Il y a quelques mois de cela, je vous faisais part ici de mon expérience à bord d’une Ferrari 458 Speciale Aperta. Avec un œil naïf, j’avais tenté de vous dépeindre le portrait d’une voiture extraordinaire par une personne on ne peut plus normale. Il semble que ce format ait plu au delà de ce que j’imaginais et comme annoncé dans un petit teasing, je réitère la chose à bord d’une Lamborghini Aventador.

Allez, on se remet un peu dans le contexte: j’ai toujours 21 ans et je ne suis toujours pas un pilote aguerri mais cette fois-ci au moins, malgré l’air frais, le sol est plutôt sec. L’essai, contrairement à la dernière fois, n’est absolument pas prévu. Mais comme à son habitude M. POG sait surprendre. Je me trouve en fait à un rassemblement automobile sur lequel je l’avais accompagné. Il est encore tôt mais la nuit en cette période ne se fait pas attendre et il est temps de quitter le rassemblement. C’est le moment que M. POG choisit pour me proposer de conduire la Lamborghini sur le chemin du retour. Contrairement à la fois dernière, j’accepte instantanément.

Je prends donc place et la première impression est bien différente de la 458 Spéciale. Tout d’abord, les sièges réputés inconfortables le sont effectivement : ils sont durs et donnent l’impression que les épaules sont à au moins 10 cm du dossier. Ensuite, c’est l’énorme tunnel central qui surprend. Ce n’est pas une voiture qui favorise la rapprochement avec votre passagère, car ne serait-ce que lui poser la main sur le genou serait problématique. Enfin, l’énorme compteur digital pile en face de vous suffit à vous faire comprendre que vous allez en prendre plein la tronche : la zone rouge du V12 atmosphérique maison de 700 chevaux commence peu après 8000 tours.

M. POG s’installe en passager pour m’expliquer les quelques rudiments d’usage : « alors d’abord, ne t’inquiète pas, quand tu vas démarrer un certain nombre de voyants vont s’afficher mais ils vont finir par s’éteindre, c’est normal. Sauf celui-là, lui c’est le voyant de pression des pneus mais il ne s’éteint jamais ». Ah, OK.

Puis il poursuit : « bon là, t’as l’ouverture et la fermeture des fenêtres, tu feras gaffe à pas te tromper parce que le bouton tout de suite à droite c’est pour désactiver l’ESP et on voit rien dans l’habitacle donc c’est bon à savoir ». Il termine en m’expliquant le fonctionnement de la boite : « là tu as le bouton pour changer de mode, ne te mets jamais en Strada, la boite est nulle et les valves sont fermées, reste toujours en Sport et essaye le mode Corsa si tu le sens. » Sur ma question à propos des phares, on y voit tellement rien à l’intérieur qu’il me dit de toucher aux boutons sur la gauche et de voir ce que ça donne.

Je démarre enfin en soulevant le désormais iconique capuchon rouge et en appuyant sur le bouton start. Le V12 s’éveille dans un gros bruit de démarreur mais un échappement en sourdine. Une pression sur le bouton adéquat au niveau du tunnel central suffit à passer du mode strada au mode sport et à ouvrir les valves. Le V12 ronronne maintenant de façon sourde et intimidante. Je check les voyants qui s’éteignent un à un sauf deux. En effet, le voyant de pression des pneus est toujours en place mais également un voyant d’airbag passager, ce qui ne rassure pas vraiment ma nouvelle passagère. M. POG nous rassurera en un rien de temps: « ça va partir en roulant ! ». Cette Aventador n’est pas une italienne pour rien.

Pied sur le frein, je tire vers moi la grand palette de droite, je relâche le frein et la voiture commence à se mouvoir toujours dans ce grondement sourd qui transperce littéralement la nuit désormais bien installée. Oh tiens, le voyant d’airbag a disparu, voilà ma passagère rassurée. Il faut dès à présent s’extraire du rassemblement sans accroc, avec une voiture pour le moins imposante.

