Mercredi dernier avait lieu la présentation internationale de la dernière née des Chevrons : C4 Cactus. François était allé interviewer Andreas Stump (responsable du style intérieur), Frédéric Duvernier (responsable du style extérieur) ainsi que Jean-Pierre Ploué (directeur du style PSA). Je vous propose à mon tour un entretien avec Henri Gardes, chef de produit C4 Cactus. En fin d’article, vous pourrez également lire l’avis des membres de la rédaction qui étaient présents lors de la soirée de lancement de cette nouvelle Citroën.

Entretien avec Henri Gardes, chef de produit C4 Cactus

Eric E. : Pouvez-vous nous expliquer le choix du nom C4 Cactus ?

Henri Gardes : Il y a plusieurs choses qu’on peut mettre derrière le nom de Cactus. La première, c’est la notion de robustesse, de sobriété. Le cactus est un végétal qui est autonome dans son environnement, qui peut être un peu hostile, ça correspond bien à ces deux notions qui étaient derrière notre concept et notre positionnement : robuste et sobre. Cactus suggère aussi un aspect de protection, c’est aussi un nom qui marche bien dans toutes les langues. Il y a enfin cette filiation avec le concept de 2007, dont l’esprit est toujours là.

E² : N’était-ce pas risqué justement de conserver ce nom alors que le design du concept de 2007 était très différent du modèle de série ?

H.G. : Il était bien entendu différent dans les lignes, le design, mais vous m’accorderez que le style très fort de ce concept ne laissait pas indifférent, on ne voulait pas faire une voiture qui restait dans le « ventre mou » du marché. Ce côté style très fort, style unique, immédiatement reconnaissable, c’est ce qu’on a souhaité reproduire, c’est surtout la philosophie qui reste, même si le design est différent.

E² : Quant à l’appellation C4 ?

H.G. : Ce qu’on a voulu marquer, c’est son positionnement dans le segment C, on a voulu positionner le véhicule en alternative aux propositions du segment C. Mais nous avons en tête que le nom Cactus est celui qui va rester dans la tête du client, comme on dit « j’ai un Picasso », on dira sans doute « j’ai une Cactus ». Il s’agissait de positionner clairement ce véhicule dans le segment C, au sein de notre gamme C4.

E² : Doit-on alors s’attendre à un positionnement tarifaire l’ancrant plutôt dans le segment C que dans le segment B ?

H.G. : Il est trop tôt pour parler de prix, nous sommes encore loin du lancement mais je peux simplement affirmer que ce sera compétitif dans le segment C. Je peux vous parler de coût à l’usage optimisé, que l’on a fortement travaillé. Mais clairement, par rapport à une voiture du segment C, il y aura bien une vraie compétitivité, quelque chose de bien positionné.

E² : On vise plutôt l’acquisition de nouveaux clients dans le segment C ou la montée en gamme de clients du segment B ?

H.G. : Les deux, c’est une très bonne question mais ce sont bien ces deux vecteurs qui sont visés. On sait que notre réservoir de clientèle sera bien sur le segment C mais tout l’attrait d’un véhicule à l’aspect budgétaire maîtrisé est que nous ferons en sorte  que les clients « B2 montants » n’aient pas une marche trop importante à franchir, qu’ils puissent monter facilement sur un véhicule du segment C du fait de l’attractivité tarifaire.

E² : Quel seraient, en dehors du design, les trois principaux déclencheurs d’achats de C4 Cactus ?

H.G. : En dehors du design, qui, convenons-en est un élément fort, nous avons mené de nombreuses études quantitatives et qualitatives pour voir ce qui comptait vraiment aux yeux des clients. Reprenons les éléments forts de la philosophie de la voiture, il y a les notions de confort et de technologie utile, la facilité au quotidien, le budget maîtrisé. Ce qu’on met en avant dans les attentes des clients, c’est ce croisement de valeurs d’usage et d’image. C’est d’abord, au-delà du design, le confort, pour rester dans l’esprit Citroën. Des sièges très larges, dessinés dans un esprit sofa, qui offrent un confort de conduite, de la prestance. Il y a aussi le fait de faciliter la vie du conducteur et des passagers en embarquant notamment la tablette tactile 7 pouces sur toutes les versions du fait d’autres arbitrages [banquette arrière non fractionnable ou vitres entrebâillantes, par exemple], permettant ce poste de conduite très aéré, très ergonomique et libéré. On offre une vaste habitabilité perçue, cela met en avant le design intérieur, on en revient au design, cette voiture fait envie aussi bien dehors que dedans, avec des réassurances au niveau de la technologie embarquée, du confort, valeur forte de Citroën, le tout, dans un budget maîtrisé.

E² : Justement, qu’est-ce qui la distingue d’une C4 en termes de coût à l’usage ?

