La guerre des breaks baroudeurs est déclarée sur le Blogautomobile. Après Arnaud et sa Subaru exotique, Eric et son RXH écolo-technologique et Jean-Baptiste et son XC70 « patertranquilique » je dégaine à mon tour l’artillerie lourde. Enfin disons l’artillerie tout court parce qu’il ne faut rien exagérer mais artillerie quand même car mon break est badgé VW et ce seul argument suffit à le considérer un minimum comme un concurrent à surveiller dans la catégorie. Son nom ? Volkswagen Passat Alltrack, gare à vous chers collègues, j’arrive !

0003 Passat Alltrack

De là haut je vois ta maison !

Il est haut cet Alltrack, très haut même, et en tout cas assez nettement plus que la version SW dont il reprend la base, c’est visuellement le premier élément qu’on remarque et c’est aussi une constatation qu’on fera une fois à bord. Pourtant les chiffres viennent un peu contredire la sensation initiale puisqu’il ne gagne effectivement que 25 mm en garde au sol (qui se retrouve à 165 mm) par rapport à une Passat SW classique. Qu’importe, cela ne laisse aucun doute quant aux prétentions tout-chemin qu’il affiche et permet d’emblée de s’imaginer en franchiseur infatigable des dunes du Sahara ou des vallées de l’Atacama. Plus humblement je me contenterai de quelques chemins de sous-bois vosgien et je pense que ce sera bien plus adapté. La garde au sol n’est cependant pas le seul élément qui fait entrer ce break dans l’univers du 4×4 et de façon classique, à la manière d’un RXH ou d’une C5 CrossTourer (tout restant relatif pour cette dernière) il se pare de quelques éléments de style sensés viriliser et « indianajonesiser » le véhicule. Ca commence par les passages de roue, qui reçoivent des élargisseurs en plastique noir, les bas de caisse latéraux qui ont droit en plus à une baguette couleur chrome mat et, à l’avant comme à l’arrière, un sabot en aluminium plastique façon aluminium. C’est tout pour le côté baroudeur mais comme on a voulu tout de même distinguer un minimum cette définition chez VW on s’est montré généreux et sans réfléchir une seule seconde aux coûts supplémentaires générés (quoique) on a doté en série la Passat Alltrack de coques de rétroviseurs couleur chrome mat, de barres de toit anodisées couleur argent, d’une ligne de chrome autour du vitrage latéral, de jantes de 17 pouces en alliage et d’une jolie double sortie d’échappement chromée. Rajoutez à cela un petit monogramme Alltrack dans la calandre et un autre sur le coffre et voici la bête prête à en découdre avec la jungle et ses dangers (comprendre la route et ses utilisateurs…).

Au final le véhicule qui à la base se veut un break discret et sérieux gagne un peu en caractère tout en restant toujours aussi sérieux et finalement presque aussi discret. Une façon de se démarquer sans se faire trop remarquer, disons que vous pouvez éventuellement vous prendre pour Indiana Jones mais seulement avec le chapeau et sans le fouet, voila qui ressemble bien à la philosophie de Wolfsburg…

Grimpons à bord chers amis !

Là encore, au moment de pénétrer dans cette Alltrack, ce qui marque le plus est bien la hauteur du véhicule. Alors certes vous ne montez pas à bord d’une Cadillac Escalade (il porte tellement bien son nom celui-là) mais si vous ne faites pas l’effort d’un minimum hausser votre petit peton vous allez presque immanquablement taper dans le bas de caisse car l’augmentation de la garde au sol se perçoit franchement. Je subodore cependant que cela n’est ni plus ni moins qu’un subtil stratagème pour vous obliger à remarquer l’un des rares détails de l’habitacle qui diffère d’une SW classique, le seuil de porte en acier inoxydable flanqué de la mention Alltrack. Une fois installé derrière le volant on peut également aisément percevoir la hauteur de la voiture, vous n’êtes pas exactement dans un monospace ou dans un vrai 4×4 mais il y a bien ce sentiment, même léger, de dominer un peu plus la route qui plait beaucoup aux clients des SUV et autres Crossovers à la mode en ce moment.

