Villa d'Este

Le mois de mai marque chaque année dans les régions méditerranéennes le retour des beaux jours, une sorte de préambule de l’été qui approche. Un mois de mai qui est associé pour moi depuis 2011 au  Concorso d’Eleganza Villa d’Este, un concours d’élégance automobile qui réunit depuis 1929 les plus belles carrosseries dans une atmosphère de dolce vita (la vie douce en italien) unique.

Organisé pour la première fois le 1er septembre 1929 sous le nom de Coppa d’Oro Villa d’Este, le concours disparaît en 1951 à cause de la crise qui affectait à l’époque les carrossiers automobiles. Le Concours renait de ses cendres en 1986 sous l’impulsion de l’auteur et historien automobile Tito Anselmi avant de disparaître à nouveau jusqu’en 1995 et de passer sous le contrôle de BMW Group à la fin des années 90.[1]

Le Concorso d’Eleganza Villa D’Este se déroule cette année du samedi 21 au dimanche 22 mai 2016. Alors que la journée du samedi reste assez intime sur les pelouses du Grand Hotel Villa D’Este puisqu’elle est réservée aux participants, medias et invités, le concours est ouvert au public le dimanche dans l’immense parc de la Villa Erba, situé à 800m de la Villa D’Este. Ce concours réunit à chaque édition plus de 50 des plus belles voitures des années 1920 aux années 1980 ainsi qu’une douzaine de Concept Car et Prototypes.

Les voitures classiques sont réparties en 9 différentes classes, ayant chacune un thème unique :

  • Classe A : Pre-war Decadence – Flights of Automotive Fantasy
  • Classe B : Pre-1945 Supercars – The Fast and the Flamboyant
  • Classe C : “Sur Mesure et Haute Couture” – “Rarities for the Connoisseur”
  • Classe D : Petite Performance – Pretty Pocket Rockets
  • Classe E : Daring to be Different – Designs that pushed the Envelope
  • Classe F : Cars of the Stars – From the Silver Screen to the Studio Lot
  • Classe G : GT Man is back – The Golden Era of Sportscar Design, 1950-1975
  • Classe H : Driven by Excess – From Glam Rock to New Wave
  • Classe I : Rally Cars – Heroes of the Special Stage, 1955-1985

Même si le Concours est ouvert uniquement du samedi 10h00 au dimanche soir, j’ai l’habitude de prendre la route après le travail le jeudi soir pour dormir et être sur place dès le vendredi. En effet depuis des années, BMW Group laisse gentiment rentrer les photographes dès le vendredi matin, journée qui est dédiée à l’arrivée des voitures et aux vérifications techniques par les juges. Donc très intéressante pour nous les photographes puisque le lieu est pratiquement désert et donc idéal pour prendre des photos dans les meilleures conditions.

Me voilà donc à 8h00 sur place, devant l’immense portail de l’hôtel de la Villa d’Este. Portail immense mais fermé ! Un rituel maintenant habituel puisque l’information ne semble pas toujours transmise entre le département presse de BMW Group et la sécurité de l’hôtel de la Villa d’Este de laisser passer les photographes/journalistes accrédités. Nous prenons donc notre mal en patience, et après quelques appels téléphoniques auprès de la responsable presse Beatrice, ce contretemps est vite oublié et on nous laisse enfin rentrer. Merci à elle !

L’attente commence, je me positionne au bout de l’allée principale en attendant les camions et remorques qui sont chargés d’amener les précieuses voitures.

Une attente qui prendra fin à 10H20 avec l’arrivée de la Rolls-Royce Phantom IV Hooper Sedanca De Ville de 1952. Elle fait partie de la Collection Tiriac (Roumanie).

15 minutes plus tard, l’Aston Martin V8 Zagato Coupe débarque dans un vacarme assourdissant, suivie de la Ferrari 250 GT Boano du Belge Laurent Levaux (PDG d’Aviapartner). Vous noterez au passage la plaque « BOANO56 »qui colle parfaitement à la voiture puisqu’elle date de 1956.

