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Pour le numéro 2 des « concepts endormis » on reste fidèle à la couleur orange du 021C et on réveille un raton laveur ! En 1993, Renault présente un des concepts cars les plus fous de ces dernières décennies, le Racoon.

Avant d’être un engin de salon, le Racoon fut la vedette d’un film-produit visant à promouvoir les progrès de Renault dans l’imagerie numérique. L’oeuvre en images de synthèse fut primée en 1992 à Imagina où il obtint le 1er prix catégorie Visualisation et Simulation.

Le réalisme des images vantant les qualités motrices du concept tant sur terre que lors d’une traversée de lac sont d’un réalisme inédit pour l’époque. Mais Renault ne se contente pas de ce nouveau savoir-faire et entreprend très vite la fabrication à échelle 1 du Racoon pour une présentation statique au salon de Genève 1993 d’après les dessins de Jim Router, ex-Lotus et McLaren.

 

En devenant Directeur du design Industriel Renault en 1987, Patrick Le Quément inaugure une ère où le constructeur français va se lâcher avec une longue série de concepts dits de « fantaisie » dont les liens avec des dérivés commerciaux potentiels resteront peu ténus. Renault prend plaisir à vendre du rêve et le Racoon n’en est pas un des moindres.

Le concept, très onirique, doit son nom à un raton-laveur d’Amérique du Nord réputé pour son goût de l’escalade, de l’eau et de la propreté. Le parallèle avec le Racoon by Renault est limpide. En effet, l’engin se caractérise par des capacités de franchissement hors norme et à toute heure grâce à un système de conduite de nuit à infrarouges. Le Racoon est une sorte d’hypermobile amphibie. Le facteur « propre » est moins évident à identifier dans la version automobile du raton. Savoir que ce mastodonte se régale autant du bitume, du désert, de la boue, du sable que de la mer, suffit à avoir des réserves sur sa capacité à incarner un « véhicule propre ».

 

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Star à l’écran, le Racoon n’en n’est pas moins un vrai véhicule de 1580 kg dont les énormes pneus verts ( 300/50-20 à l’avant et 300/55-21 à l’arrière) sont entraînés par le V6 Biturbo de 3 litres qui lui permet d’atteindre 155 km/h de vitesse de pointe sur terre avec une transmission intégrale et une boîte 6 vitesses. Ce même moteur fit la gloire de la Safrane V6 BiTurbo préparée par Hartge (268 ch, 365 Nm) de 1993 à 1996. Une fois à l’eau, l’animal de métal croise à 5 noeuds, propulsé par deux hydrojets actionnés par le moteur. Le concept Racoon doit cette faculté de dédoublement à son châssis articulé qui lui permet de modifier sa garde au sol et de se « séparer en deux » : d’un côté un châssis en acier à haute limite élastique et de l’autre une carrosserie en acier avec des vitrages en composite. Long de 4,11 mètres pour une largeur de 1,80 mètres, l’engin toise avec fierté du haut de ses 2,12 mètres !

Véhicule de contraste, le Racoon oppose la douceur de sa cabine faite de courbes avec l’esthétique martiale et ultra technique de son châssis. La suspension est articulée autour d’un point de pivotement majestueusement dessiné et exhibé fièrement comme une des pièces maîtresse du design général du concept. Sa présence est aussi belle qu’utile puisqu’elle permet d’ajuster la hauteur de caisse en fonction du terrain.

Débarrassé des contraintes de la série, l’accès d’un concept-car est souvent spectaculaire. Ici la bulle vitrée glisse d’avant en arrière pendant que le pare-brise panoramique bascule vers l’avant pour dévoiler trois sièges placés en triangle ( deux à l’avant et un à l’arrière, au centre). L’habitacle ocre et orange joue le dépouillement et la convivialité avec une planche de bord qui encercle littéralement l’habitacle. Comme sur une véritable sportive, chaque fauteuil dispose d’un harnais de sécurité intégré.

 

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Si le concept un peu fou ( ou flou !) n’a jamais eu de descendance directe dans la gamme au losange on peut déceler ici ou là des empreintes de son passage :

  • Alors que le Racoon n’existe encore qu’en réalité virtuelle, le concept de petit monospace urbain Zoom développé avec Matra, bénéficie lui aussi d’un soubassement pour le moins original : de 2.65 mètres en mouvement, l’empattement passe à 2.30 mètres pour permettre à la citadine de trouver refuge dans les places de stationnement les plus exiguës.
  • Le design ovoïde et organique du super tout-terrain se retrouvera dans l’esprit ovalisant de la famille Mégane de première génération à partir de 1996.
  • Le concept qui mélange l’univers des engins de chantier avec un profilage de voiture sportive en fait aussi l’un des premiers « crossover » de Renault bien avant le Captur Concept dont la couleur et le profil évoquent vaguement le Racoon.

Aujourd’hui encore, sa vocation d’outil de tourisme de découverte sans frontière et de polyvalence totale peine à trouver un réel écho dans la gamme du losange. Les Koléos ou Kangoo à transmissions intégrales sont des descendants très éloignés de cet ancêtre loufoque.

 

 

Comme un tacle à la morosité ambiante de l’époque, le Racoon permit à Renault d’occuper la scène pendant qu’il préparait la révolution stylistique qui devait accompagner ses nouveaux standards de qualité. On entendra même le constructeur prétendre que le Rancoon « pourrait devenir la voiture de la liberté de demain » ! Adulé autant que décrié, Patrick Le Quément jetait avec le Racoon un énorme pavé dans la marre sous la forme d’un engin « hyper-tout-terrain » voulu comme le messager d’une nouvelle philosophie industrielle : désormais Renault ne se fixerait aucune limite pour les années à venir et il était prêt à tout oser.

 

 

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Renault Zoom Concept 1992 usine 1

Le concept Zoom Renault/Matra 1992

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Captur Concept 2011

 

Sources : Renault media.

Compte Officiel Pinterest : tous les concept cars et la genèse design des modèles Renault : http://www.pinterest.com/renaultdesign/

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