Le 5 décembre 2011,  Autolib’ était inauguré à Paris et dans 46 autres communes de la petite couronne. Après presque un an de mise en service, où en est ce système d’auto-partage ?  Pour quels usages se destine-t-il ? Que vaut la fameuse Bluecar de Bolloré ? Réponse en deux parties par un utilisateur régulier du service : moi !

1/2 : La voiture

Comme chacun sait, la voiture retenue pour Autolib’ n’est ni une Peugeot iOn, ni une Smart ED, mais bien une voiture développée spécialement pour l’occasion : la Bolloré Bluecar. Cette citadine électrique 4 places de 3m65 renferme un système de batteries lithium-polymères unique au monde ; en effet, les autres batteries sont majoritairement composées de plomb ou de lithium-ion. Cette batterie encapsulée propose une autonomie très intéressante de 250km en cycle urbain (autonomie vérifiée en pratique), à comparer aux 100km d’une iOn ou encore aux 160/170km pour la Zoé… Mais, outre sa technologie de batterie très avancée, que vaut-elle au quotidien ? Peut-elle être qualifiée de vraie voiture ?

=> L’extérieur

Je ne m’attarderai pas sur le style extérieur de l’auto… Disons simplement que le fond prime sur la forme, avec un seul but : coûter le moins cher possible en maintenance. Ainsi, la peinture se rayant trop rapidement, les ingénieurs (nostalgiques de la DMC12 ?) l’ont tout simplement supprimée, faisant apparaître l’aluminium brut de la carrosserie…et le plastique brut des pare-chocs. Le résultat n’est pas très harmonieux au niveau des jonctions, les différences de gris étant très importantes… Dans la même idée, pas de glaces pour les feux et phares (à LEDs). Et la hauteur importante de la voiture (1m61, soit un aussi haut qu’un Evoque !) est due à l’implantation des batteries dans le plancher. La carrosserie peut être agrémentée de stickers différents selon les séries : les toutes premières en étaient bariolées, à la limite du ridicule, puis les autres versions se sont calmées, avec le slogan « Plus libre que l’air » sur les portes et, à l’arrière, le logo Autolib’ ainsi que le logo…Pininfarina, rouge et de taille respectable pour bien capter l’attention (Pour se donner une contenance ? On frôle le complexe d’infériorité…). Le hayon arrière est entièrement vitré, à la manière d’une 107, et le « BLAM » que l’on entend lorsqu’on le referme inquiète un peu quand à la durée de vie de la pièce…

 

 

 

 

=> L’intérieur

En ouvrant la porte, on entre dans un habitacle plutôt clair et très spacieux (4 grands ados peuvent y rentrer sans problèmes –testé et approuvé-, ce qui est loin d’être le cas pour la majorité des voitures de ce gabarit). On s’assoit dans des sièges dont l’aspect diffère là aussi selon des séries de voitures : tissu gris pour la grande majorité puis,  pour les toutes dernières séries, une matière que j’appellerais du similiskaï  –encore plus plastique que du similicuir- à priori moins salissant. Mais, quelque soit la matière, le dessin des sièges avants reste désespérément plat : le conducteur devra s’agripper au volant (de l’ancienne Lancia Ypsilon) quand il prendra un virage un peu trop serré et/ou au dessus de 30 km/h… La banquette arrière, elle, s’avère confortable, du moins sur de courts trajets.

 

 

 

 

 

