L’Alpine A110 était sans doute la sportive française la plus attendue, tant les défis à relever étaient grands. Nous avons enfin pu en prendre le volant, et on regrette vraiment de l’avoir rendu !

C’est par le biais d’une invitation du Groupe Schumacher, important réseau de concessions dans l’ouest parisien (et même bien au delà) que nous avons pu avoir un premier contact avec la vedette de l’année : la nouvelle Alpine A110.

La journée s’annonce radieuse sur le circuit de Dreux. Grand soleil, température parfaite, piste sèche, de quoi profiter pleinement du petit coupé à moteur central. Dès l’arrivée sur place, le ton est donné : une dizaine de berlinettes sont étalées à l’entrée du circuit. Principalement bleues, mais aussi quelques exemplaires en blanc ou noir. Pour des couleurs plus flashys, il faudra attendre encore un peu paraît-il (même si en fait bleu, c’est bien).

 

Tout aussi intéressant, et une des très bonnes surprises du jour : une très jolie brochette d’Alpine anciennes est également présente. Ce sont des voitures clients, mais pour la plupart dans un état de conservation méticuleux. A110, A110 Gr. 4, A310, A610 et même une GTA Le Mans, parfaite dans ce sublime coloris bordeaux. C’est l’occasion rêvée de comparer les deux berlinettes côté à côte.

La filiation est évidente : la silhouette est basse et étirée, les porte à faux courts, une vraie petite boule de nerf. L’inspiration (ou l’hommage) est poussé jusque dans les moindres détails : la ligne de caisse sur les flancs s’achevant sur le passage de roue est identique, de même que les bossages sur le capot et le bouclier avant. Alors simple effets de style rétro design ? Non, plutôt des rappels, des évocations marquées, des hommages qui ne tournent pas à la caricature.

La nouvelle berlinette est plus encombrante que l’ancienne et toute la partie arrière, depuis la custode, a sa personnalité propre. Les projets autour de la résurrection d’Alpine se sont succédé pendant plusieurs années avant d’aboutir à la version actuelle et si je regrette personnellement que l’A110-50 n’ait pas été retenue, je pense que nous n’avons pas forcément perdu au change avec ce dessin, qui vieillira probablement bien mieux.

Dans l’habitacle, l’ambiance est sportive et austère. Tout de noir vêtu, il n’incite pas forcément à la franche rigolade. Ce n’est d’ailleurs pas ce qu’on attend d’une sportive, mais en dehors des surpiqûres bleues, difficile de trouver de la couleur. Ah si : le gros bouton rouge sur le volant, pour passer en mode “piste”, et un drapeau tricolore sur la contre-porte de cette Première Edition. La position de conduite dans les superbes baquets en tissu quadrillé est par contre parfaite. Le “pilote” (oui, on est tous des pilotes dans la tête au volant d’une Alpine, même à 80 sur une départementale) trouvera rapidement ses repères.

Le volant cuir à jante épaisse tient bien en main, les palettes sont facilement accessibles du bout des doigts. Si l’habitacle est clairement fonctionnel et plutôt pratique, je suis plus mesuré sur certains détails de finition : la platine de chauffage tirée d’un Captur a déjà fait parler d’elle, de même que les commodos qui semblent venir d’une Clio. Va pour les économies d’échelle, mais pas forcément sur ce qui se voit ! Un habitacle de Porsche Cayman semble autrement plus qualitatif (mais sensiblement plus cher, il est vrai). Si on oublie cet air de déjà vu sur quelques accessoires, l’ensemble est plaisant et homogène avec des détails sympas comme cet impressionnant cale-pieds en alu pour le passager ou les jolis aérateurs.

C’est pas tout ça : moteur ! Dans mon dos, un 4 cylindres turbo de 1,8 litre. Motorisation jugée roturière car tirée d’un modèle de grande série. On le retrouve même dans une version légèrement dégonflée sous le capot de la Renault Espace. C’est quand même oublier bien vite que l’A110 des années 60 disposait déjà d’un bon vieux bloc Cléon-fonte et que les Lotus sont vaillamment propulsées par des blocs Toyota. La “noblesse” moteur est donc un concept tout relatif. Double pression sur le bouton de démarrage.