Arrive ensuite la magnifique Lancia Astura II Serie Berlinetta Castagna, d’ores et déjà un de mes coups de cœur de cette édition 2016 du Concorso d’Eleganza Villa D’Este. Une telle classe !

Après être allé faire un tour du côté du parvis de l’hôtel j’aperçois en revenant l’unique Lamborghini LP 400 Countach « Walter Wolf ». Unique car elle fait partie des Countach achetées par Walter Wolf, un canadien qui avait une écurie de Formule 1 dans les années 1970 et qui avait acheté de nombreuses Lamborghini (4 Countach et une Miura). A part sa première qui était standard, ses 3 autres étaient des modèles spéciaux à part entière, toutes équipées d’un moteur 5.0L au lieu du 3.9L d’origine. Parmi elles, cette Countach LP400, châssis 1.120.202, bleu Bugatti, jantes dorées, des liserés dorés sur les arrêtes, des ailes larges noires, et surtout un aileron immense ajustable électriquement depuis l’habitacle ! On retrouve donc un peu partout le drapeau Canadien, comme à l’arrière entre les feux, ou sur les phares escamotables. [2]

Après ces premières photos il est temps de reprendre les bonnes habitudes en allant aux vérifications techniques qui se déroulent devant l’hôtel afin de demander aux propriétaires s’ils seraient d’accord pour réaliser des séances photos dans les jardins au bord du Lac de Côme à l’arrière de la Villa D’Este. Le vendredi est idéal pour ces séances photos puisque le lieu est désert à part le staff de BMW qui installe et prépare le lieu.

 

Premier convaincu, Antonius Meijer et sa splendide Lancia Astura II Serie Berlinetta Castagna de 1933, mon premier coup de cœur. Un coup de cœur confirmé puisqu’elle remporte la Coppa D’Oro Villa D’Este (un prix soumi aux votes du public qui récompense la plus belle voiture). Il s’agit d’une réalisation du célèbre carrossier Milanais Castagna. Pour la petite histoire cette Astura a reçu cette carrosserie à la demande de Vittorio Mussolini, fils de Benito Mussolini, qui souhaitait la transformer en une voiture de course, ce qui explique son aérodynamique et son V8 3.0L de 82ch qui provient des Astura Serie III (contre un V8 2.6L de 72ch pour les Astura Serie II standard).[3]

Mon ami Kévin et moi multiplions les demandes aux propriétaires, certains semblent d’emblée partants, d’autres moins enclins à l’idée de se laisser aller à une séance photo improvisée. Pas comme l’allemand Sven Stockmar qui vient lui-même nous parler pour que l’on fasse des photos de son unique Rolls Royce Camargue Beau Rivage de 1983. Cette Camargue est le fruit d’une commande et d’une réalisation de Hooper (carrossier anglais) pour son stand au salon de Genève de 1983. Aussi appelée « Beautiful Shore », elle est le seule exemplaire produit dans cette version Beau Rivage par Hooper. Pour l’anecdote elle fut vendue en moins de deux heures après sa présentation lors de ce salon de Genève 1983 malgré son prix. En effet elle était à son époque la voiture la plus chère avec ses innombrables options et spécificités : peinture bi-ton Magnolia (beige) pour la partie basse et Walnut (marron) pour la partie haute, pare-chocs avant redessiné, console centrale unique, une télévision Sony à l’intérieur, un lecteur vidéo, une réfrigérateur toit-ouvrant électrique, essuie-glace peints, etc. [4]

L’Aston Martin V8 Zagato attend son tour pour être photographiée. Considérée comme une évocation moderne de l’Aston Martin DB4 GT Zagato elle fut présentée au salon de Genève 1983 et marqua le retour de la coopération entre Aston Martin et le carrossier Zagato, ce qui raviva la flamme nostalgique de l’incroyable DB4 GT Zagato. La V8 Zagato, produite à 52 exemplaires en Coupé et 37 en Cabriolet (V8 Zagato Volante), était l’une des voitures les plus rapides de son époque avec son V8 de 430 chevaux et une vitesse de pointe de 300 km/h.[5]

