180 chevaux dans un petit SUV stylé, ça commence à causer, non ? État des lieux avec ce Peugeot 3008 GT HDI 180…

Vous connaissez la différence entre le pinard et les chevaux ? C’est que le premier se bonifie en vieillissant, pas les seconds. Je m’explique : dans ma jeunesse, on pouvait se faire des sensations avec pas beaucoup de chevaux. Aujourd’hui, on s’en fait moins avec beaucoup de chevaux. Tiens, et si c’était mieux avant ?

Souvenirs : à cause de mon propre père (le bourreau !) qui m’a fait subir une petite enfance à l’arrière d’une Alpine A110 coincé entre les tubes de l’arceau, puis une adolescence dans des Renault 5 Turbo 1 et 2, des Renault 21 Turbo, des Alpine A310 et autres Renault qui turbotaient et dépotaient, je garde le souvenir que des puissances somme toute modestes, dans l’échelle actuelle des valeurs, permettaient de se faire vraiment plaisir.

Aujourd’hui, avec 180 chevaux, parfois, on s’ennuie un peu, on trouve ça sous-motorisé, pataud, à peine juste pour se débarrasser du trafic. Encore plus dans des SUV, véhicules hauts, gros et lourds par excellence. Tenez, avec 180 chevaux, sur ce magnifique blog, mon collègue le jeune Ancelin trouvait que le Jaguar F-Pace se trainait un peu, tandis que je n’étais pas totalement emballé par le Ford Edge TDCi 180, pour exactement les mêmes raisons. Mais le 3008 peut tirer son épingle du jeu car il est moins encombrant que les deux modèles pré-cités.

Bref. Ceci dit, je dois vous avouer un second truc. Je n’ai jamais aimé le Peugeot 3008. Du moins le premier du nom. Avec sa forme patatoïde et ses passages de roues aplatis, je le trouvais boursouflé et prétentieux, exactement comme ma tante, l’horrible Jacqueline, qui d’ailleurs en a possédé deux, ce qui prouve que Jaja est cohérente avec elle-même. Pour être monté une fois dedans (contraint et forcé), j’avais toutefois trouvé que l’intérieur n’était pas si mal, en fait. Mais bon, je devais être le seul à le trouver supra moche, car il a quand même été vendu à 860 000 exemplaires. Où alors les gens n’ont pas de goût et achètent des caisses comme des moutons, ce qui est fort possible aussi. Hélas.

D’où le choc : avec ce 3008 mk2 qui prend le risque de rompre avec le précédent, Peugeot se repositionne et moi, je prends une claque. Alors que je ne suis pas trop super client des SUV (mon idéal automobile étant plus dans les environs de la Caterham, de la Lamborghini Espada et de la Morgan Plus 8), je le trouve plutôt agressif et assez audacieux. D’où l’envie de faire un tour à son volant.

Bien entendu, le 3008, ce n’est pas la première fois que vous le rencontrez sur le blog. La présentation statique vue par mon collège JB, la première rencontre avec la gamme par Thomas, et l’essai de la version THP 165 par l’excellentissime Régis. Du coup, cette virée en GT HDI 180 fait figure de complément d’article à tous ceux déjà publiés sur notre mirifique blog.

Le prix du design

Vous dire cela ne va pas être original, mais comme beaucoup d’autres avant moi, je suis tombé sous le charme de l’intérieur de ce 3008. Dans cette finition GT, entre le cuir matelassé, l’aspect épuré de la console centrale, dont les interrupteurs « aviation » permettent de prendre rapidement ses marques en ayant accès aux principaux raccourcis, le compteur digital et son traitement cuivré très classe, c’est juste impressionnant.

Tenez, mon propre père, dont je vous parlais plus haut, illustre à quel point la vieillesse est un naufrage : après toutes ses années au volant de voitures flamboyantes, il trimballe sa retraite dans un Kadjar dCi 110 (essayé ici par le brillantissime Régis) de milieu de gamme. Là, y’a pas photo : le Kadjar prend un méga coup de vieux.

A l’extérieur, c’est du même tenant : la finition GT vient avec les rétros chromés et les jantes de 19 pouces, les 3 petites griffes faisant office de feux arrière, on aime ou pas, mais ce que j’ai pu constater lors de ces quelques jours d’essai, c’est que le 3008 mk2 plaisait beaucoup. Les choses reviendront peut-être à la normale dans quelques mois quand il y en aura à chaque coin de rue.