Un vroup-vroup encourageant sort de l’échappement. Départ pour quelques tours de circuit, en douceur d’abord pour reconnaître le terrain et comprendre la voiture. Cette phase d’adaptation se déroule pourtant très vite, tant l’A110 est facile à prendre en main. Je m’y suis senti tout de suite à l’aise et surtout elle donne envie de piloter et de s’amuser. Ergonomie sans faille et position de conduite parfaite ne suffisent pas toujours forcément à garantir le plaisir de conduire. Il se trouve qu’Alpine a un petit secret : un châssis ultra léger (1080 kg tout juste) et un extraordinaire équilibre. Je suis loin d’être un grand pilote et le talon-pointe reste un mystère nébuleux pour moi, mais cette A110 se manie avec justesse du bout des doigts.

La direction est extraordinairement précise, permettant de placer la voiture au plus juste sur sa trajectoire tout en prenant très peu de roulis. Le moteur est très linéaire, monte assez vite dans les tours avec une bonne progressivité. Pas d’effet coup de pied au c*l brutal d’un turbo, mais malgré tout de la vivacité. La boîte EDC 7 rapports est bien étagée, même si la configuration du circuit ne m’a pas permis d’aller au delà de la 5ème. Elle pêche un tout petit peu pour ce qui est de la vitesse des passages, il y a encore matière à optimiser ce point sur une éventuelle version plus pointue.

Chaque passage de rapport me gratifie d’un très jouissif VROUP provenant de l’échappement. Ici, pas de son artificiel envoyé dans les hauts parleurs, mais une petite sonorité bien travaillée, sympa à entendre aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. J’en suis presque à vouloir changer de rapport juste pour le bruit. Seul point qui m’a laissé un peu sur ma faim : le freinage qui manque de mordant. Je n’ai jamais été trop court sur les freinages appuyés en bout de ligne droite, mais il manque nettement de sensations pour être tout à fait serein dans l’exercice.

Au volant, l’Alpine se joue des virages, ou plutôt c’est vous qui jouez avec les virages. La ligne droite c’est l’ennui, vive la courbe ! Profitant de son poids plume, je la jette dans les virolos avec grand plaisir. L’Alpine, c’est la voiture qui fait sourire ! Comparée à une Porsche Cayman que j’ai déjà conduite, la différence est assez nette : là où l’allemande, plus lourde mais plus puissante passe comme à la parade sans forcément transmettre beaucoup d’émotions, l’Alpine est peut être un peu moins rigoureuse, mais tellement plus communicative et enjouée. Il faudrait vraiment la tester de manière plus approfondie pour se faire une idée définitive, mais il semble bien qu’Alpine ait clairement réussi son coup, tant cette berlinette nouvelle version est homogène et, surtout plaisante et facile à conduire.

N’importe qui doit être capable de s’amuser à son volant. Dans le climat autophobe actuel, c’est quand même un beau défi qu’Alpine a relevé ! Quant à la puissance du moteur, elle est largement suffisante. Les esprits chagrins (les mêmes qui évoquent le manque de “noblesse” du moteur) se plaignent que “252 ch c’est pas assez par rapport à la concurrence”. Sincèrement, à quoi cela sert-il ? Juste afficher un chiffre sur une fiche technique ? 252 ch c’est très largement suffisant sur une voiture aussi légère et joueuse, croyez moi, et l’Alpine se permet aussi le luxe d’être confortable et utilisable au quotidien. Message personnel : ma ptite Alpine, j’espère bien qu’on va se revoir vite, on a encore des choses à se dire ! Et si ça se trouve, tu es capable de faire repousser les cheveux et de me faire perdre quelques kilos disgracieux. Une vraie cure de jouvence !

La gamme Alpine est visible dans le nouveau centre Alpine Mantes-Le-Vexin, idéalement situé à proximité de jolies petites routes sinueuses. Toute coïncidence ne peut être que fortuite.

Je remercie naturellement Edouard Schumacher et toute son équipe pour l’invitation et Vincent pour sa grande disponibilité (et sa patience !).

Crédits photos : Régis Krol