H.G. : Dans le coût à l’usage, le premier poste, c’est la notion de consommation. Nous avons à la fois maîtrisé la masse, 200 kg de moins qu’une C4, et aussi cherché à proposer des motorisations de dernière génération. Au-delà des diesels, avec les BlueHDi qui respectent la norme Euro 6, nous avons les moteurs essence 3 cylindres Puretech [famille EB2] que l’on aura en version atmo et turbo. Nous serons ainsi à 82 g de CO2, 3,1 litres au cent sur la motorisation la plus vertueuse. Même en motorisation essence e-THP 110 ch, la plus puissante, nous serons à 107 g de CO2. Ce couple motorisation et masse optimisés nous permet de limiter le coût à l’usage. Il y a également les Airbump qui représentent la facilité d’usage au quotidien : on a à la fois l’apport en style de ces éléments graphiques, l’aspect personnalisation avec le 4 coloris, mais aussi la préservation du produit. On libère l’esprit du client en protégeant la voiture des agressions urbaines. Cette peau qui recouvre la voiture permet de diminuer le stress au quotidien.

E² : Qu’est-ce qui distingue le client de C3 Picasso du client de C4 Cactus ?

H.G. : Nous avons tout d’abord l’aspect design qui est extrêmement différent. Les deux sont assez forts, ce sont des voitures facilement identifiables. C4 Cactus est une voiture plus basse, plus ancrée dans le monde de la berline avec des touches de baroud, de crossover, qu’il s’agisse des passages de roues, des bas de caisse surlignés, des barres de toit… Toutes ces choses les distinguent, nous ne sommes pas dans le même imaginaire, dans le même monde. C’est notamment très fort en latéral, C4 Cactus ne mesure que 1,48 mètre en hauteur. En termes de masses, on est aussi face à une voiture plus légère, plus efficiente. Sur le plan du volume intérieur, c’est également très différent. On est ici sur une philosophie plus proche des berlines, avec un empattement assez grand de 2,60 mètres, on a de l’espace aux jambes. Un C3 Picasso est nettement plus ancré dans le monde des monospaces, notamment en termes de modularité. Ce sont deux mondes différents.

E² : L’articulation de gamme sera-t-elle différente de celle des Citroën classiques ou la montée en gamme sera conventionnelle ?

H.G. : On sera sur trois niveaux de finition. On cherche aussi à simplifier la lecture des degrés d’équipements  et de la montée en gamme, aussi bien pour nos vendeurs que pour nos clients. Nous avons fait des choix, comme ceux de ne pas retrouver tous les équipements foisonnants d’une C4. En revanche, on aura bien une montée en gamme sur trois niveaux de manière classique. On est sur une politique de packs d’options qui est sur des marches pas trop importantes afin de laisser le client choisir ce dont il a besoin sans être obligé de prendre le niveau d’équipement supérieur pour avoir l’élément qui l’intéresse. Il y a encore autre chose d’emblématique, assez différent de nos habitudes en termes de montée en gamme. Nous avons trois coloris intérieur différents : nous avons joué le principe de ne pas imposer un garnissage par niveau de finition. Il y aura un univers de série sur les trois degrés d’équipement et à partir du niveau 2, le client pourra choisir l’univers intérieur qu’il souhaite parmi les trois proposés. C’est assez différent de ce que l’on fait d’habitude.

E² : Quelle est votre plus grande fierté sur ce produit ?

H.G. : Pour moi, ce serait le design, la vraie réussite. Il est très marquant, très reconnaissable. Il intègre le style et la fonction, nous avons une voiture attractive, elle fait envie en ayant à l’esprit ces notions de coût à l’usage et de facilité au quotidien. Comment va-t-elle marcher exactement ? Je ne sais pas. Nous avons fait de nombreux partis pris, elle ne laisse pas indifférent, elle n’est pas innocente, elle n’est pas neutre : c’est une voiture dont les gens se souviennent. Et c’est ce qui nous fait plaisir.

E² : Lors des tests cliniques, la voiture était-elle identifiée comme étant une Citroën ?

H.G. : Tout à fait, sur ce côté nouveau. Nous avons réalisé des tests de concept, des tests de style puis des tests de commercialisation. Nous étions très légitimes pour réaliser ce type de produit.

Merci beaucoup.

L’avis de la rédaction 

Je vous propose enfin de compléter cette entrevue avec les réactions de François, Jean-Baptiste et moi qui avons eu l’occasion de découvrir la voiture en statique.

François Mortier : Citroën se lance dans un challenge à plusieurs dimensions :

– Celui de réussir le lancement d’un modèle atypique, qui rejoint une niche de marché en vogue, qui répond à un réel désir des consommateurs de changer leur façon d’utiliser l’automobile, et de revenir sur des points fondamentaux : un intérieur chaleureux, une carrosserie protégée, et un tout efficient et allégé. En cela, le C4 Cactus est une voiture innovante, car elle semble avoir été vraiment pensée différemment du reste de la production actuelle.