Le rythme des séances photos commence à s’intensifier, le soleil est là, tout semble se passer à merveille jusqu’à l’arrivée de la Siata 208 S Spider Motto durant laquelle un des responsables de Rolls-Royce (Rolls-Royce est cédé en 1998 à BMW, organisateur du Concorso D’Eleganza Villa D’Este) qui gère l’installation de l’espace Rolls-Royce dans les jardins vienne voir les photographes pour nous demander d’arrêter les shootings dans ce secteur. Après quelques explications et malgré notre incompréhension, puisque nous faisons nos photos à plus de 10 mètres de l’installation Rolls Royce, nous comprenons qu’il n’y aura pas de négociation possible. Les consignes sont les consignes, surtout quand elles viennent de la bouche de l’organisateur. Adieu les photos devant le Lac !

Les participants au Concorso continuent d’arriver et de se rendre aux vérifications techniques : les voitures fourmillent de partout.

Même si la motivation pour les séances photo est un peu retombée suite à la déconvenue essuyée précédemment, il ne faut pas s’arrêter en si bon chemin et trouver un nouvel endroit pour faire nos photos. Le problème est qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits, le choix se porte donc sur le petit chemin où la Lamborghini LP 400 Countach « Walter Wolf » se faisait shooter plus tôt.

La Jaguar C-Type de 1952 se positionne, le lieu n’est pas trop mal : bien éclairé avec un arrière-plan coloré, c’est mieux que rien ! Surtout avec le beau rouge de cette Jaguar. Son propriétaire, Christian J. Jenny, a passé 5 années de sa vie à prouver que sa Type-C était authentique lorsqu’une réplique au numéro de châssis identique a fait son apparition. Et pour cause : estimée à 2 240 000€ il y a de quoi se battre pour prouver qu’on a la vraie…[6]

L’Aston Martin International Saloon Bertelli arrive à son tour. Cette International Saloon Bertelli est sûrement la plus lente des Aston martin d’avant-guerre : plus lourde que le Tourer à cause son toit, elle est motorisée par une petit 4 cylindres de 60ch qui lui permet d’atteindre les 105 km/h. Mais ce châssis I2/220 est surtout la seule survivante sur les 2 exemplaires produits en 1932. L’Aston Martin International a été produit entre 1929 et 1932, la plupart avec des carrosseries Bertelli (Augustus –Bert- Bertelli était le directeur technique et le designer d’Aston Martin entre 1926 et 1937). Une rareté donc ![7]

Juste après elle une autre Aston martin s’installe : la DB4 GT Zagato, avant qu’elle ne regagne son parking en attendant le début du Concorso le lendemain.

La suivante est l’Alfa Romeo Touring Superleggera Disco Volante Spider. A son volant son propre designer : Louis de Fabribeckers, designer chez Touring Superleggera. J’en profite pour le remercier pour sa grande disponibilité : chaque année il est aux petits soins avec nous les photographes, il ne compte pas son temps alors qu’on ne représente aucun intérêt commercial pour lui. Comme l’an dernier avec la Berlinetta Lusso Touring, il n’hésite pas à déplacer la voiture, s’arrêter dès qu’on fait une photo, nous demander si le placement convient, etc.

Basée sur l’Alfa Roméo 8C Competizione, la Disco Volante (soucoupe volante en italien), également proposée en Coupe se position comme une évocation moderne de la 1900 C52 Disco Volante de 1952, carrossée par Touring également. Un style unique, comme celle de 1952, elle nécessite pas moins de 4 mois de travail et 4000 heures car tout est fait main.