Une fois assis, on découvre la planche de bord, avec l’élément central regroupant notamment les commandes de ventilation, très peu visibles lorsqu’on est au volant (et il faudra se passer de clim !), le bouton City, qui permet de rendre la direction encore plus inconsistante pour faciliter les manœuvres (très peu utile), le bouton Autolib’, qui permet de joindre n’importe quand et n’importe où un conseiller en cas de problème ou pour réserver une place dans la station d’arrivée, et la pièce majeure : l’écran tactile regroupant le GPS, la radio et les réglages. Une fois la destination saisie, le GPS proposera de rechercher les stations avec places disponibles les plus proches du point d’arrivée : plutôt pratique. Cependant, il n’est pas équipé d’info-trafic, ce qui est assez regrettable vu qu’ici, l’adage « le temps, c’est de l’argent » prend ici tout son sens ! A noter que ceci pourrait être installé lors d’une future mise à jour… A noter, le moindre tunnel ou pont coupera la liaison entre le satellite et le GPS, qui sera alors instantanément perdu et affichera un écran gris. Pas très pratique lorsque l’embranchement se trouve à la sortie d’un assez long tunnel… Le système audio s’avère être de qualité très moyenne avec deux pauvres haut-parleurs. Le lecteur CD brille par son absence, mais on trouve une prise USB pour connecter son MP3 ou son téléphone. Malheureusement, je n’ai jamais réussi à écouter la moindre chanson de mon iPod dessus… Le deuxième écran implanté sur la planche de bord rassemble les informations relative à la conduite (position du sélecteur, vitesse, autonomie restante…). Sinon, on trouve aussi les vitres avant et rétroviseurs électriques, une condamnation automatique des ouvrants en roulant et c’est à peu près tout. La partie basse de la planche de bord ainsi qu’une partie des contre-portes est recouvert de tissu et le reste de plastique noir et dur. Là aussi, un seul mot vient à l’esprit : économies ! Mais l’ensemble n’est pas honteux : on ne lui demande pas d’être luxueuse mais simplement de nous amener d’une borne A à une borne B, et force est de constater que l’on se sent plutôt bien dans cette Bluecar (du moins à l’arrêt). Le coffre, lui, est d’une contenance très honnête malgré sa forme assez étrange. Le seul problème vient de son ouverture, puisqu’il faut pour cela tirer sur une gâchette située sous le siège conducteur ! On a vu plus pratique…

 

 

 

 

 

 

Je terminerai par remarquer que l’habitacle de toutes les voitures que j’ai pu conduire jusqu’à présent est impeccablement propre : je ne sais pas si c’est uniquement dû au civisme des autres utilisateurs ou bien si un service de nettoyage passe régulièrement, mais je dis bravo ! C’est toujours agréable de s’asseoir dans une voiture propre…

=> La conduite

Maintenant qu’on s’est familiarisé avec l’intérieur et l’extérieur, il est maintenant temps de se saisir de la clé de contact qui pend au bout d’un fil sous la colonne de direction, de la tourner à fond, entendre le bip signalant que le moteur est en marche, positionner le sélecteur sur D et s’extraire de la place de parking ! Avant de continuer, il faut savoir que j’ai pu à de multiples reprises monter à bord d’une Fluence ZE, aussi bien en tant que conducteur que passager, mais aussi faire un tour en Zoé. Je m’attendais donc que, à l’image de ces deux véhicules, le moteur de cette Bluecar soit parfaitement silencieux en dessous de 50km/h, qu’elle soit assez nerveuse en ville au niveau des relances et des accélérations, et que la pédale de frein réagisse comme sur une voiture thermique. Il est vrai qu’une voiture électrique, quelque soit son format, est actuellement étiquetée comme étant une voiture électrique et rien d’autre, alors qu’une thermique sera placée dans un segment très précis. Et on découvre en montant dans une Bluecar qu’il existe bel et bien une gamme au sein des VE : non, elle n’est pas silencieuse, non, elle n’est pas nerveuse, non, sa pédale de frein ne réagit pas normalement. En effet, et même en allumant la radio, le sifflement du moteur électrique est perceptible dès 10km/h, et, radio éteinte, c’est encore pire : on se rend compte que le bruit du moteur s’accompagne à partir d’environ 40 km/h par un autre sifflement plutôt discret mais strident et continu, ce qui est tape assez vite sur les neurones. Enfin, lorsque la voiture est arrêtée, on peut entendre lorsqu’on appuie ou lâche la pédale de frein un « vrrrr » sourd (rencontré sur seulement quelques exemplaires, je le précise). Lorsqu’on y prête attention, et je pense qu’il n’y a pas grand monde dans le cas-là, c’est plutôt agaçant ! Tous ces éléments font que, sur le périphérique, le niveau sonore est comparable à celui d’une voiture thermique… Et le pire dans tout ça, c’est que j’ai bien l’impression qu’elle est plus bruyante à l’intérieur qu’à l’extérieur !