Dans les 208 et 308, je n’étais pas méga fan du petit volant : cela me prenait beaucoup de temps pour trouver à la fois une bonne position de conduite et une vision convenable des compteurs, et le résultat tenait plus du compromis. Dans le 3008, c’est différent : la position de conduite surélevée fait que le volant reste en dessous du champ de vision. Du coup, ça me plait bien. Tout comme l’agencement des commandes et des touches de raccourcis, à laquelle on se fait très vite. Dommage qu’il faille toujours passer par l’écran tactile pour régler la clim’. Et tant que l’on est dans les reproches, l’audio Focal (option à 850 €) est correcte, sans plus. Par contre, la finition est impressionnante (exception faite des plastiques au centre du volant et autour du levier de vitesses, un peu toc) ; mais pour le reste, cette 3008 est définitivement impressionnante !

La reine des Hunaudières ! (ou pas)

Faut vivre avec son temps et le temps est à l’économie de CO2. Fort bien. Ces considérations écologiques ont parfois des conséquences notables sur nos belles automobiles : pour ne pas consommer (durant les tests officiels, car dans la vraie vie, c’est autre chose), on les fait tirer long. Très long. Et l’affichage digital, fort seyant, par ailleurs, avec ses tonalités cuivrées et ses cadrans modulables, ne fait pas oublier la réalité. Toute GT qu’elle soit, la 3008 HDI 180 tire long. Très long. Trop long ? Faut voir.

Il n’empêche : à 90 km/h (vous aurez remarqué que je fais des progrès, que je ne parle plus d’excès de vitesse, pour préserver le coeur de notre bonne vieille Chantal P.), c’est la vitesse limite pour passer la sixième et l’on se trouve alors à cruiser tranquillement à un majestueux 1400 tr/mn. Nos amis allemands seront donc ravis de savoir qu’ils peuvent tenir le 180 de croisière sans forcer à 2800 tr/mn et nos amis pilotes saliveront devant la promesse des plus de 300 chrono que leur promet la 3008 à l’approche de la zone rouge. Pas mal pour un SUV qui est donné officiellement à 4,8 l en conso mixte (et 124 grammes de CO2) ?

Mais dans les faits, le 3008 GT BlueHDI 180 pointe à 207 km/h ce qui est suffisant. Et pour savoir si elle dépote vraiment (rappel : elle fait 180 chevaux !), il suffit de savoir où elle se place par rapport à la frontière symbolique qui départage les engins qui se déplacent de ceux qui avancent ! Cette double frontière, c’est le 0 à 100 en moins de 10 secondes et le 1000 mètres départ arrêté en moins de 30 secondes. Et là, c’est… mitigé, puisque l’on a officiellement 8,9 et 30,2 secondes. Ce qui nous ramène au point de départ : 180 chevaux, c’était mieux avant.

Idée : mettre le mode « sport ». Mais en fait, c’est une mauvaise idée : la boîte passe certes les rapports plus haut mais le moteur fait plus de bruit à cause d’un amplificateur de son et c’est juste ridicule. Non, ce qui sauve cette bonne 3008, c’est à la fois la bonne volonté de sa boîte EAT6 qui fait le job avec les honneurs, si tant est que l’on conduise comme doit l’être un SUV familial, c’est à dire de façon éventuellement rapide, mais toujours enroulée… Et il y a aussi les 400 Nm de couple, disponibles dès 2000 tr/mn et qui permettent de savourer une sorte de force tranquille au volant.

Lors de voyages au long cours, j’ai apprécié la bonne insonorisation et j’ai trouvé les sièges en cuir très jolis, mais un peu fermes. Et avec les roues de 19 pouces, l’amortissement est forcément un peu ferme, mais pas cassant. Avec le petit volant, c’est un régal de faire corps avec cette auto et de la jeter dans les virages, car le roulis est quand même assez contenu. J’ai beaucoup roulé sous la pluie lors de cet essai et j’ai trouvé que le grip des Continental en 235/50 était assez médiocre dans ces conditions, avec du survirage arrivant précocement. Ce qui n’empêche pas d’enquiller et de mettre un peu d’appui, comme le montre la photo ci-dessous, car le feed-back des pneus et du châssis, malgré les plus de 1460 kilos, permet de jouer facilement avec les limites de l’auto et de ne pas se soucier des 42 050 € qu’elle vaut !

Côté conso, je n’ai pas fait les 4,8 l/100 revendiqués, mais une moyenne à 7,1 avec des extrêmes à 6,1 sur départementale et 7,7 sur autoroute avec mon ami Waze. Pas de quoi s’alarmer, non ?

Photos : Benoît Meulin (www.bluedoorprod.fr)