Certaines voitures sont attendues, espérées, certaines voitures sont des surprises totales et certaines voitures sont espérées depuis des années, entre impatience des fans et spéculations sur les caractéristiques et le dessin du modèle attendu. C’est peu dire que cette McLaren Speedtail a été l’objet de longues et intenses spéculations, bien aidée par un teasing au long terme de la marque britannique, initié en novembre 2016.

La nouvelle icône de l’automobile sportive d’outre-manche est désormais publique, après 2 longues années d’attente. Revue de détails de la star.

La Speedtail, ancien nom de code BP23, a été annoncée il y a déjà plusieurs mois par McLaren. Contrairement à la Senna qui se voulait une héritière indirecte de la P1, la Speedtail est placée de manière directe et franche comme la descendante de la F1. La pression est donc forte, très forte… La F1, pour ceux qui n’auraient jamais rien lu sur le monde des supercars depuis ces 25 dernières années, c’est celle qui a ouvert à la voie à ce qu’on l’on nomme de nos jours, les hypercars. Vendue 1 000 000 de dollars US au début des années 90, son moteur V12 BMW délivre 610 chevaux dans la version de base, 650 chevaux dans sa version LM et nettement moins dans la version GTR, bride oblige, mais cela ne l’a pas empêchée de remporter les 24 Heures du Mans lors de sa première participation (et la 3e, 4e et 5e place aussi d’ailleurs). Après une traversée du désert au début des années 2000 (il y avait quelques affaires à faire), les collectionneurs se sont rendus compte, enfin, de tout ce que cette voiture a apporté. De nos jours, les 106 exemplaires s’échangent entre 10 et 20 millions de dollars pièce. Si vous êtes curieux, un essai sur le sujet est toujours disponible sur le blog.

Les grandes lignes étaient déjà connues :  106 exemplaires, tous déjà vendus, 3 places de front avec le pilote au milieu, plus de 1000 chevaux délivrés par un bloc hybride, vitesse maximale au delà de 391 km/h (243 mph) afin de battre le record de la F1 (qui tient toujours s’agissant des moteurs atmosphériques), ligne fluide se démarquant très nettement des choix de la Senna, une production qui débutera fin 2019.

La Speedtail avait dès le départ un objectif précis : reprendre la place de Numéro 1 du petit monde des supercars en réussissant la difficile synthèse entre efficacité, performances et beauté du dessin. Compte tenu de la filiation assumée décrite il y a quelques instants, c’était la moindre des choses. À trop chercher le premier critère, l’efficacité sur circuit, les constructeurs nous ont en effet gratifiés de quelques modèles pour le moins discutables en termes de style (Senna, Divo, One, Valkyrie pour les « sérieux », Apollo IE pour les « à confirmer »).

Rien de tout cela avec la Speedtail. La ligne est particulièrement fluide, étirée, héritage direct de la F1 GT dite « Longtail ». De face, le style McLaren est évident, déclinaison affinée de la 720S. Les phares perdent les prises d’air si décriées pour un trait plus conventionnel et une probable moindre résistance à haute vitesse. Les ailes sont relativement peu prononcées, que ce soit à l’avant ou à l’arrière. Il en ressort une petite impression gracile, un peu fade. C’est toujours une question de finesse aérodynamique, qui guide décidément tout trait posé sur le châssis. Difficile de faire l’impasse sur les roues avant à jantes lenticulaires. C’est probablement le détail le plus inattendu : je n’ose pas imaginer la version client pourvue de ces assiettes toutes noires. Je m’adresse donc aux 106 heureux : pas de blague, du bon goût Messieurs Dames.

Le profil est long, très long, 5m13 exactement, soit une bonne Mercedes S Limousine. Le porte à faux arrière paraît démesuré. Il a pour fonction première de guider l’écoulement de l’air et de réduire les perturbations aérodynamiques. On retrouve ici des fondamentaux de l’aéro déjà expérimentés avant la seconde guerre mondiale par de nombreux constructeurs (Mercedes W125) et que l’on a retrouvé tout au long des concepts-cars des dernières décennies (Corvette Indy Concept, Oldsmobile Aerotech, Isdera Commendatore : merci mes amis FB pour les références, il y a en plein d’autres). On notera l’absence un peu perturbante de rétroviseurs, remplacés par des cameras dont l’image est projetée sur 2 écrans placés au pied des montants du pare-brise. Caméras qui sont d’ailleurs rétractables pour réduire la résistance (encore et toujours).

