Vingt ans les séparent et pourtant peu de choses ont changé entre ces deux voitures : voici une rencontre croisée des Mazda MX-5 NA de 1991 et NC de 2011, dans la capitale, avec les ressentis de conduite de leurs deux essayeurs. En route pour un peu de « zoom-zoom » intergénérationnel !

L’avis de Jean-Baptiste sur la MX-5 NC (2011) : La Rencontre

Vous l’avez peut-être lu il y a quelques jours : je suis tombé sous le charme de la première génération de ce génial MX-5. Mais il serait dommage de réduire cette lignée à sa première déclinaison : c’est pourquoi j’ai voulu prendre le volant de la version actuelle dont prenait soin François

Dès le premier regard, aucun doute possible : c’est bien une MX-5 ! Les proportions sont bien gardées, le style général est conservé et les petits détails, comme la bosse sur le capot ou les crochets chromés derrière la capote, sont toujours présents. Mais je trouve que l’ensemble a quelque peu perdu de sa fraîcheur : on dirait que, en grandissant, celui qui fut tout fou s’est assagi, a mûri, s’est quelque peu embourgeoisé. Et puis, chose difficilement pardonnable, le MX-5 troisième génération a perdu les feux escamotables pour de plus traditionnelles optiques… En même temps, avec toutes ces nouvelles normes, difficile de ne pas faire évoluer la voiture. Chapeau au passage aux ingénieurs qui ont tout fait pour limiter la perte de poids à une petite centaine de kilogrammes ! Peu de voiture peuvent se targuer d’avoir aussi peu pris en 25 ans…

A l’intérieur, c’est le choc : il y a des boutons et des écrans. Il y a même du cuir, une climatisation automatique, et… Oh mon Dieu, mais oui, c’est bien une R A D I O. J’avais pourtant commencé à prendre l’habitude de chanter tout seul pour mettre un peu d’ambiance dans ma petite NA de 1991… En tout cas, s’il y a un équipement que j’ai apprécié, c’est bien les sièges chauffants, qui permettent de profiter du plaisir de rouler décapoté encore plus longtemps.

Et sinon, niveau conduite ? N’ayant pu que la conduire dans l’hypercentre de Paris entre le Ranelagh et le tour Eiffel, les sensations de conduite seront très succinctes. J’ai ainsi pu remarquer un moteur nettement plus nerveux (enfin, sur les trois premiers rapports), et la boîte de vitesses m’est apparue encore plus meilleure (j’ai envie de dire « plus meilleure », je m’en fiche si c’est pas français) que celle de la première génération : les rapports s’enclenchent tout seul, les débattements sont encore plus directs et le boîte en elle-même est mieux guidée… On est vraiment proche du sans-faute !

Voilà, c’est à peu près tout ce que j’avais à dire sur cette brève rencontre… Il ne me reste plus qu’à souhaiter une dernière fois un joyeux anniversaire à cette lignée de si attachantes autos, en espérant qu’on puisse fêter encore beaucoup d’autres anniversaires ensemble !

L’avis de François sur la MX-5 NA (1991) : Le temps du muguet

Vingt ans, c’est « le bel âge », dit-on. Pour la jeunesse affamée, c’est la découverte brutale des réalités du monde des adultes, ainsi que le montre dans Léa Frédeval dans son très bon livre. Pour l’automobile, c’est la bascule dans l’univers des youngtimers. Mais pour qui a modestement pris goût à une MX-5 de 2011 pendant un week-end, prendre le volant de son aïeule « vingtenaire » n’était pas totalement pour me plaire. Aurais-je davantage vieilli qu’elle alors que nous avons presque le même âge tout les deux ?

Serait-elle plus difficile à manier ? Le moteur ne serait-il pas complètement à la rue malgré ses 115 chevaux ? Qu’est-ce que ça fait de conduire une voiture « d’avant » ? A la fois curieux et anxieux, je me suis donc installé à bord de la NA de Jean-Baptiste. Et le premier constat, c’est qu’en 20 ans, peu de choses ont changé. Assis sur le plancher, sur des sièges d’un maintien légèrement inférieur, le grand volant tombe aisément entre les mains et est d’un maniement précis et aisé, l’absence de direction assistée est compensée par la légèreté de l’auto, 975 kg, et la voiture se révèle presque plus agréable à guider que la NC de 2011.

Avec cette direction et la boîte de vitesse dont le pommeau tombe directement sous le poignet droit, on a vraiment le sentiment de faire corps avec la machine. Mais si cette sensation se retrouve dans la NC, dans la NA elle est amplifiée par la certitude que l’on est en prise directe avec les éléments, sans assistance aucune à la conduite. Une fois le contact mis, on se félicite que la clé soit dans le barillet : on aurait trop peur de l’égarer ailleurs tant elle est mince et frêle. Le moteur répond présent, pas instantanément à l’accélération, mais une fois la MX-5 lancée ce petit cœur de 1600 cm3 est vif et onctueux. Et les suspensions filtrent bien mieux les pavés parisiens que celles de la NC, dont les réglages sont plus fermes. L’atout coup de coeur est assuré par les phares rétractables, comme le soulignait Jean-Baptiste : un effet science-fiction désuet mais toujours aussi cool.

C’est au niveau de la capote que la différence d’âge se fait plus prégnante : celle-ci est un peu plus fine que sur la NC, la lunette est en plastique. Pour la replier, on lance derrière les sièges sans avoir à la clipser. Et dans l’intérieur plus généralement, si la présentation apparaît datée, elle n’est cependant pas désuète ou décevante. Les assemblages sont bons malgré quelques vibrations, et l’aspect des matériaux est encore agréable au toucher. Si bien-sûr la conservation soignée du véhicule par le parc presse de Mazda, depuis qu’ils s’en sont portés acquéreurs, est en cause, il est bon de voir que cette NA a traversé 23 ans sans réellement perdre ni de sa jeunesse ni de sa fraîcheur. Ses prestations routières sont encore d’actualité ;  c’est seulement sur la sécurité (absence d’airbags, structure plus fine du pare-brise et de ses montants) que l’on remarque les progrès accomplis, et désormais présents à bord de la NC.

L’achat d’une MX-5 NA est, peut-être encore davantage que la NC, l’œuvre d’une réelle impulsion, d’un véritable coup de cœur, une façon de manifester son anticonformisme et sa simplicité de vie. Malgré ses contraintes inhérentes (pièces de rechange rares, petit coffre et petitesse intérieure),  son capital sympathie, sa compacité et son design jovial font oublier toute rationalité d’esprit. A l’image du Temps du Muguet de Francis Lemarque, la MX-5 NA est revenue flâner le long des quais, faire refleurir sur les passants l’éclat de leurs sourires, et en partant, elle nous a laissés le parfum de son printemps, de ses vingt ans. Pour s’aimer encore longtemps ?

Crédit photographie : Ugo Missana pour BlogAutomobile.fr
Remerciements à Mazda France et à Guillaume Masset pour le prêt des deux MX-5.