La dernière de la journée à se placer devant notre objectif est la toute dernière réalisation de Zagato en collaboration avec Aston Martin : l’Aston Martin Vanquish Zagato qui est la 5ème voiture créée par le partenariat Aston Martin – Zagato. Présentée en première mondiale lors de ce Concorso D’Eleganza Villa D’Este on retrouve évidemment le fameux « double-bubble » (la double bosse sur le toit), la signature de Zagato depuis le début des années 1950. Mais elle reprend aussi des éléments des différents modèles d’Aston Martin : des rétroviseurs dans l’esprit de ceux de la One-77, une partie arrière aérodynamique comme celle de la DB11, un intérieur mélangeant fine tradition et modernisme.[8] Autant parfois les créations de Zagato peuvent être discutables autant pour celle-ci je suis conquis !

Je trouve vraiment appréciable d’un point de vue amoureux d’automobiles de voir des carrossiers comme Zagato, Touring, etc proposer à notre époque des versions spéciales basées ou non sur des modèles existants comme c’était le cas et la coutume à l’époque, avec la production dite « body on frame » (carrosserie sur châssis), où à la différence de maintenant la production consistait à produire un châssis sur lequel ensuite on mettait la carrosserie de son choix. Quand on voit le nombre immense de ces versions spéciales, de carrossiers allemands, américains, anglais, belges, italiens, français, on les comptait par dizaines jusque dans les années 1950 avec l’apparition de la production dite monocoque où les voitures sont produites d’un seule tenant. Cela amenait une diversité folle, disparue ou presque aujourd’hui à mes yeux, même s’il existe les préparateurs. Mais comparer préparateurs et carrossiers c’est un autre débat, même s’il aurait matière à discuter. Heureusement il reste des maitres carrossiers « d’antan » comme Touring, Zagato, Pininfarina, Giugiaro, Bertone, etc. mais pour combien de disparus ? (Je pense aux carrossiers anglais notamment). En tout cas nul doute que ces Aston Martin Vanquish Zagato ou ces Alfa Roméo Touring Superleggera Disco Volante Spider auront leur place dans des Concours d’Elegance d’ici quoi, 50-60 ans ?

Fin de mon aparté nostalgique ! Et fin de la journée, un bon resto m’attends et une bonne nuit de sommeil car demain samedi debout 6H30.

Pourquoi si tôt ? Tout simplement car il faut être très tôt sur place avant d’être là quand les voitures se mettent en place généralement dès 7H15. Chaque classe du Concorso a son secteur et chaque auto a son propre emplacement numéroté.

L’ouverture officielle du Concorso D’Eleganza Villa D’Este est prévue à 10H00, même si en cette journée du samedi l’entrée est réservée aux participants, medias et invités, l’idéal est de faire le maximum de photos avant cette ouverture, cela donne de meilleurs clichés, et à partir de 10H00 on se contente de détails et de photos ambiance.

Me voilà donc à 7H20 sur place, les moteurs commencent à gronder depuis le parking de l’hôtel où dorment les voitures du Concours. Pendant que certains font briller les voitures, la Ferrari 250 Europa Coupé Vignale arrive dans la cour avant de s’installer dans les jardins à son emplacement.

Un accueil appréciable dès le matin, avec cette Ferrari 250 Europa Coupé Vignale, chassis 0295EU, et sa belle teinte rouge/violette. L’une des deux uniques exemplaires produits par Vignale (l’autre étant le chassis 0313EU, que j’avais vu au Concorso D’Eleganza Villa D’Este 2012. Exposée au Salon de Paris de 1953, elle se distingue par son arrière « fastback » caractéristique des réalisations de Vignale de cette époque. L’avant se compose d’une calandre avec une immense grille. La Ferrari 250 Europa Coupé Vignale abrite un V12 de 200ch.[9]

Les voitures s’installent les unes après les autres : Jaguar C-Type, l’Aston Martin International Saloon Bertelli, la Fiat 8V Zagato, la Facel Vega Facel II, l’Alfa Romeo RL Normale Farré Coupe de Ville. J’alterne les allées et venues entre le parvis de l’hôtel, le chemin qui passe derrière l’hôtel et les jardins, sorte de footing matinal !

