui, je critique ouvertement, devant ma télé, les erreurs de pilotage en F1 et WRC, avec quelle expertise ? Celui d’un multichampion du monde et ce, depuis Sega Rally, et bien sûr un bon nombre de Renault Scénic déposés sur des bretelles d’autoroute. Malgré tout ça, il est bon, parfois, de faire une mise à jour.

Direction donc, le circuit du Paul Ricard pour un stage d’une journée au Driving Center. L’arrivée sur Marseille est pluvieuse, les mauvaises langues diront que des nuages sont restés accrochés à l’avion en provenance de Nantes. Le trajet vers Le Castellet ouvre la voie aux éclaircies, et on restera à l’abri des averses durant la journée, avec à la fin un temps beaucoup plus provençal, voilà pour la carte postale.

À l’instar du circuit de la Maison-Blanche au Mans ou du circuit club de Magny-cours, le Paul Ricard dispose de son propre tracé multifonctionnel. Certes, ce n’est pas le circuit F1, mais il semble très technique, et suffisamment vicieux pour vous pousser à la faute. Deux véhicules sont au programme, une Abarth 124 Spider en apéritif et une Porsche Cayman en dessert.

Avant d’attaquer les points de cordes comme des morts de faim, le circuit est équipé d’une piste de 200 m de long dont une partie peut-être partiellement arrosée. Nous avons tous vu ces images, un peu barbantes il est vrai, de la sécurité routière sur les distances d’arrêt d’un véhicule à 50/60 et 70 km/h sur sol sec et sur sol mouillé. Ce petit exercice vaut toutes les campagnes de publicité du monde, l’humain est comme ça, il faut l’expérimenter dans un cadre sécurisé comme celui-ci pour réaliser que même avec la meilleure voiture du monde, les lois de la physique restent les mêmes.

Une fois ce petit rappel sécuritaire passé, on attaque dans le dur, avec un exercice sur le freinage dégressif sur une partie du circuit. Ce freinage est antinomique dans la vie de tous les jours, il consiste à vous envoyer la tête contre le pare-brise en attaquant très dur sur la pédale de frein au niveau du petit cône bleu qui fait office de repère de freinage, et de relâcher petit à petit la pression jusqu’au point de corde, matérialisé par un cône orange.

Cette façon peu habituelle de freiner vous fait replonger dans vos cours de physique, on appelle ça effectuer un transfert de masse. Que viennent faire des cours de physique dans cet article ? Il permet de répartir un maximum de poids sur le train avant, à l’entrée d’un virage ça permet deux choses : augmenter le grip des pneus avant, donc garder du pouvoir directionnel. Vous évitez ainsi un phénomène appeler « sous-virage », en gros le train avant est attiré par la force centrifuge vers l’extérieur du virage. Toujours et encore la physique…

Après la théorie, la pratique, nous suivons un des moniteurs en Abarth Spider, durant 3 tours, ce dernier nous indique les trajectoires du circuit. Un autre, équipé d’une radio, vous surveille (avec bienveillance), en corrigeant vos éventuelles erreurs de pilotage. Les trois prochains tours, nous augmentons progressivement le rythme, le Spider Abarth est très joueur et le freinage est particulièrement endurant pour une voiture de série.

Après le déjeuné, petite piqure de rappel avant de nous lâcher seul sur le circuit au volant du Spider. L’un après l’autre, il ne s’agit pas de se tirer la bourre, le circuit est suffisamment technique comme ça. Les 170 ch de l’Abarth sont largement suffisants pour se faire plaisir. Premier gros freinage sur un droite gauche, suivit d’un virage à rayon constant, très technique question pilotage, et primordiale avant la longue ligne droite.  La deuxième partie du circuit est beaucoup plus technique, et le spider beaucoup plus à son aise, très joueur, un vrai régal. Les tours s’enchainent et la confiance monte.

Passons au dessert, le Porsche Cayman, dont l’architecture est complètement différente : moteur central et surtout 100 ch de plus que l’Italienne. Une fois installé à bord, l’impression d’espace comparé à l’Abarth est impressionnante, on dirait presque un monospace. Au volant du Cayman le circuit semble complètement différent, tant le comportement, la puissance, et surtout le freinage diffère. La Porsche est sur des rails, beaucoup plus sérieux que le roadster aux origines nippones. Le puissant freinage est plus perturbant que la centaine de chevaux supplémentaire, on sent que c’est une voiture d’un autre niveau, malheureusement la récréation se termine trop rapidement, on doit rentrer au stand.

Merveilleuse journée, le sentiment de progression est réel, votre égo est regonflé à bloc, un des moniteurs vous propose un tour en tant que passager qui va vous mettre face à la réalité, vous pensez avoir tutoyé les limites du circuit et de la machine ? Vous êtes en réalité à des années-lumière de ça, et le moniteur vous montre de manière involontaire le différentiel de niveau entre vous et lui. On recommence demain ?

Merci encore à l’équipe d’Oreca et du Driving Center pour leur accueil et leur sympathie.

Crédits photos : Stéphane Segura, Damien Rondeau