1373773_3560903478654_1313272353_nLe retour victorieux d’Alpine en compétition marque une première étape heureuse dans la stratégie de renaissance de la mythique marque de voitures de sport française. Au lendemain de la dernière épreuve des European Le Mans Series 2013, nous nous sommes rendus sur le stand Alpine pour nous entretenir avec Bernard Ollivier, P-DG de la société Alpine-Caterham. L’occasion de faire le point sur l’avenir de la marque et, notamment, sur le futur modèle de série qui concrétisera en 2016 la renaissance tant attendue d’Alpine sur nos routes.

Une renaissance qui, bien entendu, passe par la compétition automobile, comme nous l’explique Bernard Olivier.

Bernard Ollivier : « La compétition fait partie des gènes d’Alpine ; ça nourrit le mythe. Quand on achète Alpine, on achète une histoire, un mythe, les succès de la marque et tout le rêve qui va avec. C’est pour cela que nous faisons cette course aujourd’hui, c’est pour faire parler de la marque Alpine. Alpine fait partie des trois grandes marques de voitures qui sont nées par la compétition et pour la compétition. Il faut le cultiver. »

L’histoire d’Alpine est effectivement synonyme de succès en compétition, tout particulièrement en rallye. Mais un retour dans cette discipline est-il envisageable ?

Bernard Ollivier : « Quand on pense Alpine, on pense rallye. Mais, objectivement, aujourd’hui on ne peut pas, pour la simple et bonne raison que, pour faire du rallye, il faut avoir une voiture. Nous n’en avons pas. Les réglementations de rallye aujourd’hui ne sont plus adaptées aux voitures de sport. »

2013-09-29 09.34.58 - CopieSi le retour d’Alpine en compétition ne passera donc pas par le rallye, il n’en demeure pas moins un élément important dans la stratégie visant à préparer l’arrivée sur le marché en 2016 d’un tout nouveau modèle de série. Cette nouvelle Alpine est l’objet de beaucoup de spéculations. Grâce aux révélations du designer Laurens van den Acker il y a quelques jours, on en sait désormais un peu plus sur l’aspect technique (voir l’article de Frédéric à ce sujet). Mais on ne sait toujours pas vraiment à quoi elle ressemblera. Bernard Olivier nous parle de cette nouvelle Alpine.

Bernard Ollivier : « Il est important de redémarrer la marque, de repartir sur des bases solides, c’est-à-dire l’icône. L’icône c’est l’A110. Les gènes de la marque sont là. Nous ferons la berlinette du 21ème siècle. Mais ce ne sera pas une copie de la précédente ; ce ne sera pas du rétro. Nous voulons faire une voiture qui est dans son siècle, une voiture moderne, qui a les gènes de la berlinette et les gènes d’Alpine : la légèreté, l’agilité, mais aussi une certaine French touch que portent nos voitures. »

Des propos qui font inévitablement penser au concept-car A110-50 : une voiture aux lignes modernes, parée de quelques subtils détails faisant directement référence à son ancêtre, sans pour autant tomber dans le neo-retro façon Mini ou Fiat 500.  D’autant que l’on sait désormais de la bouche même de Laurens van den Acker qu’il y aura des éléments de DeZir dans la future Alpine.

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Bernard Ollivier poursuit sur les valeurs qui ont fait Alpine : « Les valeurs d’Alpine, ce n’est pas rouler à 300 km/h sur autoroute ou aller frimer sur les Champs Élysées. Nous sommes pour les vraies valeurs, les valeurs de plaisir. Vous savez d’ailleurs d’où vient le mot Alpine : Alpine c’est le plaisir dans les petits virages des Alpes. C’est ce qui a inspiré Jean Rédélé [NDLR : fondateur de la marque Alpine en 1955] lorsqu’il a créé Alpine et c’est ce que nous voulons recréer aujourd’hui. »

Il nous donne également quelques explications sur l’évolution des couleurs de la marque.

Bernard Ollivier : « La couleur d’Alpine c’est le bleu. Vous savez d’où vient le bleu. Le bleu vient de l’époque où les courses d’automobiles fonctionnaient par pays. Les anglais étaient verts, les allemands étaient argent, les français étaient bleus. C’est comme ça qu’est née la couleur emblématique d’Alpine.
Mais nous avons trouvé que le bleu qui existait sur la berlinette était très froid. Le bleu est une couleur froide et une marque comme Alpine est une marque chaude, une marque de plaisir. Donc, si vous regardez la voiture qui a le nouveau bleu Alpine
[NDLR : il fait référence à l’A450 qui se trouve à côté de nous sur le stand], on a rajouté un peu de rouge pour le réchauffer. Tout cela, ce n’est pas neutre, c’est du petit signe qu’il faut construire pour donner cette impression d’une marque chaude.
Nous avons même rajouté de l’orange, qui a été utilisée dans le temps, aux 24 heures du Mans. c’était dans les années 63-64. Pour reconnaitre les voitures, on peignait les phares. Il y avait des voitures avec des phares oranges, jaunes ou verts. Nous avons repris cet orange là pour réchauffer Alpine, qui est une marque de chaleur, de passion. »

La nouvelle Alpine reprendra donc les gènes qui ont construit le mythe en les adaptant à notre époque. Au-delà du style, cela se jouera également sur d’autres aspects.

