Chose promise, chose due : comme annoncé lundi à travers l’article de Romain, nous vous présentons un dossier aussi complet que possible sur la mini Dacia.

Ne me regardez pas comme ça, on n’a jamais dit qu’on allait parler d’un scoop, d’une nouveauté à venir, non. Et vous connaissez trop ma passion pour les voitures de l’Est dont vous n’avez strictement rien à faire pour sentir le piège à venir. Permettez-moi de vous présenter la Dacia 500 Lăstun, la petite Dacia qui a sombré dans l’oubli si tant est qu’elle ait été un jour connue. Tout le monde a le droit à son quart d’heure de célébrité, non ? Hai să mergem !

Nous sommes au début des années 80. Nicolae Ceaușescu a profité du tremblement de terre de 1977 à Bucarest pour concrétiser ses rêves de grandeur : la capitale roumaine change de physionomie sous la contrainte : une plus grande place est faite à l’automobile tandis que nombre de constructions monumentales et néoclassiques se chargent de borner les grandes artères destinées à donner à visage triomphant au régime du Conducator. Derrière elles, se cache une population dont la situation se dégrade. D’aucun y verront un certain chic nord-coréen dans cette description, le fait est que l’apogée des transformations architecturales voulues par Ceaușescu se matérialise dès 1984 avec les travaux de ce qui devait devenir la Maison du Peuple. C’est en effet à l’extrémité Ouest du boulevard Unirii qu’est construit le second bâtiment le plus imposant du monde, au prix de quelques souffrances supplémentaires infligées au peuple. Aux antipodes de cette grandeur mégalomaniaque, le régime décide qu’il est nécessaire de produire une voiture d’accès, sous les Dacia, Aro et autres Oltcit à propos desquelles vous êtes désormais incollables. Un type qui aime les voitures peut-il être foncièrement mauvais ? Je vous laisse juge… Ce serait l’occasion d’un vrai procès.

Revenons à notre petite voiture. Le cahier des charges et le Conducator stipulent que celle-ci devra consommer 3 litres au cent kilomètres, coûter 50 000 Lei d’alors (i.e. 2/3 du prix de la moins chère des Dacia) tandis qu’elle devra transporter deux adultes et deux enfants dans moins de trois mètres avec une vitesse de pointe de 100 km/h et peser 500 kg. A la différence des Dacia 1310, Oltcit Club ou des premières Aro, la future citadine devait être exclusivement issue du savoir-faire roumain, le Conducator engluant le pays dans ses rêves d’autosuffisance. Un bon dictateur se doit de songer à sa voiture populaire et celle qui deviendra la Dacia 500 Lăstun (hirondelle, en français dans le texte) devra incarner la volonté de Ceaușescu à ce sujet. C’est ainsi que ce dernier viendra régulièrement rendre visite aux ingénieurs pour suivre le projet. Le premier prototype est réalisé en 1982 tandis que le site de production choisi sera situé au sein de l’entreprise Tehnometal à Timișoara, à l’Ouest du pays.

La voiture se présente comme une mini citadine bicorps à carrosserie en fibre de verre, motorisée par un bicylindre refroidi par air qui se trouve être un demi moteur d’Oltcit Club. D’une cylindrée de 499 cm3, il développe l’abondante puissance de 22,5 chevaux (les demis, ça compte à ce niveau là). Servie par une boîte manuelle à quatre rapports, la Dacia 500 Lăstun pèse 590 kg et pointe à 106 km/h. Les curieux seront ravis d’apprendre que la voiture était dotée de pneumatiques 125 SR 12 montés sur des jantes de 3,5 pouces de large tandis que les plus observateurs auront remarqué le logo qui diffère de l’habituel emblème Dacia. La consommation annoncée sera en réalité largement dépassée du fait de carburateurs rapidement déréglés. Différentes versions se sont succédées. Une première série de voitures est livrée en janvier 1989 ; elle se caractérise par une calandre incorporée au capot, des petits feux arrière sans feux de recul et un habitacle dépourvu de garnissage. Une seconde série est réalisée la même année et se distingue par quelques panneaux de carrosserie en métal tandis que l’habitacle est un brin moins dépouillé ; la sellerie pouvant être garnie de tissu en sus du vinyle. Une troisième et dernière série apparaîtra après la révolution de décembre 1989 et dispose notamment de feux arrière agrandis et d’une calandre rapportée. La Dacia 500 Lăstun cesse d’être fabriquée en 1991, totalement anachronique dans une Roumanie ouverte à la concurrence.

Ce qui est rare est cher. Il doit bien exister des exceptions, non ? Produite à 6532 exemplaires, la Dacia 500 Lăstun voit ses derniers stocks écoulés en 1992. Difficile de savoir combien de voitures ont survécu, leur mauvaise qualité n’ayant pas joué en leur faveur ; le véhicule est réputé pour être une vraie passoire. Cette Dacia est probablement la voiture la plus méconnue du constructeur roumain et à en juger par le peu de littérature disponible, la quasi absence d’images promotionnelles, c’est sans doute la Dacia la plus mystérieuse. On notera la présentation à la Foire Internationale de Bucarest en 1989 d’un prototype au porte-à-faux arrière allongé de manière à ménager un coffre décent. La Fiat 500L Living a trouvé sa muse… La Dacia 500 Lăstun est une sorte de point final automobile à la folie de Ceaușescu. Elle a sombré dans l’indifférence générale d’un pays qui ne l’avait pas réclamée tandis qu’il commençait à peine de se remettre du traumatisme laissé par la Securitate et par l’absurdité d’un régime autoritaire que certains membres de la nomenklatura finiront par trahir, sentant le vent tourner. 25 ans plus tard, la production automobile roumaine se porte bien, merci pour elle, nous l’avons déjà évoqué. Quant à vous, vous savez désormais tout sur cette curieuse Dacia 500 Lăstun. Et dire que vous espériez un scoop sur un projet secret du constructeur roumain… Désolé de vous avoir fait une fausse joie !

Via : Automobile Româneşti, Vocea Timişului, Adevarul.ro, Prokee, Voitures des Pays de l’Est  – Merci à mes collaborateurs pour le teaser…