Retour sur cette triste « barbouzerie » interne qui a secoué Renault fin 2010 et durant l’année 2011 avec de nouvelles pièces versées au dossier de l’instruction. Rien de fondamental au sujet de l’affaire en elle même mais des pièces insolites que le juge Robert vient de verser au dossier d’instruction de l’affaire. 

Ces documents ont été saisis lors d’une perquisition faite en fin d’année 2011 et proviennent du disque dur de la directrice de communication de l’époque, Frédérique Le Grèves. Ils remontent au début de l’affaire, c’est à dire en janvier 2011 au moment où le constructeur recevait les trois cadres suspectés pour un entretien préalable au licenciement car je le rappelle, les trois cadres concernés étaient suspectés entre autres d’espionnage et d’intelligence avec les chinois pour leur fournir des informations internes au sujet du développement de la gamme ZE et de la politique de Renault.

Ainsi dans les mails retrouver sur le DD de la directrice de la com’, on découvre par exemple un courrier qui demande de travailler sur une déclaration à utiliser en interne et/ou externe au cas où l’un des trois cadres suspectés d’espionnage commettrait l’imparable et tenterait de se suicider. La Dir’ com’ de l’époque poursuit dans ses mails qu’il faudrait aller vers un thème qui aille dans le sens suivant : « ce serait sur le thème : nous sommes abasourdis et nous avions pris les dispositions médico-psychologiques pour les trois individus concernés« .

Selon Le Parisien, la collaboratrice aurait travaillé assez rapidement et efficacement et aurait proposé à sa patronne deux options pour les déclarations officielles et aux familles. L’une concerne le suicide d’un des trois « espions » du moment et l’autre parle d’une tentative de suicide manquée. On peut donc lire : « Toute l’entreprise est profondément ébranlée par la gravité de ce geste ». Et si l’homme se suicidait effectivement, il fallait ajouter au communiqué officiel : »L’entreprise (Renault) pense particulièrement à la famille de M. xxx etc… »
Contactée par M.Suc du Parisien en fin de semaine, la chef de cabinet de Carlos Ghosn, Frédérique Le Grèves explique : « J’avais effectivement demandé de préparer cette communication. C’était de l’anticipation pure, des éléments de langage pour être prêt à répondre aux journalistes ». 

Reste que ces nouvelles pièces versées au dossier de la justice montre un étrange mode de fonctionnement et de management au sein de Renault qui est à l’époque en pleine vague de suicide parmi de personnel du site de Guyancourt. Plusieurs sources journalistiques mais aussi des psychologues d’entreprise et des avocats posent deux questions :

– Le cynisme de Renault irait -il jusqu’à prévoir ce que peut faire un salarié sous pression tout en se prémunissant contre un éventuel couac de communication ?
– Le management du grand constructeur serait il bien plus impliqué qu’on ne le croit dans cette affaire fumeuse ?

Des questions auxquelles les juges vont tenter de répondre dans les prochains mois afin de dégager des responsables mais aussi des incompétences coupables des dirigeants du groupe qui ont mené à cette triste affaire. Selon de nouveaux éléments, Renault n’aurait que peu changé son  management et aucune cellule pour le salariés en détresse ne serait réellement en place depuis l’affaire. Il semble d’ailleurs que le patron du groupe automobile aura encore quelques rendez avec le juge d’instruction car il devrait être convoqué de nouveau pour un ou plusieurs entretiens  qui devraient durer quelques dizaines d’heures… Autant dire que l’affaire n’est pas bouclée et qu’au delà des lampistes pas fins ni malins, il doit y avoir quelques responsables pas très clairs sur le sujet, ne serait ce que dans l’affaire du fameux indic (toujours inconnu mais grassement rémunéré) qui a fourni des informations balourdes, non vérifiées ou pas recoupées par les personnes compétentes en charge du dossier qui ont livré à la vindicte populaire et médiatique des salariés qui ne faisaient que leur boulot. Un dossier moins présent dans l’actu du moment mais un dossier dont on devrait reparler car ses développements ne sont pas terminés ne serait ce que déontologiquement autour de la posture et des décisions prises par la direction de Renault.

Via LeParisien, LeNouvelObs, AP.