Passons maintenant aux accélérations. En un mot : mou. Je m’étais habitué aux  accélérations franches de la Fluence ZE (et de la Zoé), mais une accélération pied au plancher lors d’un démarrage au feu rouge vous laissera le sentiment que les 68 chevaux de la Bluecar sont endormis ou sous calmants… N’importe quelle voiture vous mettra la misère en appuyant un peu ! Cependant, les accélérations sont suffisantes pour s’insérer tranquillement dans le flot de la circulation, et c’est sans doute le plus important.

Dernier point évoqué ci-dessus : le freinage. Un appui normal sur la pédale de frein comme vous feriez avec une voiture thermique vous enverra droit dans le pare-brise. La raison est simple : dès qu’on relâche la pédale d’accélérateur, le puissant frein régénératif se met en route. Si en plus vous appuyez sur la pédale de frein, la partie mécanique se cumulera alors à la partie régénérative, ce qui donne un freinage très puissant pouvant perturber les débutants. Cependant, on prend le pli assez rapidement : en relâchant le plus tôt possible l’accélérateur, le frein régénératif stoppe presque complètement la voiture à l’endroit désiré. Il suffit ensuite d’effleurer le frein de son pied droit sur les derniers mètres pour arrêter complètement la voiture.

Et pour terminer sur les points négatifs, les montants de baie très épais peuvent se révéler au mieux gênant, au pire dangereux : j’ai failli écraser un piéton qui traversait parce que je ne pouvais pas le voir et je ne compte plus le nombre de fois où j’ai dû me pencher pour voir les voitures arriver à un carrefour.

Du côté des points positifs (si si, il y en a), le confort est très bon, même sur les pavés pas toujours très lisses de la capitale, l’assise en hauteur due à l’implantation des batteries est agréable en ville et la direction est suffisamment douce pour se garer en toute sérénité. Le mode City évoqué plus haut permettra de la démultiplier encore plus, mais je n’en vois pas vraiment l’intérêt.

=> Conclusion

J’ai peut-être été un peu sévère avec cette Bluecar en cherchant la petite bête, mais disons que je m’attendais à mieux en tant que voiture particulière. Cependant, et je me répète, cette voiture a pour fonction de se faire conduire par des centaines de conducteurs différents sur des dizaines de milliers de kilomètres, et se doit donc d’être simple à entretenir et à réparer. De plus, pour la majorité des conducteurs, ils attendent de cette voiture qu’elle soit confortable et spacieuse, ce qu’elle est. Dans ce contexte, elle peut donc être considérée comme une bonne voiture. Cependant, la louer à 500€ par mois me semble plus compliqué : une Zoé ou une Smart ED seront infiniment meilleures car nettement plus abouties, mieux équipées et mieux finies.

Et pour terminer, j’évoquerais le problème du vieillissement de ces véhicules. En effet, après moins d’un an d’utilisation pour les premiers exemplaires, j’ai pu sur certains exemplaires rencontrer les problèmes suivants : un bruit mécanique anormalement élevé (deux fois), un GPS inopérant (assez embêtant lorsqu’on ne connaît pas très bien Paris) et à plusieurs reprises des difficultés à fermer ma porte, la faute au mécanisme se bloquant à mi-course… Dans ces cas-là, une seule solution : appeler le centre Autolib’ au moyen du bouton bleu qui saura dans la plupart des cas trouver la solution au problème. Dans les cas un peu plus embêtants (comme fut les cas des bruits mécaniques), la voiture sera automatiquement bloquée lors de sa restitution et un Ambassadeur viendra la chercher pour la conduire au centre de maintenance. Quelle évolution peut-on imaginer ? Quel sera l’état des véhicules après 2, 3, 4 ans d’utilisation intensive ? L’avenir nous le dira…

Voilà ! La partie sur la voiture est terminée. A suivre, la deuxième partie qui traitera du système Autolib’, comment ça marche, etc… Restez branchés !

 

3 exemples de la mobilité urbaine… Vous prenez laquelle ?

 

Merci à l’Autolib’ V0221 qui n’a pas démérité, à Mr Mallet-Stevens d’avoir fait de si beaux immeubles et à Mr Bolloré pour m’avoir facturé la sortie photo 15,66€.