A peine le temps de revenir des jardins par le haut que je tombe sur l’impressionnante Bugatti Vision Gran Turismo qui sort du parking : quel monstre !

Autre bonne surprise de cette année la présence de cette Pegaso Z-102 Enasa Berlinetta 1P dans une teinte verte originale. Pegaso est une marque que j’ai découvert à la Villa D’Este l’an dernier, en 2015. C’était un constructeur espagnol, issu de l’Empresa Nacional de Autocamiones Inc. (Enasa), que l’on peut traduire par “société publique de camions”. Enasa est connue pour avoir conçu et produit des poids-lourds. Mais c’était aussi une marque de voitures de sport et de prestige au travers de sa marque Pegaso et aussi en tant qu’héritière d’une autre marque espagnole célèbre : Hispano Suiza. Le gouvernement espagnol avait décidé de construire des camions et des bus pour lutter contre le manque de véhicules utilitaires et relancer l’économie au sortir de la deuxième guerre mondiale. Pour donner une image prestigieuse à la marque, il fut décidé de construire également des voitures de sport.[10] [11]

Seulement 4 furent construites par Enasa lors d’une pré-production en 1951. Première produite, notre Z-102 Enasa Berlinetta 1P ci-dessous commença sa vie en tant que cabriolet avant d’être convertie en Berlinetta.[12]

Ces Pegaso ont un design vraiment particulier qui ne me laisse pas indifférent. Je vous invite à découvrir la Pegsaso Z-102 BS 2.5 Cupula Coupe de l’an dernier : on aime ou on déteste mais elle a le mérite d’être atypique !

Changement de sujet avec la Classe F : Cars of the Stars – From the Silver Screen to the Studio Lot autrement dit les voitures de stars : du grand écran au studio. Dans cette classe on retrouve la Jaguar XK 120 Roadster châssis 670003 (ex Clark Gable, acteur américain), la Dual-Ghia Convertible, un modèle qui avait notamment pour client Franck Sinatra (chanteur américain), la Ferrari 330 GTC de Marcello Mastroianni (acteur italien), la Ferrari 275 GTB/4 ayant appartenu a Steve McQueen (acteur et pilote américain), et enfin la 365 GT4 Berlinetta Boxer Spider ayant appartenu à Clint Eastwood en 1977 qui la fera convertir en Spider.

Je reviens sur la Ferrari 275 GTB/4 ayant appartenu a Steve McQueen . Je l’avais vu à Monaco en mai 2014 lors du Grand Prix Historique, lors vente aux enchères RM Auctions. Elle faisait partie de l’avant-première pour les lots qui allaient être vendus à Monterey en aout. Steve McQueen l’a reçu pendant le tournage du film Bullit en 1967 avant d’être revendue à Guy Williams (un acteur qui a notamment incarné Zorro). Pilote et acteur mythique il n’en fallait pas plus pour faire grimper sa côte et atteindre des sommets lors de la vente RM Auctions de Monterey où elle a été adjugée à 10 175 000$ (9 131 047€) contre environ 3 200 000€ pour une standard.

Les voitures de la Classe C : “Sur Mesure et Haute Couture” – “Rarities for the Connoisseur” ont la place de choix : avec le majestueux Lac de Côme en arrière plan.