Bernard Ollivier : « Nous ferons une voiture moderne aussi par ses ingrédients. Il ne faut pas être radical au point de ne pas mettre les progrès technologiques, les progrès de confort, dans la voiture. On veut une voiture qui est dans son temps. »

M. Olivier ne nous en dira pas plus sur ce point, mais on sait au moins que l’entrée d’Alpine dans la 21ème sicle aura une incidence sur les dimensions de la voiture.

Bernard Ollivier : « Une Alpine à l’intérieur c’est extrêmement frugal, avec un espace intérieur extrêmement restreint. » Il poursuit : « Pour vous donner une idée, entre le moment où l’on a conçu la berlinette et aujourd’hui, il y a un peu lus de 50 ans, le genre humain a grandi de 20 cm. »

On en déduit fort logiquement que la berlinette version 21ème siècle verra ses mensurations augmenter sensiblement. Ce qui, au fond, n’est guère une surprise lorsqu’on connait le gabarit fluet de l’A110 originale, qui n’a guère plus rien de réaliste de nos jours.

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Bien qu’il soit encore un peu tôt pour en parler, on s’interroge aussi sur la manière dont sera distribuée la voiture.

Bernard Ollivier : « Ce n’est pas une Renault, ce n’est pas une Alpine-Renault. Il n’y a pas de Losange. »

La perspective de voir les Alpine reléguées dans le coin d’une concession Renault semble donc à écarter. Mais on aimerait en savoir un peu plus.

Bernard Ollivier : « On a une chance énorme, celle de relancer une marque en 2016. Comment vend-on une voiture en 2016 quand on n’a pas le réseau ? Nous avons encore le temps d’y penser. Pour moi, une Alpine c’est décalé, et elle sera aussi décalée dans la manière où elle sera vendue. Nous voulons étonner. Notre objectif est que vous n’ayez pas l’impression de venir acheter ne voiture. On vient acheter une histoire, un mythe. Il ne s’agira pas de rentrer dans une concession ordinaire. Les gens vont avoir envie de venir. Une Alpine ça s’achète, ça ne se vend pas. Une Alpine, ça se mérite. »

Bernard Olivier évoque également l’éventualité de mettre à profit les nouvelles technologies, mais il est encore bien trop tôt pour s’avancer sur ce point. En revanche, les volumes de vente sont déjà chiffrés.

Bernard Ollivier : « Nous pensons que, depuis 1995, lorsque la dernière Alpine est sortie de l’usine de Dieppe, la place est libre. Il n’y a personne qui a vraiment repris la place. Des voitures comme celle que nous ferons, il n’y en a pas. Le marché nous attend. Nous avons prévu 25.000 voitures sur 7 ans. »

 Des volumes de vente qui révèlent des ambitions au niveau international :

Bernard Ollivier : « Alpine, bien sûr, est une marque mondiale. Nous serons présents notamment en Allemagne, en Angleterre, en Italie ou encore au Japon. Alpine est très réputé au Japon. Nous avons prévu 500 exemplaires par an là-bas. Il ne faut pas non plus négliger un marché comme la Chine. Nous espérons y faire notre place en misant sur notre côté décalé par rapport aux autres constructeurs de voitures de sport. »

1372987_3560899758561_1593142219_nLe grand patron d’Alpine semble très confiant dans l’avenir de la marque et dans le potentiel de cette future berlinette. A son sujet, il s’exprime de bon cœur, avec entrain et passion.

Bernard Ollivier : « Quand vous verrez la voiture, vous allez être bluffés. Quand vous la voyez, vous avez envie qu’elle soit déjà dans la rue. »

On ne demande pas mieux. De quoi attiser encore un peu plus l’impatience des nombreux fans de la marque qui bouillonnent depuis de nombreux mois à l’idée de voir le mythe ressuscité. Encore un peu de patience. D’ici là, vous n’avez qu’à compter les moutons dans le ciel bleu.

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Un grand merci aux équipes de Renault Sport et Alpine pour leur accueil chaleureux, ainsi qu’à Bernard Ollivier pour avoir eu la gentillesse de nous consacrer un peu de son temps.