– Celui de réussir son changement d’image, marqué par la différenciation entre Ligne C et Ligne DS, chacune dans son rôle, avec pour la Ligne C des produits différents mais pas low cost ; et au-delà, une complémentarité accrue avec Peugeot, dont le 2008 est une proposition bien plus « bourgeoise » et « chic » du SUV urbain que le C4 Cactus ;

– Celui de contribuer au redressement du Groupe PSA à travers un succès commercial, et la concrétisation du nouveau positionnement stratégique des marques du groupe.

Ce sont les enjeux majeurs que porte sur ses épaules ce Cactus. Il est à ce titre paradoxal de voir un véhicule aussi piquant par le nom n’être pourvu d’aucune aspérité sur sa carrosserie. Citroën ose (re)prendre des risques : puissent-ils être récompensés. Peut-être sommes-nous, sans le savoir, à l’aube d’une redéfinition complète de la façon de concevoir et de vivre l’automobile. Mais trop de coups de poker de l’industrie automobile se sont transformés en échecs pour pouvoir être serein et confiant en l’avenir du C4 Cactus -et du groupe PSA au sens large.

Jean-Baptiste Passieux : En 2014, mis à part quelques irréductibles (tels que vous et moi), la voiture ne fait plus rêver personne. Elle est devenue, au mieux, un accessoire comme les autres, à assortir à notre garde-robe ou à notre ego. Du coup, lors de la conférence de presse, les dirigeants de la marque n’ont quasiment pas parlé bagnole. Ils ont parlé iPhone, forfaits téléphoniques, design, qualité de vie… Des choses dans l’air du temps, plus aptes à attirer l’attention de Mr/Mme Tout le monde que des valeurs de couple ou des distances de freinage. Quant à la voiture en elle-même, elle respire la gaieté, la simplicité, le fin du « toujours plus », un début de retour à des valeurs plus « humaines ». Les moelleux sièges-sofa, le toit vitré, la planche de bord épurée rendent l’intérieur extrêmement chaleureux : on a envie d’y passer du temps, ce qui est tout de même une bonne chose pour une voiture. Quant à l’habitabilité, elle est largement suffisante pour quatre adultes. Deux petits points négatifs : l’abandon des superbes appuie-têtes du concept de Francfort pour quelque chose de nettement plus basique. C’est la rançon de l’attractivité des prix, avec une entrée de gamme estimée à un peu moins de 15 000 €. Quant à la légèreté revendiquée par l’auto (965 kgs, incroyable pour une compacte de 2014 !), elle se ressent lorsqu’on claque la porte arrière : elle est tellement légère (merci les vitres à compas, -11 kgs tout de même) qu’on a presque peur de la casser si on la referme trop fort.

A l’extérieur, les couleurs (tantôt pop, tantôt sobres) et les formes douces de l’extérieur, bien protégées par ces étonnants Airbump (le retour à des protections de carrosserie… quelle bonne idée) rendent ce Cactus vraiment sympathique de visu, sans pour autant -trop- choquer l’opinion mondiale avec sa silhouette de crossover et ses possibilités de personnalisation, bien dans l’air du temps.

Marchera ? Marchera pas ? J’opte pour la première solution, tant ce Cactus me semble être le produit que les gens attendent aujourd’hui. En tout cas, j’ai ressenti un drôle de sentiment en la découvrant, une sorte de joie mêlée de confiance en l’avenir. Étrange, je vous l’accorde, mais, en interrogeant plusieurs personnes avec moi ce soir-là, j’ai bien l’impression que ce sentiment était partagé. Pas par tout le monde, mais par une majorité. De toute façon, comment peut-on innover sans prendre de risques ? Rendez-vous dans quelques années, mais j’ai bien l’impression que Citroën tient avec son Cactus quelque chose de fort.

Eric E : C4 Cactus est typiquement ce genre de produit qui bouscule joyeusement les codes établis. Un délicieux look de concept car et surtout un style sympathique populaire. A une époque où tout le monde doit faire dans le conformisme et le premium, c’est plaisant de voir une marque généraliste assumer son positionnement et son héritage. C4 Cactus réunit plusieurs ingrédients pour braquer les projecteurs sur elle et drainer dans le réseau Citroën des clients qui n’auraient sans doute pas franchi le seuil d’une concession frappée des Chevrons pour un produit compétent mais sans vrai unique selling proposition comme l’est la C4 berline. Et tant pis si C4 Cactus ne répond pas à mes attentes ou fait l’impasse sur des prestations qui me sont indispensables : elle répond à d’autres envies et à d’autres clients. Elle y répond probablement bien et dans la bonne humeur. Ne serait-ce que pour ça, je suis content qu’elle existe. Citroën peut être fier d’avoir « posé son scrotum sur la table » pour imposer un tel produit. C4 Cactus donnera assurément le sourire à son propriétaire et aux passants qui la verront rouler. Un jeu dans lequel excelle la Fiat 500, par exemple. Dire qu’on a hâte d’essayer la nouvelle Citroën au sein de la rédaction est un euphémisme. C’est un bon début, non ?

Photos : Automobiles Citroën, Eric E.

Merci à Marie Lagisquet, Fanny Hervet et Henri Gardes pour leur disponibilité.