8H20. Les voitures continuent de se mettre en place quand arrive cet extra-terrestre : la Porsche 550 RS Spyder, châssis 550-0031 et son immense, démesuré, gigantesque aileron orange ! Elle est la propriété d’Ugo Gusalli Beretta, un descendant direct de Mastro Bartolomeo Beretta, le fondateur de la marque d’armes à feu Beretta. Les Porsche 550 Spyder ont été créées spécifiquement pour la course automobile, 78 ont été produites à partir de 1953. Vendue au pilote amateur Suisse Walter Ringgenberg elle fut ensuite confiée à un jeune ingénieur nommé Michael May qui se servira de ses compétences pour créer et monter un immense aileron afin de générer de l’appui aérodynamique. Ce fut l’une des premières voiture à se voir greffer ce type d’appendices. En 1955 elle atteignit la vitesse de 206,7 km/h, établissant alors un nouveau record mondial lors des 6 heures de Monthléry. Plus tard en 1956, lors des 1000 kms du Nurburgring, elle parvint à gagner plus de 4 secondes par rapport aux Porsche d’usine, ce qui eu le don d’agacer le chef de l’équipe Porsche Huschke von Hanstein qui fit bannir la 550 0031 de Michael May de la course. La raison officielle fut que « cela masquait la vue des concurrents se trouvant derrière ». Son aileron fut retiré jusqu’à ce qu’elle passa dans la collection d’Ugo Gusalli Beretta qui lui redonna sa configuration unique avec son aileron escamotable. Michael May lui-même inspecta la voiture et son fameux aileron et confirma qu’il fonctionnait de la même manière que 60 ans plus tôt.[13]

Autre rareté qui déboule sur les pelouses de la Villa D’Este : la Ferrari Testarossa Spider. Elle a été construite spécialement à Maranello à la demande de Gianni Agnelli en avril 1966, président de la multinationale Fiat. Pour l’anecdote sa teinte grise vient du tableau périodique des éléments où l’argent porte les initiales AG, comme celles d’Agnelli, Gianni. [14]

Une histoire qui fait grimper la note puisqu’elle s’est vendue 1 200 000€ à Ronald Stern en 2016 lors du salon Retromobile à Paris.

En parlant de Fiat, la 8V Supersonic passe derrière les jardins avant de s’installer sur la pelouse devant le Lac. Considérée comme faisant partie de la quintessence des voitures de sport italienne, la Fiat 8V vit le jour en 1952. Elle fut produite à 114 exemplaires, et certaines furent carrossées par les plus prestigieux : Zagato, Rapi, Vignale, et Ghia. Seulement 8 ont été fabriquées avec cette carrosserie Supersonic Ghia. Un look futuriste à l’époque, imaginez-la dans les rues en 1952 !

Cet exemplaire châssis 106*000040 est un des deux qui furent possédés par Lou Fageol. Fils du fondateur de Fageol Motors, un constructeur américain de bus, camions et tracteurs, Lou décida 1948 de racheter la Thorne Racer, une voiture de record de vitesse créée en 1938 qui ne dépassa jamais le stade de Prototype. Lou et ses frères Frank et William possédaient la Twin Coach Company, spécialisée dans la construction de pièces aéronautiques. Il modifia cette Thorne Racer avec ses connaissances dans le domaine et créa en 1948 la Fageol Supersonic, sur laquelle il plaça des sortes de rangées d’ailettes d’avions sur les pare-chocs avant et arrière. Pilote à ses heures, lorsque Fiat lança sa 8V Ghia « Supersonic » il fut surement attiré par l’appellation qui portait le même que sa Fageol. Mais là non plus il n’a pas pu s’empêcher de mettre sa griffe : il équipa donc cet exemplaire de pares-chocs avant et arrières à lames, à la façon ailettes d’aviations, le même style que celles qui ornaient sa Fageol Supersonic de 1948.

 

 

Intéressons-nous maintenant à la particulière Alfa Romeo Giulietta SZ Codatronca Zagato de Corrado Lopresto, le collectionneur italien qu’on ne présente plus. Il voue une attention particulière à ce que ses restaurations soient faites de manière authentique en conservant le plus de choses originales. Il présente donc une auto en deux parties : une brute comme était la voiture quand il l’a récupéré (partie grise à gauche), et une partie après restauration (partie blanche à droite). Certains parlent de provocation car ils voient cela comme un participant qui présente une auto à moitié « finie », je vois plutôt cela comme une belle illustration de l’avant/après. Je vous laisse imaginer le travail que cela représente.

9H30, je me dirige un peu du côté des Concept Cars et Prototype pour découvrir la BMW 2002 Hommage, dévoilée en première mondiale lors du Concorso D’Eleganza Villa D’Este. Comme son nom l’indique elle rend hommage à la BMW 2002 Turbo de 1973.

