R16 079

Retour sur… c’est la rubrique que je vous propose tout au long de l’année, pour revenir sur ces voitures qui ont fait l’histoire de l’automobile.

Episode 2: Renault 16

Sortie à dix ans d’intervalle avec une certaine Citroën DS, la Renault 16, qui malgré ses qualités est restée dans l’ombre de la grande berline du Quai Javel. En 2015, ce sont les 50 ans de la Renault 16, alors rendons à César ce qui est à César et offrons le privilège à la R16 ! Sortie au plein milieu des années 60, la R16 est une révolution le tout avec une enveloppe originale ! Ne boudons pas notre plaisir et partons à la (re)découverte de celle qui a fait son nid dans l’ombre de la déesse aux chevrons.

Un peu d’histoire…

Refroidi par l’échec de la Frégate (1951-1960), Renault ne dispose plus au début des années 60 d’un véhicule dit haut de gamme. Comme toujours c’est un homme qui va imaginer ce nouveau modèle pour la gamme Renault: il se nomme Philippe Charbonneaux, il entre dans l’histoire Renault en dotant l’ancienne Régie National d’un bureau de style et plus tard avec une proposition pour la future R25. A la fin des années 50, il imagine avec son équipe une auto capable de se frotter au concurrent du Quai de Javel, il faut dire qu’il n’est pas à son coup d’essai: en 1961, Renault présente la 4L concurrente directe de la 2CV, Philippe Charbonneaux souhaite réitérer le coup mais cette fois-ci avec une version qui s’attaquera à la berline du double chevrons. Pour cela le projet doit être innovant et révolutionnaire. 

Nom de code: R1150

Le nom de code du projet sera R1150, les axes de travail étant décidés, l’équipe Renault fit le choix de « la voiture à vivre ». La voiture va miser sur l’innovation quitte à surprendre mais aussi sur un style qui pourra dérouter: Renault analyse les nouveaux usages d’utilisation de l’automobile à l’aube des années 60, ainsi la voiture se destine à une nouvelle famille de gens « aisés » c’est-à-dire celle des cadres ayant besoin d’espace et de volume pour mettre les valises des week-end en Normandie (Ah les clichés !) ou pour les vacances camping (alors on n’attend pas Patrick?). Ainsi elle sera munie d’équipements inédits sur le segment H à commencer par des suspensions à quatre roues indépendantes (vu l’état des routes, évidemment non mais! Encore un coup de la DDE ), un châssis asymétrique dû à l’utilisation de barres de torsion, la 16 inaugure aussi le Cléon-aluminium, développé pour elle mais aussi et surtout la grande berline sera la première voiture de grande série dite à hayon ( nous reviendrons sur le hayon plus tard).

Un châssis asymétrique ?! Qu’est ce que c’est ?

Alors oui ça peut surprendre, mais le châssis de notre R16 est donc asymétrique, cela est dû à l’utilisation de barres de torsion dans la longueur ou longitudinale à l’avant et pour l’arrière transversale. Le détail qui tue (remarquez l’habile photomontage en dessous) c’est la distance entre le passage de roues arrières et les portes gauche et droite. La voiture reste confortable avec une bonne tenue de route.

ccxxcxc

Le Moteur Cléon-Aluminium

Le surnom de «Cléon» vient du fait qu’il était fabriqué à Cléon, en Seine-Maritime, à proximité de Sandouville le tout accolé à l’« aluminium » afin de le distinguer du moteur Cléon-fonte du reste de la gamme Renault. Il dispose d’un arbre à cames latéral (avec culbuteurs et tiges de culbuteurs), le tout commandé par une chaîne de distribution, avec une culasse et un bloc en aluminium. Il est le premier moteur fabriqué par Renault avec un bloc aluminium.