Passée cette première sensation, on explore l’habitacle et on constate rapidement qu’on n’y fera pas de découvertes particulièrement spectaculaires ou inattendues. Il s’agit d’un univers Volkswagen tout ce qu’il y a de plus classique avec ses défauts (quelques uns) et surtout ses qualités (nombreuses, c’est indéniable). Au chapitre des défauts, qui seront pour d’autres des qualités, il y a l’ambiance morose et tristounette de cette version toute de noir vêtue malgré les touches de gris métal, mais il est néanmoins possible de choisir l’habitacle en beige avec une très belle coiffe couleur chocolat, ce qui permet d’effacer d’un revers de la main cette critique. On pourra également chipoter sur le dessin de la planche de bord sans aucune excentricité ni originalité, qui n’en finit pas de durer puisque c’est à peu de chose près la même que dans la génération précédente (et du coup la critique se transforme en compliment car finalement tout cela n’a pas particulièrement vieilli, un véritable tour de force) ou encore sur la petite horloge analogique en haut de la console centrale qui cherche à donner un peu de chic à l’ensemble mais dont on constate que les aiguilles sont réalisées dans un plastique quelconque (pas chic du tout) et qu’elle apparait finalement assez mal intégrée d’un point de vue style avec le reste de la planche de bord. Pour ma part je regrette surtout que l’habitacle ne se distingue pas un petit peu plus d’une version classique car, excepté le monogramme Alltrack derrière le levier de vitesse, les seuils de porte suscités et le pédalier chromé il n’y a rien qui vous permette de différencier cette Alltrack d’une SW juchée 25 mm plus bas… Dommage.

Coté points forts, il faut, comme presque systématiquement avec les véhicules du groupe VW, louer la qualité perçue de l’ensemble. Et j’insiste bien sur le terme « perçue » car un examen plus poussé permet de remarquer la force de VW par rapport à certains autres constructeurs, donner une sensation de qualité supérieure tout en utilisant finalement le même type de matériaux que les concurrents. Ainsi, dans cette Passat, seule la coiffe supérieure de la planche de bord est en plastique moussé et épais, très valorisant visuellement, tout le reste est en plastiques durs mais ces derniers ont un grainage et un aspect bien mat qui les rapprochent parfaitement de la partie haute. Les inserts « argent titane » façon aluminium brossé (le vrai est en option à 480 €) qui recouvrent notamment la console centrale sont en réalité réalisés en plastique mais le résultat est indéniablement proche du vrai métal. Je passe rapidement sur les ajustements impeccables, les petits détails soignés (comme la fine moquette dans les évidements des contre-portes) et le cuir de bonne facture dont était équipée cette version (en option à 2290 €) et je ne peux guère conclure autrement que par un applaudissement marqué, et ce d’autant plus que la voiture est proche de sa fin de vie.

Cette fois-ci tu peux prendre toutes les valises que tu avais laissées sur le trottoir avec la Jetta hybride ! Et n’oublie pas non plus la tente 15 places, l’armoire Ikéa et le Saint-Bernard.

Toute Alltrack qu’elle soit cette VW est avant tout un break qui se montre à la fois généreux en espace à bord et en capacité de chargement. Pas de problème pour loger quatre personnes en toute sérénité, l’espace aux jambes à l’arrière étant très appréciable. Une cinquième personne devra, comme souvent, composer avec une assise un peu plus dure et un tunnel central (pour accueillir la transmission intégrale non présente sur le modèle essayé) moyennement proéminent mais elle ne subira pas une punition intolérable… du moins tant qu’on sera à l’arrêt.