10H00 , la Villa D’Este va ouvrir au public, place aux détails et aux photos ambiance, c’est un des seuls moments pour le faire avant la parade à 14H30.

14H30, sous un soleil de plomb la parade commence. Chaque voiture va passer au bord du Lac, devant le restaurant et ses clients et finir devant le jury et les commentaires précieux de Simon Kidston, expert automobile et speaker de la Villa D’Este.

La parade se termine vers 17H40, toutes les voitures commencent à rentrer au parking, toutes sauf la Maserati A6GCS/53 Pininfarina Berlinetta qui reste paisiblement dans les jardins sous les yeux de son propriétaire (à la collection monégasque bien remplie). Je le comprends, c’est une véritable merveille… Une merveille récompensée par le jury puisqu’elle reçoit le Trofeo BMW Group Best Of Show (la voiture préférée du jury). Elle est plutôt très bien placée et seule sur la pelouse, un moment privilégié.

Cette Maserati A6GCS/53 Pininfarina Berlinetta, châssis 2059 est l’une des 4 produites en 1953. « A » en hommage à Alfieri Maserati (fondateur de la firme), « 6 » pour 6 cylindres en ligne, « G » pour « Ghisa » (la fonte) le matériau du bloc des premières A6, « CS » pour « Corsa » catégorie « Sport », « 53 » car crées en 1953. Cette magnifique berlinette à la calandre concave est le fruit d’une commande spéciale de l’agent Maserati de Rome de l’époque, Guglielmo Dei (d’où son inscription « Giugelmo Dei – Roma » sur la malle de coffre). Elle fut présentée au Salon De Paris de 1954 dans sa teinte rouge avec sa bande blanche et son saute vent en plexiglass.

Une grosse journée qui se termine, après environ 14 kilomètres à pied à faire des aller-retour sur les pelouses de la Villa D’Este. Il va falloir se reposer car demain le réveil va encore sonner à 6H30. Vacances vous avez dit ?

Le dimanche les voitures sont transférées de la Villa D’Este à la Villa Erba et son immense parc, situé à 800m de la Villa D’Este. Les voitures empruntent donc la route entre les deux lieux, l’occasion pour certains de se placer judicieusement sur les bords de la route. De mon côté si je me lève aussi tôt c’est pour pouvoir participer aux traditionnelles photos derrière la Villa Erba, face au Lac, devant les escaliers. Ce lieu vous rappelle peut-être quelque chose, non ? Indice : vous les avez vus à la télévision. Toujours pas ? Bon d’accord je vais vous épargner une réflexion inutile : il s’agit du lieu où a été entièrement tourné la publicité de 2014 pour Nespresso « How far would you go for a Nespresso? » avec Jean Dujardin et Georges Clooney. Ce dernier ayant d’ailleurs récemment acquis une villa sur les bords du lac, à 7 km de la Villa D’Este. Voilà pour le chapitre people !

6H59, l’Aston Martin Vanquish Zagato arrive, matinaux ces British ! Tant mieux pour nous, surtout quand la V8 Zagato vient se joindre à la fête ! 30 ans séparent ces deux créations de Zagato.

L’organisation est rodée : un des media attend les voitures vers l’entrée des jardins afin de les diriger vers les escaliers, la voiture se place et ensuite la meute de photographes mitraille chaque voiture dans un schéma rigoureux : profil et ¾ face à la Villa Erba, profil et ¾ avant face au Lac. Cela permet de ne gêner personne. Gare aux retardataires qui sont restés à la position précédente, généralement ils se font vite rappeler à l’ordre par les autres photographes !

