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Rouler 1000 km en une journée, c’est long, c’est fatiguant, c’est éprouvant… mais pas en Tesla. Benjamin et moi nous sommes joints à Jean-Baptiste pour relier Paris à Bordeaux, puis Bordeaux à Paris, en compagnie de la Model S P85D. En complément de son essai, voici nos impressions en tant que passager et conducteur…

Avoir une Tesla, c’est avant tout adopter un style de vie. Sur de longs trajets, il faudra savoir organiser ses déplacements en prenant compte de l’espacement des fameux Superchargeurs alors qu’au quotidien les bornes dédiées dans les centres commerciaux et stations Autolib seront vos meilleures amies. Bien heureusement, ceux-ci se développent à vitesse grand V en France et en Europe, même si je crains qu’il en manque compte tenu de la croissance exponentielle des ventes de Model S en Europe et l’arrivée du Model X et de la Model 3 chez le constructeur californien. Inutile de vous dire que cet été, les chargeurs longeant l’A6, l’A7 et l’A8 étaient pris d’assaut par nos amis du nord de l’Europe, friands du joujou d’Elon Musk.

On ne conduit pas une Model S (P85 D de surcroit) comme on conduit une routière lambda. Elle est aussi performante que douce et permet au péage de laisser n’importe quelle voiture sur le tapis grâce à une accélération aussi silencieuse que stratosphérique, qui vous colle littéralement au siège. Une fois la vitesse de croisière atteinte et le régulateur intelligent, que dis-je, surdoué, enclenché, il ne vous reste qu’à vous occuper du volant ; la Model S se chargeant de ralentir et d’accélérer en fonction du flot de véhicule vous précédant. C’est une voiture confortable et le silence qui règne dans son habitacle permet au conducteur et à ses passagers de ne pas être fatigués, malgré plus de 1000 km avalés en une journée. Au volant, on ne prend pas de plaisir à rouler à 160 km/h plus qu’à 130 km/h dans une Tesla, et de toute façon, si vous souhaitez arriver à votre prochain étape Superchargeur sans avoir à pousser à la force de vos bras les quelques tonnes de la belle, il faudra faire un travail sur soi-même et emmagasiner sa frustration. Passée 130 km/h, la Model S P85 D a une descente de kWh impressionnante et il faudra donc faire des sacrifices de climatisation, par exemple (« À plus de 100 000 euros, vraiment ? », me direz-vous…). Heureusement, l’extraordinaire tablette embarquée propose une interface bien conçue et des fonctionnalités intelligentes vous permettant de savoir, au km près, si l’on aura assez de ressources pour atteindre sa destination.

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Il convient donc de savoir prendre son temps en Tesla et ne pas jouer la montre sur ses trajets : il faut compter entre 40 minutes et une heure pour une recharge conséquente (environ 300 km d’autoroute sans se priver de clim’) et rouler en douceur : sans trop d’accélérations et de dépassements furtifs, même si cela peut être tentant. Conduire une Tesla, c’est aussi être à la pointe de la technologie : en sirotant votre Martini, votre iPhone (ou Apple Watch) vous préviendra du niveau de charge de votre voiture, tout en ayant la possibilité d’ouvrir le toit, de la faire… klaxonner et même de lancer la climatisation ou le chauffage à distance afin d’avoir un écrin à la température de votre choix.

Les arrêts recharges chez Tesla sont en plus le moyen de se reposer et de découvrir de véritables havres de paix : sur notre trajet Paris <> Bordeaux, les deux Superchargers fréquentés étaient ainsi placés aux abords d’hôtels 4 étoiles dans des parcs paysagers vous invitant à la relaxation. Cerise sur le gâteau, certains établissements, celui de Saintes par exemple, proposent des avantages aux chanceux possesseurs de Tesla en offrant par exemple le café à son conducteur. La classe.