Le Hayon: une histoire de coffre

Destiné avant tout à une nouvelle classe sociale avec plus de moyens à cette époque, Renault réfléchit à la dure vie d’une famille que l’on nommera plus tard les cadres, comment utilise-t-on sa voiture avec ses enfants ? Comment joindre l’utile à l’agréable ? La R16 s’annonce révolutionnaire et en adéquation avec les attentes des utilisateurs. Premièrement l’adoption du hayon permettra à l’utilisateur de charger plus aisément les bagages, un accès essentiel pour le quotidien (on pense aux courses, aux affaires de sport du p’tit dernier, le shopping de madame, le chien après un dimanche dans les champs, au kidnapping de Frankie « le bavard ») . Mais cela jouera un grand rôle sur sa forme générale, la R16 sera donc un bi-volume ou bi-corps au grand dam de la DS ! L’aspect pratique étant prioritaire au style. Je vois qu’il y a une question: Oui Agnan on t’écoute: C’est bien joli tu nous expliques pourquoi ils ont installé un hayon, mais un hayon c’est quoi ? Le hayon désigne l’ensemble vitrage/porte de coffre à l’arrière de la voiture en s’ouvrant ensemble. Sur les berlines trois volumes à la lunette arrière fixe comme sur la Citroën DS, par exemples. Le hayon est inhabituel pour les hommes de Renaultet les ingénieurs installeront sur le toit des « cornes », elles naissent au-dessus du pare-brise avant et cours jusqu’aux feux arrières , c’est esthétique mais pas que… Les cornes sont là pour rigidifier la structure de la voiture. Aujourd’hui le hayon est partout chez les généralistes (ex: Skoda Superb combi) … mais aussi les constructeurs premium (ex: BMW serie 5GT) par exemples.

Voici la R16 ou Renault 1500

C’est lors du salon de Genève en 1965 qu’apparaît la seize ! Alors si dans l‘article précédant l’Y10 n’avait pas rencontré grand succès, la R16, surprendra les visiteurs, son espace habitable permet sept configurations (non je ne vous parle pas d’un Espace ou du Scenic), les sièges sont ainsi démontables ou pliables… La R16 possède un profil bi-volume avec ses quatre portes et la cinquième porte qui sert de hayon ce qui est une première pour la catégorie… Autre innovation le bloc moteur est en aluminium ou le refroidissement fermé avec une ventilation automatique. La R16 est la fierté de ces concepteurs Philippe Charbonneaux et Yves George. A Genève, Renault présente trois versions: la base avec la R16 L, le « cœur » de gamme R16 GL et la R16 GLS. Il est à noter qu’au lancement de la R16, les premiers exemplaires n’arborent pas le losange ! Dès le mois de septembre 1965 il apparaît sur la calandre. sachez aussi que l’on nomme la 16′  Renault 1500 vis-à-vis de sa cylindrée puisque au lancement nos trois versions de la R16 auront toutes un moteur 1470cm3 qui offre 55cv.

Elle sera d’ailleurs, face à ses innovations, élue Voiture de l’Année 1966.

Début 1968, la marque au losange commercialise une R16 que l’on pourra qualifier de version « sportive »:  la  Renault 16TS, elle bénéficie d’un tout nouveau moteur cubant 1565 cm3 et 83 ch (non je n’ai pas oublié un zéro :). En mars 1969, Renault  équipe la 16 d’une boite automatique électronique: C’est la Renault 16 TA, qui récupère le moteur de la TS mais dégonflé, il délivre 67 ch.

En septembre 1970, la Renault R16 connait son lifting de mi-carrière: le plus gros changement que l’on remarquera sont les feux arrières qui seront redessinés: ils perdent leurs formes arrondies pour devenir rectangulaires. Les chromes sur les ailes arrières ont disparu. Le ménage continue dans les appellations puisque les versions GL et GLS deviennent L et TL et récupèrent la motorisation de la version TA. En 1973, apparaît la Renault 16 TX avec un nouveau moteur de 1647cm3 avec 93ch,  elle sera équipée d’une boîte cinq vitesses, des lèves vitres électriques à l’avant, la fermeture centralisée des portes centrales, question style la 16 gagne un becquet de toit chromé, quatre phares avant carrés et des jantes Gordini. De plus, question options le choix est large avec: changements de vitesses automatiques, des vitres teintées, la climatisation, l’intérieur en cuir, le toit ouvrant, des jantes aluminium ou encore la peinture métallisée… La plupart des 16, auront un intérieur beige/marron, d’autres recevront un intérieur bleu ou encore en skaï ou en cuir. Derniers détails, le poids de la seize varient entre 1010 kg et 1065 kg (pour les versions TL et TX).
Des détails de la R16…