Sans dire que c’est aisé, ce n’est pas si difficile que prévu. Les rétroviseurs offrent un excellent repère en ce qui concerne la largeur de la voiture et le nez est très court. Je prie seulement de ne pas avoir à faire une manœuvre en marche arrière car c’est ici la grosse problématique : la caméra de recul n’est pas loin d’être inutile et la distance entre notre siège et l’arrière de la voiture est presque aussi longue qu’une citadine. Je ne vous parle même pas de la visibilité.

Quand je peux enfin prendre la route, je comprends de suite que cette voiture n’a vraiment rien à voir avec la Ferrari, mon seul point de comparaison possible. Déjà, il y a un véritable problème en ce qui concerne le commodo de clignotant. C’est exactement la même commande que sur toute voiture normale, sauf que même celui de ma Clio est plus accessible. Ou alors j’ai des mains de nain, c’est possible aussi.

Plus sérieusement, si elle se conduit avec une relative facilité, elle est intimidante. Ceci est du à une addition de petites choses : le gabarit de la voiture, son léger inconfort à bord et le confinement de son habitacle. Ajoutez à cela qu’elle donne l’impression d’avoir 10 ans de plus avec un accélérateur qui n’est pas tout de suite facile à doser, même chose en ce qui concerne les freins et un V12 atmosphérique qui semble avoir été gavé de chevaux sauvages. La cerise sur le gâteau reste la boite de vitesse à 7 rapports mais simple embrayage, à 1000 lieux de la douceur de la boite double embrayage Ferrari. Secouez le tout et vous obtenez une véritable bête.

La route qui se profile devant nous est similaire à celle empruntée lors de mon essai de la Ferrari : une ponctuation de nationale et de ronds points. Une fois un peu plus familier avec la bête, je décide à la sortie d’un rond point de laisser filer M. POG un peu en amont. Je remets les roues droites, je suis à environ 3000 tours en seconde et je mets gaz à fond sans me poser de question. Je n’étais absolument pas prêt à cela. L’accélération m’a tout simplement brouillé la vue, je n’avais jamais connu quelque chose de si intense.

Le V12 se gorge de couple jusque 5000 tours environ avant que la puissance ne déchire le compte tours en l’emmenant jusque 8500 tours. Il est alors temps de passer un rapport qui vous renvoie illico dans cette zone de couple avec une brutalité sans nom, martyrisant votre nuque. En attendant, la vitesse est montée crescendo au delà de la décence. Et le tout s’est passé avec une motricité qui n’a pas montrée la moindre faille, pas même le clignotement d’une aide électronique qui veillerait à notre sécurité. On peut tout de même dire merci aux 4 roues motrices. Il est à noter cependant que la majorité de la puissance est transmise aux roues arrière, jusque 90% en mode Corsa.

Je ralentis pour souffler un peu et pendant ce temps j’ai affaire aux regards hébétés des usagers de la route. Certains prennent des photos, d’autre lèvent leur pouce et les enfants ont les deux mains sur la fenêtre pendant que papa tente de suivre pour contempler au plus près cette ORNI qui peut se volatiliser n’importe quand. Quel moment !

Le trafic s’intensifie et les écarts de conduite précédents ne peuvent plus se répéter, surtout après qu’une voiture m’ait permis de tester la qualité des carbones céramique en me coupant la route inopinément. Bon, je roulais un peu vite, c’est vrai. Soit dit en passant, le freinage demande anticipation, c’est lourd une Aventador. Le trafic me permet également de me rendre compte que je n’ai aucune foutue idée de la distance nécessaire pour me rabattre, en définitive, je compte sur l’étonnement des gens pour me faufiler entre eux et cela marche à merveille.