Je fais un tour derrière car chaque année je reste aux escaliers et je passe à côté de certaines voitures qui se rendent directement sur la pelouse pour se placer et qui n’ont pas envie de se faire prendre en photo derrière la Villa Erba. Et bonne surprise l’Alpine Vision arrive et s’arrête. Hasard ou non la Renault Alpine A110 arrive plus ou moins en même temps, c’est LE moment qu’il fallait pour faire un cliché des des autos ensemble, environ 50 ans les séparent mais les lignes sont clairement reconnaissables sur l’Alpine Vision. Un Concept qui annonce la renaissance en fin d’année de l’Alpine d’antan.

Au moment de prendre en photo la magnifique Bugatti 57 SC Atalante derrière la Villa Erba, je me dis qu’il faudra vite aller de l’autre côté quand elle partira car elle passera obligatoirement devant la Bugatti Vision Gran Turismo. Là aussi c’est l’occasion de faire un joli duo, duo de 78 ans d’écart.

La Bugatti 57 SC Atalante est une des Bugatti les plus désirables de tout les temps. 17 exemplaires ont été fabriqués en 1937. Son 8 cylindres de 175ch lui permet de dépasser les 200km/h. Cet exemplaire, châssis 57523, s’est vendu à près de 8 000 000€ en 2013. L’actuel propriétaire Grec Kriton Lendoudis a poussé le clin d’œil jusqu’à la plaque, on peut difficilement faire mieux.

Quant à sa sœur moderne, la Bugatti Vision Gran Turismo elle est un Concept créé en 2015 pour le jeu vidéo Gran Turismo 6, elle préfigure aussi la remplaçante de la Bugatti Veyron : la Bugatti Chiron. Elle dispose d’un W16 8.0L gavé de 4 turbos, le tout développant 1650ch ! Aie !

Après les Bugatti, deux Zagato viennent clôturer les rituelles séances photos : l’Aston Martin DB4 GT Zagato et la Fiat 8V Zagato. Cette DB4 GTZ est l’un des rarissimes 19 exemplaires produits en 1960 après sa présentation au salon de Londres. Considérée comme l’Aston Martin GT la plus désirable de tous les temps les prix s’envolent lors des ventes aux enchères: 12 725 816 € pour la dernière vendue en décembre 2015 à New York… Elle est aujourd’hui celle par laquelle tout a commencé puisqu’elle marquera le début d’une longue série de modèles créés entre Aston Martin et Zagato (8 au total à l’heure actuelle en 2016, le dernier étant la Vanquish Zagato). Elle est immédiatement reconnaissable avec sa double bosse sur le toit appelée « double-bubble » (la double bulle en anglais). Originellement créée pour les pilotes et la place nécessaire à leurs casques tout en conservant des performances de premier ordre, cette particularité deviendra la marque de fabrique des modèles du carrossier milanais Zagato.[15]

Autre création de Zagato, cette Fiat 8V Zagato. Je vous ai parlé plus haut de la Fiat 8V, considérée comme faisant partie de la quintessence des voitures de sport italiennes les 8V virent le jour en 1952. Elles furent produites à 114 exemplaires, et certaines furent carrossées par les plus prestigieux : Rapi, Vignale, Ghia, et Zagato. Seulement une trentaine ont été fabriquées avec cette carrosserie Zagato sur laquelle on retrouve aussi le fameux « double-bubble ».

Les autres participants arrivent les uns après les autres.

Pour finir, comme la veille à la Villa D’Este, elles se placent sur la pelouse immense de la Villa Erba avant l’ouverture générale au public à 9H30, synonyme de fin de travail pour moi : le monde dans le parc rendant toute photo presque impossible, sauf si on cherche à rendre compte de l’ambiance globale.

Une parade se déroule aussi le dimanche à 14H30 mais avec l’accès public difficile d’en sortir des photos propres. Et puis les deux précédentes journées sont généralement assez riches comme vous avez pu le constater que cela ne s’avère plus tellement nécessaire.

J’en profite pour me reposer un peu avant de prendre la route vers 11H30. Cette année encore le plateau était exceptionnel, et le beau temps au rendez-vous du début à la fin !

Ciao et à l’an prochain ! Arrivederci !

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Toutes les photos du Concorso D’Eleganza Villa d’Este 2016 :

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