Un défi technique

La 16 a été un gros challenge pour les équipes de Renault, mais son lieu de production tout autant ! Il faut dire que si Renault a conçu une nouvelle voiture à partir d’une feuille blanche, pour son usine, Renault à fait de même. Le choix se portera sur la petite ville de Sandouville à proximité du Havre. Il faudra créer ce site, Renault construit tout spécialement une nouvelle usine pour notre seize. C’est en 1964, que l’on verra sortir de terre un tout nouveau site industriel ultra-moderne dévoué au haut de gamme du losange. En 1965 y démarre la production de la seize, les ennuis commencent aussi: les ouvriers qui étaient auparavant paysans ou pêcheurs viennent travailler sur les chaînes de productions. Malgré leur formation, les débuts de la R16 sont des plus compliqués ! Remarquez le petit détail qui tue, près de la roue de secours on retrouve le code couleur mais surtout les initiales du lieu de production ainsi on retrouve inscrit LH pour Le Havre ou aussi en petite série un F pour Flins (oui certaine 16 ont été fabriquées à Flins !).

Les avaries vont se succéder et donner une mauvaise image à la voiture. Ce sera vite oublié avec les améliorations qu’apportera Renault à son fleuron de Sandouville comme à la voiture. Suite à ses ennuis, Renault modifiera au fil du temps la R16 en apportant des changements et ce dès 1966 ! Le losange ajoutera une nouvelle commande de starter sur le carburateur. Les plus grosses critiques de l’époque portaient sur les freins, la 16 n’est pas la meilleure en freinage et Renault va réagir avec des nouvelles plaquettes de freins « plus épaisses » dans la même année la 16 se dote d’étriers de freins à disques. Pareil pour les diabolos qui servent de fixation au silencieux remplacé par des sangles élastiques.

La 16′ va aussi recevoir des petites modifications plus discrètes:
La planche de bord va être garnie d’un logo « RENAULT 16 ». Restons avec la planche de bord, les buses d’aérations sont à volets pivotants (ils remplacent les trappes), Renault modifie le garnissage des passages de roues arrières en noir, les joints de portes avant et arrière en vinyle noir et non plus en tissu gris. En 1969, la planche de bord gagne des aérateurs ronds. Sur la TS, la 16′ reçoit un nouveau tableau de bord avec une montre électrique. Extérieurement, petit restylage de la 16 avec les phares longues portée fixés sur la tôle de calandre et non plus le pare-chocs. Pour 1970, Renault installe les ceintures de sécurité à l’avant (oui à l’arrière c’était pas encore obligatoire). En 1972, Sur les nouvelles L et TL, la 16 hérite d’une nouvelle planche de bord et d’un nouveau tableau de bord rectangulaire, enjoliveur central de volant en devient noir et abandonne son imitation bois. Pour conclure, les modèles de 1975, la calandre en aluminium est remplacée par une version plastique. Début juillet 1977, les feux de recul sont disponibles pour toutes les versions. Enfin les dernières évolutions en 1979, les ceintures de sécurité sont enfin montées à l’arrière.

Dérivé

La seize aura aussi une petite-cousine en Angleterre: la LOTUS EUROPA (à droite), puisqu’elle empruntera son moteur à notre française. Autres automobiles à recevoir le moteur de notre seize est l’artisan lyonnais Marcadier coupé Barzoï (à gauche), n’oublions pas la Matra Jet ou encore les premières Alpines qui recevront le Céon-Alu de la seize.

J’en profite pour vous montrez les versions non commercialisées de la 16: le coupé et le break.

Clap de fin

1979, marquera la dernière année ou Renault modifiera la 16. La R16 continuera ainsi pendant encore deux ans sa carrière, Renault réduit le catalogue, supprime des options… La Renault 16 disparaîtra du catalogue en 1981, après 16 ans de carrière. Renault la remplacera par le duo Renault 20 et 30.