Arrivé dans la ville, nous devons nous garer devant le bar d’un ami commun. La confiance que j’avais prise au volant lors de la route s’est quand même un peu envolée lorsqu’il s’agit maintenant de conduire une telle voiture en ville. La boite est capricieuse et lente dans ce contexte, parfois elle refuse même de passer un rapport ou alors elle le fait avec une lenteur à vous commander un café pour patienter. Puis ce n’est pas comme si 90% du monde présent avait le regard rivé sur moi et mon gros machin orange dont la ligne d’échappement chaude fait résonner le V12 sur tous les murs environnants. C’est bien simple, les gens sont déjà retournés avant même que je ne les voie.

Puis vint le moment de faire demi tour pour aller se garer devant ce bar, dans une rue extrêmement passante, un samedi soir. M. POG effectue la manœuvre au milieu de tout le monde avec la Ferrari, comme s’il s’agissait d’une formalité. N’attendez pas que j’en fasse de même ! Je m’éloigne afin de faire demi tour plus loin et m’engouffre dans de petites ruelles. C’est à ce moment que je réalise où je suis et ce que je conduis alors même que je suis en train de réveiller tout le quartier. La magie de la nuit, dans ma ville, derrière ce compteur évocateur.

Je trouve de la place pour faire demi tour (un semi remorque aurait pu faire de même à cet endroit) et me dirige vers l’emplacement initial pour rendre les clés à M. POG pour la manœuvre finale : le créneau. Nous serons plusieurs à participer à ce créneau avec un devant, un derrière et un sur le côté qui lui, s’assure qu’aucune des jantes ne fasse une mauvaise rencontre avec le trottoir. Malgré une proximité certaine avec celui-ci, l’imposante Aventador dépasse allègrement de la zone de stationnement.

Tout comme la Ferrari, il m’a été permis d’en reprendre le volant, ce qui va me permettre de faire une analyse un peu plus poussée. La Lamborghini Aventador est stratosphériquement opposée à la Ferrari 458 Speciale Aperta. Là où cette dernière était une ballerine qui ne demandait qu’à sortir des grandes lignes droites, l’Aventador se régale des grandes étendues autoroutières comme le TGV est à l’aise sur un Lille – Paris. Là, pour le coup, je ne ressors pas frustré de l’essai. Bien au contraire, car j’ai le sentiment d’avoir pu profiter à 200% de cette voiture alors même que je n’ai fait que de la ville et de la ligne droite. Il suffit de lâcher les 700 chevaux une fois les roues droites et vous pouvez sentir toute la mécanique du V12 vous propulser de la manière la plus noble qui soit. Par ailleurs, l’ensemble de ses défauts fait tout son charme et son manque de polyvalence la rend encore plus impressionnante.

En revanche, là où l’Aventador pêche, c’est justement par rapport à ce coté ballerine de la 458 Spéciale. Si celle-ci ne demande qu’à sauter de virage en virage, la Lamborghini Aventador ne donne pas vraiment cette envie, bien au contraire. Vous avez plutôt l’impression d’essayer de pousser un éléphant à faire un parcours d’agilité. Pour autant, lorsque l’on prend son courage à deux mains en lui faisant confiance, elle révèle une réserve de grip au delà de l’entendement et l’on comprend que l’on a tout de même affaire à une vraie voiture de sport et pas seulement à une dévoreuse de ligne droite. En définitive, l’Aventador est un pur produit de Lamborghini : brutal, impressionnant et attachant. On l’aime autant qu’on peut la détester par moment mais une fois en contact avec elle, il est difficile de s’en détacher.

NDLR: le mode Corsa pourrait aussi être appelé destructeur de cervicales.

M. POG est très présent sur les réseaux sociaux, vous pouvez le suivre sur son Facebook ou sur Instagram. Un grand merci à lui pour sa confiance et le partage de sa passion.

Pour les magnifiques photos il faut remercier Thomas Capiaux Photography, vous pouvez lui aussi le suivre sur son Facebook ou sur son Instagram !

La bête en action

 

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