Lorsque Blog Automobile part en voyage, vous héritez d’un sujet sur… Les voitures. Aussi lorsque l’on se fend d’une sortie culturelle, vous vous imaginez sans doute que ça se termine dans un musée automobile. Vision ô combien réductrice : ma journée avait commencé au Grand Palais. Il n’aura pas fallu longtemps pour que des disciples du Variomatic aient raison de cette tentative d’ouverture d’esprit en m’embarquant tout près du défunt Quai Talbot : je vous propose une visite de la Collection de l’Aventure Automobile de Poissy (CAAPY), musée d’un site industriel à l’histoire tumultueuse et toujours en activité de nos jours. Suivez le guide.

Hébergé par l’Aventure Peugeot, le musée se situe à Carrière-sous-Poissy à côté des bureaux de PSA et à deux pas de l’usine et du Pôle Tertiaire. Accessible en RER, j’y suis donc allé en voiture : question de dignité. La collection regroupe les véhicules produits à l’usine ainsi que ce qui a gravité autour des marques qui s’y sont succédé : Ford, Simca, Talbot, Peugeot et Citroën.

 

Commençons par quelques Ford (1938-1954).

L’histoire de l’usine débute avec les activités françaises de Ford, désireux de disposer d’un site de production en région parisienne ; le site d’Asnières assemblait alors des pièces étrangères et se retrouvait pénalisé en ces temps de protectionnisme grandissant. En partenariat avec le constructeur alsacien Mathis, la Matford est créée en 1935 et les travaux de l’usine débutent en 1938. Le planning se trouve quelque peu contrarié par la débâcle : l’éphémère production des Matford V8 (jumelles des Ford 48) cède sa place à des camions. A la fin du conflit, l’usine peut enfin produire les VP auxquels elle était destinée.

 

Simca (1954-1963, Chrysler jusqu’en 1978)

La Société Industrielle de Mécanique et de Carrosserie Automobile dirigée par Henri Pigozzi est fondée en 1934. Il s’agit à l’origine d’une filiale française de FIAT créée dans le but de s’affranchir des barrières douanière par le biais d’une production et d’un actionnariat français… Les premières Simca-Fiat sortent en 1935 (6CV), la gamme s’étoffant rapidement : la Simca Cinq se permet même l’audace de sortir 3 mois avant sa jumelle, la Fiat Topolino. Simca rachète Ford SAF (et l’usine de Poissy) en septembre 1954 en échange d’une participation de 15% dans le capital de Simca. La Ford Vedette ayant mérité la confiance de son nouveau propriétaire, elle servira de base aux berlines V8 de la marque française et leurs différentes déclinaisons : Trianon, Chambord, Marly, Versailles ou Régence. Les dernières berlines françaises à moteur V8 sont donc en réalité américaines. Ironie de l’Histoire, le Président De Gaulle sera un temps véhiculé en Simca Présidence découvrable en dépit de son désamour certain envers américains… Notez l’euphémisme.

Par la suite, Simca rachète Talbot (cela aura son importance…) et Ford revend ses parts à Chrysler tandis que Fiat se désengage de ce premier. Au fil des années 60, Chrysler accroît sa participation dans Simca, devient majoritaire en 1963 puis rebaptise la firme Chrysler France en 1970 (la marque subsistant). En difficulté, Chrysler se sépare de sa branche européenne. Le Groupe PSA s’en porte acquéreur en 1978 sur les aimables recommandations du gouvernement français. La CAAPY regroupe aussi bien des Simca des premières années (Cinq, Aronde, Sport…) que des Simca de Poissy telles les 1000, 1100 ou 1500. La Simca-Chrysler 1307 n’est pas en reste, tout comme la 180 ainsi que deux prototypes : le « Coupé A » et la citadine « 936 ».