Le coffre est carré, profond, vaste et il cache sous son sol un autre espace de rangement assez important dont on ne pourrait pas se servir si l’on avait eu l’idée complètement saugrenue d’y loger une roue de secours… Ce serait ballot de s’imaginer qu’on pourrait crever en faisant du tout chemin… Légèrement réduit avec la transmission 4Motion à 558 l au lieu de 603 le coffre peut voir son volume dépasser les 1700 l en configuration deux places. C’est bien, c’est grand mais dans cette finition d’entrée de gamme ce n’est vraiment pas très pratique, notamment car il n’y a aucun élément pour maintenir les objets à leur place. Si vous n’y placez qu’une petite valise ou qu’un petit sac de course comme je l’ai fait durant cet essai vous risquez fort de retrouver vos achats éparpillés (presque façon puzzle) un peu partout dans le coffre. Il y a bien des œillets de fixation mais point de filet à l’horizon et pas non plus de protection de seuil de chargement en métal. C’est regrettable car, d’une part cela apparaît assez en contradiction avec le look général de la voiture et, d’autre part, comme le seuil de chargement est plus haut sur cette version, vous risquez d’accrocher ce dernier un peu plus souvent qu’avec la SW classique. Dernière remarque sur ce coffre, il est équipé classiquement d’un cache bagages à enrouleur que l’on peut positionner à deux profondeurs différentes en lui donnant une petite tape sur le nez. C’est toujours très pratique sauf quand ce cache bagages choisis inopinément de s’enrouler tout seul, ce qui m’est arrivé à plusieurs reprises durant les trois jours de l’essai lors d’un passage sur un gendarme couché ou lors d’un freinage un peu appuyé…

J’ai une Alltrack, on va pouvoir aller sur tous les chemins…

Calmons immédiatement nos ardeurs malgré tout car la version essayée n’était qu’une deux roues motrices. Tout de suite ça décrédibilise un minimum l’engin mais, au final, pas forcément tant que ça. D’abord parce qu’une version traction intégrale (4Motion) est bien disponible au catalogue, ce n’est pas le cas chez tous les concurrents, et d’autre part parce que l’Alltrack s’avère effectivement très à l’aise en dehors des routes bitumées. Ce n’est certes pas un franchiseur de l’extrême, et ce n’est en aucun cas ce qu’on lui demande mais c’est bien un baroudeur tranquille qui passe aisément sur les chemins caillouteux ou défoncés, on dit ici merci à la garde au sol généreuse, et ce même si la pente est raide (mais la route est droite…) car cette VW possède un mode Off-road. Là encore mesurons notre optimisme, inutile de tenter quoi que ce soit sur un terrain boueux ou d’espérer monter aux arbres, le système prénommé Hill hold/Hill descent Control n’est même pas un antipatinage évolué façon Grip Control chez PSA ou Xmod chez Renault mais uniquement un système qui agit entre autre sur la gestion de l’ABS pour limiter la vitesse et donc garantir le contrôle du véhicule (il va de soi que le système est plus évolué sur les versions quatre roues motrices). En tout cas on s’amuse bien à conduire cette Alltrack en sous-bois et c’est tant mieux car sur les autres terrains tout n’est pas aussi joyeux.

T’as pris l’option suspension ultra-sport avec jantes de 43 pouces et pneus taille basse c’est ça ?

Et bien en fait non… mais on pourrait presque le penser tant la suspension de cette Alltrack s’est révélée affreusement dure et inconfortable. Conduisant une allemande au quotidien j’ai largement pris l’habitude de cette fermeté qui est une autre forme de confort et qui permet en général au véhicule d’offrir une tenue de route exemplaire, mais là trop c’est trop. Pour tout dire, de retour dans mon véhicule le lundi matin j’en suis presque venu à vérifier que je n’avais pas pris la Citroën garée à côté (vous savez celle avec cette formidable suspension hydractive III dont on dit chez PSA qu’elle est au cœur des technologies de la marque mais qu’on laisse mourir tranquillement sur, par exemple, une C5 CrossTourer…).

Le choix des ingénieurs de Wolfsburg m’apparait clair, ils ont voulu compenser la hausse de la garde au sol du véhicule, et donc de son centre de gravité, par un tarage des ressorts plus ferme pour éviter à cette Passat les affres du roulis et le manque de dynamisme sur routes sinueuses. Sur ces deux derniers points c’est réussi, la voiture, bien qu’un peu paresseuse du train avant et un peu survireuse, s’en sort bien en montagne et ne s’écrase absolument pas en virage, mais en contrepartie j’ai pu compter l’intégralité des pavés, des nids de poules et autres petites saignées de chacune des routes que j’ai parcourues le long de mes 400 km d’essai et j’ai la sensation que mes vertèbres se sont tassées d’un bon centimètre.