Pour l’histoire, c’est une 16 TX qui sera la dernière Renault 16 à sortir de la chaîne à Sandouville.
Au total, entre 1965 et 1981, ce sont 1.850.000 exemplaires ont été produits.
A Sandouville, les chaînes continueront avec la production dudit duo 20 et 30 qui prennent la suite de la 16 avec la même architecture.

LE ROAD TRIP BLOG AUTOMOBILE

Petite nouveauté de ma rubrique, pour conclure cet épisode de « Retour Sur« , je voulais absolument faire la rencontre d’une R16. Chose faite ! Rendez-vous donné, entre les pieds du contre fort du Jura et le Rhône, il fait un peu froid mais je ne cache pas mon impatience, puis j’aperçois cette Renault Bleu foncé, il faut dire que malgré tout, elle jette encore la mamie ! La ligne est galbée, elle me surprend par sa longue robe (je la voyais plus petite), le chrome est absolument partout ! Il y en a sur la calandre, les pare-chocs, le vitrage, les poignées de portes, l’aileron ou sur le hayon ainsi que sur les cornes du toit. Les 4 cylindres est agréables à l’oreille. Certes, quatorze ans me séparent de cette voiture, et surtout je n’étais pas né quand elle disparut en 1981, c’est pour moi une découverte totale. Revenons à mon exemplaire, C’est une Renault 16 TX de 1978 avec ses 93 chevaux doté d’un magnifique bleu qui n’a été au catalogue qu’en 1978 (!) Fabienne sa propriétaire est une collectionneuse passionnée et appréciant les versions originales de la seize. Allons à l’intérieur, la seize vous fait voyager instantanément dans les trente glorieuses, on retrouve le logo de la « Renault 16 » sur la planche de bord, un intérieur rectiligne et de bonnes factures. Je m’installe à bord de l’auto et surprise ! Quel confort ! Je m’installe sur le siège comme dans un fauteuil, je vois le paysage défiler à une douce vitesse très agréable, dans les petites rues escarpées la seize passe-partout, ses montants très fins on peut voir là où l’on souhaite (nous n’étions pas dans les modernes et leurs montants épais), entre deux shootings de la voiture, je décide de m’installer à l’arrière et de laisser conduire. Première appréhension: il n’y a pas de ceinture à l’arrière ! Eh oui que voulez-vous dans les années 70 pas de Chantal Perrichon et pas encore d’obligation d’ABS ni d’ESP ! En faisant mes recherches pour cet article, j’ai lu qu’à l’arrière on était installé comme dans un canapé réponse: oui ! Elle est très confortable cette banquette arrière ! Le tour s’achève au pied du Rhône pour un dernier shooting.

Les héritières.
Que reste-t-il de nos amours ? hum on peut citer dans les voitures qui ont précédé à notre Renault 16, des Renault comme l’Espace, le Scenic (pour l’habitabilité) mais les véritables descendantes qui sont nulles autres que les R20, R30, R25, les Vel Satis et Samsung Latitude pour les descendantes de chez Renault, qui ont toutes continué avec le hayon (une tradition MADE IN RENAULT !). Mais d’autres ont jalousé la seize, comme la Lancia Beta ou encore la Austin 1800.

Aujourd’hui celle qui a reprit cette ligne atypique c’est l’Audi A7 (vous avez le droit de ne pas être d’accord !), mais surtout la plupart de nos voitures contemporaines équipées du hayon (Clio, Yaris, 500, 208, 2008, Golf, etc…).

Voilà tout est dit (ou presque) à propos de la Renault seize alors on se dit à très vite pour un autre rendez-vous des « Retours« . Si vous avez des idées d’anciennes n’hésitez pas à nous le dire par commentaire !

Merci à la présidente Fabienne Dubois de Bleu Seize pour sa sympathie et de m’avoir fait découvrir ses Renault 16. Sachez que tout le long de l’année 2015 des événements célébreront les 50 ans de la seize, dont le club Bleu seize qui organisera le week-end du 11 au 12 juillet 2015 à Saint-Sorlin en Bugey en région Rhône-Alpes.

via Renault, Bleu seize, photos: Guillaume PINA et Google image.