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Superbe surprise sur le stand Porsche au salon de Francfort : le concept car Mission e. Au delà d’un design percutant qui fait la quasi unanimité, ce concept donne beaucoup de pistes sur le futur du constructeur allemand.

On attendait une mini Panamera, et Porsche a finalement livré le plus beau concept du salon de Francfort (à mon humble avis totalement partial). La Mission e est une grande berline, du gabarit d’une Panamera. Si le design de cette dernière a toujours fait polémique pour son côté lourdaud et pataud, il en est tout autrement avec cette Mission e. Elancée, effilée, c’est une berline sportive d’allure et élégante. La filiation avec la gamme Porsche actuelle (et passée) est évidente. Les ailes avant ressemblent fortement de profil à celles de la supercar hybride 918 ; le profil fastback reprend quelque peu celui d’une Panamera, mais en plus racé, plus élancé. A l’arrière, un bandeau sur toute la largeur portant le nom de la marque rappelle les 911 « G », 964 et 993. Seul l’avant un peu torturé me laisse dubitatif. Passe encore pour les phares à LED, mais les ailes découpées (ressemblant un peu dans l’idée à celles du concept BMW Hommage) sont inutilement torturés à mon goût. Il paraît que ça améliore la tenue de route. Les portes sont antagonistes (« suicide doors » pour nos amis d’outre-manche), gimmick courant sur les prototypes de salon, quasiment jamais reconduit en série.

Au delà de son esthétique spectaculaire et pas totalement irréaliste, la Mission e inaugure surtout une première pour Porsche : son premier véhicule tout électrique. Pas hybride, non, c’est déjà vu, mais tout électrique, comme une Tesla qui s’avère être la cible toute désignée par ce concept. Les deux moteurs électriques se revendiquent comme dérivés de celui de la 919 hybride des 24h du Mans. Au programme : 600 ch pour 500 km d’autonomie. Quatre roues motrices et directrices, recharge à 80% en 15 minutes (gasp !). Les performances, c’est du Tesla Porsche : 0 à 100 km/h en 3,5 secondes (contre 700 ch et 3.4 secondes pour sa concurrente californienne). La principale innovation technologique de Porsche se situe dans la tension appliquée pour la recharge : 800 V au lieu de 400V pour ses concurrents. Cela permettrait une recharge plus rapide, de réduire la section des câbles cuivre, et donc d’alléger le tout. Evidemment, vu le déploiement déjà parcellaire des bornes de recharge 400 V, trouver une borne 800 V ressemblera à une épreuve de Fort Boyard, mais si la dynamique est lancée, pourquoi pas ? La charge est possible soit par une traditionnelle prise cachée dans l’aile avant, soit par induction.

Vous avez aimé le cockpit tout électronique de la Tesla ? Voici la phase d’après : le cockpit holographique. L’affichage des compteurs se fait presque classiquement par diodes OLED. Mais un second affichage holographique, accessible tant par le conducteur que par le passager avant, permet de commander au geste, sans contacts, la climatisation ou la radio. Les compteurs, eux, sont personnalisables par simple regard du conducteur. Ca a l’air bien joli sur le papier, mais je pense que ce genre de commandes à la Star Trek n’est pas tout à fait pour demain (oui, je suis en mode vieux râleur).

Si ce concept est si intéressant, c’est non seulement pour son côté spectaculaire mais surtout pour ce qu’il laisse entrevoir pour l’avenir de Porsche. Pour commencer, le design peut être facilement décliné sur un modèle de série, en retirant les divers attributs d’un show car. Changez le bouclier avant, modifiez l’ouverture des portes et quelques autres bricoles et vous auriez une Panamera 2 dont Porsche ferait bien de s’inspirer. A l’intérieur, gommez le gadget holographique, et je verrai très bien les compteurs OLED dans une évolution future du Cayenne ou du Macan, pour commencer. Par contre, gros point de mécontentement : il est où le chronomètre à aiguilles au milieu de la planche de bord ?? La technologie c’est bien, mais il faut respecter les traditions ! Enfin, le plus intéressant : la motorisation électrique. Porsche maîtrise déjà l’hybride avec les Cayenne, Panamera et 918 (avant un très probable Macan et peut être la 911). Le tout électrique est une nouveauté qui semble maîtrisée, tout au moins sur le papier. Une utilisation de ce bloc propulseur en série est plus que probable, reste à savoir sur quel type de modèle.

S’il est évident que Tesla est la cible visée, il ne faut pas oublier que le constructeur américain est très petit face aux constructeurs allemands de haut de gamme (voire Lexus ou même Infiniti). Sa part de marché est dérisoire (0,02% du marché mondial en 2014), comme ses capacités de production. Son avance technologique est néanmoins manifeste et il faut reconnaître que le produit est très bien conçu et que le modèle S est à mon sens aujourd’hui la seule voiture tout électrique réellement apte à remplacer une thermique sans trop d’inconvénients (voir l’essai de Jean-Baptiste ici). Les constructeurs premium allemands se devaient de réagir pour regagner le terrain marketing avant que grand public n’assimile « voiture électrique » à « Tesla ». D’où la naissance de ce concept et de ses équivalents chez Mercedes (IAA) et Audi e-tron Quattro.

Crédits photos : Porsche, Audi, Mercedes-Benz