0017 Passat Alltrack

C’est vraiment regrettable car par ailleurs la voiture ne prête guère le flanc à la critique. Equipée, dans cette version, du bloc 2.0 TDi Bluemotion de 140 ch. elle se montre parfaitement motorisée pour une utilisation polyvalente. Le bloc est disponible sur une plage de régime très large, il se montre souple, sans générer de vibrations désagréables (sauf à la coupure et au redémarrage du moteur avec le stop&start, assez désagréable), il est très bien insonorisé, comme tout le véhicule, même à très haute vitesse (en Allemagne cher lecteur, on ne badine pas avec les limitations…), et est couplé à une boite 6 vitesses bien étagée mais dont le maniement du levier m’a moyennement séduit par son manque de consistance. La voiture a un comportement parfaitement sain, mais également parfaitement neutre, ne procure à aucun moment la moindre inquiétude quant à sa tenue de route, offre une direction précise et équilibrée et un freinage facile à doser et efficace, la position de conduite s’adapte à tous, la lisibilité des compteurs est impeccable, l’ergonomie sans faille et la simplicité d’utilisation des équipements un modèle. Bref, c’est sans (mauvaises) surprises, vous avez un look d’aventurier mais vous ne partirez pas à l’aventure, et c’est aussi ce que recherchent nombre d’acheteurs.

Ça vous fera donc un total de…

Avec cette couleur gris perle (620 €) et la sellerie cuir (2 290 €), qui offre « généreusement » des réglages partiellement électriques (au seul conducteur) et le chauffage du popotin, vous êtes priés de signer un chèque de 38 560 €… Ce n’est vraiment pas donné d’autant que la voiture n’est pas complètement équipée, elle offre le minimum vital (l’attirail de sécurité classique, la climatisation automatique bi-zone, les radars de stationnement avant et arrière ou encore le très agréable régulateur de vitesse) mais pas le GPS ou les phares au xénon (donc pas de guirlandes de DEL non plus) et il y a des petites pingreries particulièrement agaçantes comme l’absence de rétroviseurs rabattables électriquement (274 €), j’ai beaucoup pesté durant le week-end à chaque fois que je rentrais ou sortais de mon étroit garage. Toutefois, et c’est un point fort du véhicule, il est possible par le truchement des options d’enrichir cette Passat (et donc de vous appauvrir par la même) d’équipements de toute dernière génération que certaines nouveautés ne parviennent même pas à proposer à leur catalogue. En vrac et au hasard : la caméra de recul, un système d’amortissement piloté DCC (peut-être est-il la solution miracle pour cette Passat, vous perdez 1025 € mais vous sauvez votre dos), le Park Assist ou encore le système de régulateur de vitesse avec la gestion de la distance de sécurité et le freinage d’urgence à moins de 30 km/h.

Un dernier mot sur la consommation, plutôt raisonnable puisque les chiffres officiels donnent un petit 5,2 l/100 en cycle mixte et que ma moyenne, également réalisée en cycle (très) mixte, s’est établie à 6 litres. Tout à fait satisfaisant si l’on tient compte de la taille du véhicule (4,77 m) et de son aérodynamique moins favorable du fait de sa garde au sol.

Au final cette Alltrack qui possède un nombre de qualités et d’atouts remarquables pour qui apprécie le style du véhicule n’a pas su me convaincre tant j’ai été dérangé par son défaut majeur (et pratiquement unique), à savoir son amortissement si ferme et donc son inconfort. Si vous avez les reins solides ce ne sera pas un problème pour vous, sinon passez votre track (drôle…), allez voir du côté de chez Citroën pour le confort (vous n’en reviendrez pas du garnissage de pavillon le plus extraordinaire qu’il m’ait été donné de toucher) ou attendez la prochaine génération de Passat dont il y a fort à parier qu’elle aura droit, elle aussi, à une déclinaison Alltrack, et pour peu qu’on ait rectifié le tir du côté de la suspension…

Un grand merci à Benoit Darré et Volkswagen pour le prêt du véhicule sur Strasbourg. Merci également à Luc Mittelbronn ainsi qu’à toute l’équipe des concessions VW sur Strasbourg (Hœnheim et Illkirch-Graffenstaden) pour leur accueil et leur disponibilité.