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Le conducteur comme les passagers sont choyés dans la Model S, et même si j’avoue ne pas avoir réussi à trouver une position idéale dans les imposants fauteuils arrières de notre configuration 4 places, on peut facilement y faire une sieste tant le silence et le confort sont appréciables (JB peut en témoigner). À l’avant, le conducteur et son copilote pourront compter sur une technologie embarquée jamais vue dans une voiture en disposant d’une connexion permanente à Internet (par le biais du réseau 3G Orange) et en pouvant donc aller sur internet ou consulter Google Earth depuis la tablette tactile de 17 pouces et avoir un rappel de ces informations sur l’écran placé derrière le volant.

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L’expérience de visite d’un Tesla Store est aussi révolutionnaire que la voiture qu’on peut y acheter et ressemble à ce qui peut se faire chez Apple. La déco’ est spartiate et efficace, on commande sa voiture depuis un iMac en la configurant avec l’aide d’un conseiller et d’un modèle de démo’ puis, deux mois après et quelques milliers d’euros en moins, on se fait livrer la belle dans un espace dédié de la concession avec une personne veillant au bon paramétrage de la voiture pour que vous repartiez en maitrisant toutes ses moindres fonctionnalités. Le futur.

Elon Musk est un visionnaire, Tesla est en avance sur son temps, la Model S est une merveille. Oui, la merveille a un prix, mais être au volant de cette voiture est une thérapie. Bienvenue au paradis.


Benjamin :

Avoir la chance de monter dans une Tesla est déjà une expérience en soi. Mais s’installer au volant d’une P85D c’est déjà entrer de plain-pied dans le futur… J’ai eu l’occasion de vivre ces instants avec mes deux acolytes et croyez-moi, c’est le genre d’aventure dont on ne sort pas indemne !

Malgré ses formes généreuses et imposantes, la Model S n’a rien de pataud, même si la vue de son chassis exposé dans les Showrooms Tesla laisse imaginer un vaisseau spatial. Oui, il faut s’habituer à ses deux mètres de large, mais le détecteur de franchissement de ligne est là pour vous le rappeler. On la sent davantage taillée pour les highways américains plutôt que pour des ruelles étroites, même s’il faut reconnaître qu’elle ne manque pas d’élégance. Les lignes sont fluides et les poignées de portières qui disparaissent lorsque la Model S est stationnée ou en marche contribuent à cet effet.

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A l’intérieur les sièges sont larges, accueillants, fermes et enveloppants juste comme il faut. L’instrumentation tombe sous les doigts et, immédiatement, deux choses sautent aux yeux : l’absence de pont entre les sièges et l’immense écran 17’’ ! La présentation est agréable et les matériaux plaisants au regard. Les assemblages ne sont pas toujours à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre d’une voiture de ce segment, mais l’ensemble est très soigné pour une américaine.

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C’est dès que la Tesla se met en mouvement que la magie opère ! Un pied sur le frein et une main sur le levier des rapports suffisent à réveiller l’engin. Le choix est très simple entre Drive, Reverse et Park. Nul besoin de clé de contact ni de bouton de démarrage et là surprise : rien ! Pas un bruit, juste la voiture qui se met en mouvement avec l’aisance d’une citadine. La pédale d’accélérateur répond parfaitement aux sollicitations sans aucun à-coup. Avec un peu de pratique, on s’aperçoit même que l’usage du frein est à réserver à un arrêt complet ou à un freinage d’urgence tant le « frein moteur » est efficace. Comble du raffinement, ce dernier permet de régénérer la batterie, de quoi se donner bonne conscience après une accélération dont seule la P85D et ses 700 chevaux a le secret !

