C’était la semaine dernière, dans une belle salle en région parisienne. Le show était millimétré, les hôte-sse-s souriant-e-s, les communicants gonflés à bloc, les jus de fruits sophistiqués : tous les ingrédients d’un bon lancement étaient réunis. Seulement voilà, je me sens perdu : je ne reconnais pas la voiture en face de moi.

Pour comprendre, il faut revenir en arrière, et plus précisément le 5 février 2014. Tout était identique, à l’exception du flegme de Frédéric Banzet depuis remplacé par le pétillant de Linda Jackson. Et là, on nous montre ce film :

En 1:39, tout est dit. Mon petit cœur s’emballe : cette drôle d’auto frappe en plein dans le mille ! Le moins mais mieux, ce retour à l’essentiel, quelle idée merveilleuse. Et je suis complètement emballé par le dessin extérieur : de chrome ou d’arêtes, il n’y en a point ; au contraire, des formes rondes et lisses nous tendent les bras. Dans sa robe blanc nacré, on dirait on joli petit galet, on a presque envie de le caresser. Et les Airbumps ne me gênent aucunement, bien au contraire. C’est original, oui, mais suffisamment bien traité pour s’intégrer au design général. Et puis les différentes combinaisons de couleurs permettent de se marier avec toutes les teintes de carrosserie. Bref, je sors de la présentation absolument enchanté, ravi de voir Citroën proposer un produit aussi innovant, original, décalé. Ravi de voir que Citroën a le courage d’oser. Et je rentre chez moi, découvrant des voitures bien fades, impatient de voir des Cactus fleurir un peu partout dans nos rues.

bb <3

Seulement voilà, pas grand monde ne comprend la voiture. Il y a déjà un gros cafouillage avec le terme « voiture essentielle », assimilé à du low-cost. Rétropédalage total dans la communication, et on parlera alors d’un crossover comme les autres. Et les Airbumps sont clivants, bien trop clivants. Le Cactus sera relégué aux arrière-fonds des chiffres de ventes, largué par les Captur et 2008. Le C3 Aircross, apparu depuis peu, se chargera du coup de grâce : stylistiquement acceptable, plus pratique, mieux équipé, prix similaires. Et voilà qu’arrive le 26 octobre 2017.

Déjà, c’est une berline. Une berline. Une berline. Une BERLINE. Une B-E-R-L-I-N-E. Compris ? La conférence de presse tournera longuement sur le rattachement du Cactus à la gamme pour plus d’harmonie, un meilleur air de famille etc etc. Alors, clairement, c’est réussi, tous les éléments sont là : la ligne de chrome qui enserre les diodes pour terminer sur le logo à l’avant, les antibrouillards cerclés de plastique coloré, les phares arrière  » »3D » » (j’ai vraiment du mal avec ce prétendu effet) et, évidemment, les Airbumps qui ne sont plus que des moulures dans les soubassements. C’est très bien, félicitations les designers, vous avez fait votre taf. Mais où est mon petit galet ? J’ai devant moi une voiture comme les autres, qui perd beaucoup du charme de sa simplicité ; sa bonhomie semble bien loin.

Et puis j’ai quand même du mal avec son positionnement. Une berline, vraiment ? Elle s’attaque donc aux 308, Golf, Mégane et autres. Et partant de là, elle risque d’être à la traîne dans plusieurs domaines. L’habitabilité, tout d’abord : la disparition des Airbump et des barres de toit étirent visuellement la voiture, mais 4.17 m de long pour un empattement de 2.60 m, ça fait peu quand la concurrence tape plus dans le 4.25/4.30 m de long avec un empattement facilement 5 cm plus grand. Et ça se ressent fatalement avec une habitabilité arrière assez comptée (mes 1.78 m touchent le plafond), un coffre au seuil haut perché et au volume pas si foufou que ça (358 litres, quand les concurrentes en affichent au minimum 380). Sans compter que les équipements, certes revus à la hausse, marquent encore une fois le pas avec les autres compactes : clim monozone, pas de régulateur adaptatif, un combiné d’instrumentation pour le moins…dépouillé, un écran central pas folichon… Reste à savoir le prix, qui pourrait faire passer la pilule.

Tout est à jeter, donc, dans ce nouveau Cactus ? Non ! Déjà parce que les équipes Couleurs & Matières de la marque font un travail incroyable depuis quelques temps, et ils ne se sont pas loupés avec le restylage : les harmonies intérieures déboîtent un peu et l’habitacle est un vrai bel endroit où passer du temps. Et n’oublions pas que le nouvelle marotte du Cactus, c’est de proposer un confort « tapis volant ». Le précédent était déjà très agréable sur ce point, mais prévoyez de passer dans une nouvelle dimension avec la nouvelle suspension et ses fameuses butées hydrauliques progressives. Pour faire simple, deux butées hydrauliques (une pour la compression, une pour la détente) sont rajoutées aux suspensions afin de gommer les trépidations, les déformations, les rebonds. Une innovation pleine de promesses, donc, qui va de pair avec des fauteuils Advanced Comfort à mousse haute densité. Pour y avoir posé mon fessier, je m’y suis trouvé fort aise, avec une synthèse très impressionnante entre un moelleux absolument remarquable et un maintien sans reproche. Citroën annonce aussi avoir particulièrement travaillé l’insonorisation : un tout qui me donne très envie d’en prendre le volant…

Me voilà donc sceptique. J’ai l’impression que les équipes Citroën ne savaient vraiment pas quoi faire avec ce Cactus, beaucoup trop différent de ce qu’on peut trouver, aussi bien dans la gamme que dans le marché en général. Ils ont bien essayé de le rafistoler avec ce qu’ils ont pu, mais la voiture au final donne cet étrange arrière-goût de malaise, le Cactus ne collant pas du tout aux étiquettes qu’on veut lui donner, à la peau dans laquelle il est enfermé. C’est une auto à laquelle je suis profondément attaché et je suis triste de le voir à mon goût dénaturé. You were born this way, dirait Lady Gaga, né pour être radicalement différent. Était-ce une erreur d’en faire une voiture de série, plutôt qu’un concept-car ? La question aurait pu se poser, mais il est maintenant trop tard. Après tout, le marché a toujours raison, et Citroën est là pour vendre des voitures…