 

Talbot (1979-1986)

Suite au rachat des activités européennes de Chrysler, le jeune groupe PSA hérite de tout un portefeuille de marques allant de feu le groupe Rootes à Simca. Les sites de Ryton, Madrid et Poissy entrent dans le giron du sochalien. En outre, une présence sur le marché iranien se trouve dans la corbeille de la mariée… Le Lion accède ainsi au pays du Shah et en fera son second marché jusqu’aux événements de ce début d’année. En Europe, PSA décide de simplifier cette multitude de marques en leur substituant le nom Talbot, sorti de la naphtaline pour l’occasion. La cohabitation houleuse avec le réseau Peugeot, la concurrence interne et la situation financière de PSA auront raison de la marque au T cerclé ; elle disparaît progressivement entre 1985 et 1986 selon les marchés, ne laissant qu’un modèle unique, l’Express (un Peugeot J5 rebadgé), en service au sein du Royaume de Sa Gracieuse Majesté. Celui-ci est remplacé par le Peugeot Boxer en 1994 dont les appuie-têtes portent le dernier stigmate de Talbot avec un marquage « AC – AP – AT – F » (AT pour Automobiles Talbot). Mais vous n’en avez probablement rien à faire, je vous l’accorde. Place aux images avec des DC et autres Lago datant de la première vie de Talbot, puis avec les voitures de l’ère PSA : Sunbeam, Horizon, Samba, Solara ainsi que l’inénarrable et regrettée Tagora (il faut de tout pour faire un monde).

 

Dodge

Une Dodge Omni dans un musée à Poissy, vous exclamez-vous soudainement ? La version américaine de l’Horizon n’aura pas seulement eu des dérivés inconnus en Europe, elle a également failli avoir droit à son diesel. L’adaptation moteur a eu lieu à Poissy avec un XUD sous le capot mais le projet n’a pas dépassé le stade du prototype. L’unique exemplaire a trouvé refuge à la CAAPY.

 

Matra

Avant de collaborer avec « l’ennemi » de Billancourt (je dois confesser un coupable penchant pour l’Avantime), Matra puisait dans la banque d’organes Simca pour ses véhicules, à l’image des Murena et Rancho produites à Romorantin et présentes au musée. Le plastique, c’est fantastique.

 

Sport automobile

Une Sunbeam de rallye, un prototype unique destiné à une éventuelle participation en Groupe B, une CG 1200 S à moteur Simca, une 205 T16, une 306 aux amphétamines… Ca ne court pas les rues et ça ne court plus les circuits. Profitez-en :

 

Peugeot et Citroën (à partir de 1986)

La remplaçante de la Talbot Horizon était fin prête. Partageant de nombreux éléments avec la 205, dont certains visibles (projecteurs,  portes…), la Talbot Arizona devait permettre à la marque de se relancer tant bien que mal. Comme nous l’avons vu plus haut, PSA décide de ne plus conserver cette marque : à quelques semaines de la montée en cadence, la voiture intègre la gamme Peugeot avec une étrange numérotation en pleine série des « 05 » : 309. Toujours partante. L’usine produit par la suite certaines ZX, 306, 206 (hors SW, cielo et CC), 1007, 207 (hors CC), les DS3 ainsi que certaines 208 et C3 II. A l’avenir, et c’est un secret de polichinelle, DS3 enlèvera le haut et sera la prochaine nouveauté du site. Vous êtes curieux de la provenance de votre 208 ? Regardez attentivement le pare-brise de votre destrier : s’il est signé Pilkington, c’est que votre voiture est slovaque (Trnava). S’il est signé Saint-Gobain, votre 208 a été produite à Poissy. Et en cas d’impact, n’attendez pas qu’il soit trop tard.

 

Fin de la visite

Situé assez près de la Capitale, le musée dispose également d’un atelier de restauration. Peu de sites industriels ont vu se succéder tant de marques et il est encore plus rare de voir le « fossoyeur » de certaines d’entre-elles héberger un musée en ses murs. Comme quoi… N’hésitez pas à y faire un tour entre deux rendez-vous chez Paul Tertiaire, pour distraire vos enfants ou tout simplement par curiosité. Et si d’aventure le soleil vous fait l’honneur de sa présence, allez aussi au Grand Palais.

Toute flamande qu’elle est, la Mondeo n’aura pas eu le droit de poser à côté de ces voitures néerlandaises… Sectaires les dafistes ?

Merci encore à Dominique et ses amis collectionneurs pour l’invitation ainsi qu’à Michel de la CAAPY.

Photos : Eric E – D.W. Jacson