Il faut attendre de quitter la circulation des grands axes et de se retrouver sur autoroute pour comprendre ce qu’une main de fer dans un gant de velours signifie en matière d’automobile ! Pédale au plancher les moteurs avant et arrière propulsent l’engin de 0 à 100 km/h en seulement 3,3 sec et la sensation est indicible ! On a littéralement le sentiment de glisser sur la route avec une accélération linéaire et seulement le discret sifflement des moteurs ainsi sollicités. Et vous avez beau être l’auteur de l’accélération, rien ne décrit pareille impression entre effarement et rire nerveux tellement l’effet est jubilatoire ! Evidemment, en tant que passager c’est encore plus étonnant car, contrairement aux voitures à essence où le bruit du moteur et le passage des rapports vous préparent à encaisser l’accélération, la Tesla ne vous prévient pas ! Toujours plus bluffant, la puissance de la P85D est aussi disponible en reprise à n’importe quel régime : très rassurant.

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Mais un œil sur l’affichage de consommation électrique et l’autonomie restante vous ramène vite à la raison ! Voilà donc la grande force de la Tesla c’est d’être une supercar qui vous invite à être sage… Même si vous savez que vous en avez sous le capot – ou presque – la philosophie de la voiture est de prendre son temps et d’adopter une conduite zen ! Car l’autonomie de la P85D a beau être confortable pour qui fait des trajets quotidiens ne dépassant pas 200 km, dans le cas d’un long périple comme le nôtre (relier Paris à Bordeaux A/R dans la journée !), il faut un peu anticiper.

Et c’est là que l’écran central de la Tesla prend tout son sens pour planifier votre trajet jusqu’au prochain Superchargeur, ou au moins un point de charge. L’immense affichage permet d’entrer sa destination et le logiciel se charge d’élaborer un parcours aux petits oignons en prenant bien soin de ne jamais vous laisser en rade : un bon point pour éviter le « range anxiety » lié au tout-électrique… La magnifique carte empruntée à Google jalonne votre périple avec parfois des surprises vous invitant à faire un long détour pour rallier un Superchargeur avant de reprendre la route. Car l’intérêt des Superchargeurs – outre des emplacements souvent somptueux et un accueil princier – est de faire le plein de votre bolide en moins d’une heure ! Encore une fois, on comprend que l’efficacité prime sur la précipitation et que la Model S aime autant vous avoir à son volant que l’inverse.

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L’écran rassemble donc l’ensemble des commandes de la voiture, ainsi que la partie audio, et sa navigation est fluide bien qu’on hésite parfois à le manipuler en conduisant par peur d’être distrait. Autre fonction étonnante, l’autopilot adaptatif. Celle-ci vous permet de vous caler à la vitesse souhaitée (au passage, la Tesla sait lire les panneaux de limitation de vitesse) et de vous fondre dans le trafic, la voiture sachant réduire sa vitesse par rapport au véhicule qui la précède et ré-accélérer automatiquement lors d’un dépassement. Pour ce faire la Model S dispose d’une caméra, d’un radar longue portée et de détecteurs à ultrasons à 360°. Enfin, si certains peuvent s’inquiéter de se croire au volant d’un supercalculateur sur roues, je préfère me réjouir de voir un véhicule qui s’améliore et se bonifie avec le temps au gré des mises à jour qui s’installent OTA (over the air).

Je dirais que la Tesla Model S est pour moi une philosophie de vie qui va bien au-delà des seules considérations environnementales ou économiques : on ne parle plus ici d’un moyen de transport permettant de joindre un point A à un point B. Non, tout est calme, zénitude et volupté avec du muscle que l’on peut solliciter si le besoin s’en fait ressentir. Et on se surprend à pouvoir chuchoter dans son habitacle et à préférer son silence plutôt qu’une musique tonitruante. La Tesla Model S P85D est une invitation à conduire et avaler du bitume.

Et à ceux qui prédisent un monde peuplé de véhicules totalement autonomes je réponds Sacrilège. Pour rien dans tout l’univers je ne me lasserai du plaisir de conduire une Tesla…

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Photos : Ugo Missana, Benjamin Buhler et Victor Desmet.