La vision de 3/4 arrière est la plus équilibrée, aplatissant le porte-à-faux, équilibrant les proportions.

A l’arrière, pour les amateurs de comparaisons, on retrouve un peu de la Koenigsegg Regera avec une queue coupée net par un petit becquet mais très fine et des petits feux horizontaux placés juste en dessous. Le becquet est mobile mais en utilisant une technologie qui me paraît totalement inédite : exit les vérins qui lèvent un panneau indépendant articulé et bonjour la carrosserie pliante ! C’est en effet bien le carbone qui se plie. On imagine les ingénieurs s’acharner à trouver la bonne formule entre flexibilité, rigidité et solidité du dispositif. C’est extrêmement élégant et supprime toute perturbation créée par la ligne de démarcation entre des pièces séparées. Le reste est constitué du diffuseur, bien nécessaire pour plaquer la voiture au sol en l’absence de tout aileron pour mettre du poids à l’arrière.

C’est vue de haut que la voiture est la plus belle à mon avis. Elle ne s’offrira que rarement ainsi à nos yeux mais la bulle de l’habitable se pose élégamment sur la carrosserie avec une nouvelle fois cette impression de fluidité maximale. La Speedtail prend tout son sens sous cet angle en occultant le positionnement particulier de son essieu arrière. On voit presque l’air s’écouler depuis le capot avant, enserrant doucement l’habitacle pour finir sa course vers la queue de l’auto sans avoir opposé la moindre résistance et ayant alimenté le moteur en air frais au passage grâce aux prises d’air dérivées de la 720S.

Essayer de regarder l’auto de profil en masquant l’avant ou l’arrière, juste au niveau des essieux : l’effet est saisissant. Le dessin gagne en pureté et vous prolongerez sans même y penser la partie manquante à la « bonne » taille. C’est d’autant plus intéressant lorsque c’est l’avant que vous imaginerez.

Le coup de cœur n’est pas évident au premier regard comme il le fut pour l’Aston Martin DBS Superleggera. En revanche, en sortant des canons de la mode, la Speedtail s’offre une capacité à bien vieillir que ses consœurs subiront invariablement. On parle beaucoup de XJ220, la supercar maudite de Jaguar. C’est assez vrai dans son format de très grande voiture toute en finesse et dans le dessin des jantes avant, c’est assez faux pour tout le reste. La XJ220 a très bien vieilli (elle a plus de 30 ans désormais), souhaitons à la Speedtail le même destin quant à sa ligne.

Mais bon, le style pur n’intéresse que ceux qui contemplent. Si la voiture est ainsi faite, c’est pour aller chercher une vitesse de pointe au-delà des 400km/h (403 pour être précis) avec une mécanique hybride dont la puissance maximale est bien inférieure à celle de ses concurrentes : Agera RS, Regera, Chiron.

Pour cela, elle peut compter sur le V8 de 4 litres qui équipe déjà la 720S. Il reçoit l’appoint d’un moteur électrique pour une puissance totale de 1050 chevaux. Côté accélération, ça ira : 12.8 secondes pour atteindre 300km/h. Pour rappel, la P1 et ses 916 chevaux met 16.5 secondes sur le même exercice. Ce bloc propulseur n’a que 1430kg (à vide) à déplacer, McLaren fait de nouveau dans la légèreté, l’un de ses secrets. La marque promet une expérience de conduite inédite : on ne sait si elle saura enchaîner les virages en montagne (vu l’encombrement, c’est peu probable) mais McLaren sait y faire en terme de direction et de précision de conduite, nous pourrions être surpris.

À l’intérieur, on retrouve, sans surprise cette fois, un habitacle typique de la marque : très simple, très sobre, très pur. De fins sièges baquets entourent celui du pilote qui dispose d’une instrumentation largement inspirée des autres McLaren. On retrouve même quelques commandes sur le plafond, comme pour la Senna ou la Lamborghini Miura. L’habitacle est très lumineux grâce aux vitres latérales qui remontent largement sur le toit. Le verre peut foncer à la demande pour plus de confort des 3 occupants. Elle dispose de 2 coffres, un à l’avant, l’autre à l’arrière. La Speedtail est une voiture qui pourra rouler, pour de vrai, n’oubliant pas l’aspect pratique (suivez mon regard vers les 11 litres de la Ford GT 2016). Tout, absolument tout est en carbone.

La voiture est en cours de fabrication, son prix HT est de 1.75M£ soit environ 1.970M€. Comptez donc 2.366M€ si un client français fait partie des 106 chanceux, sans les options MSO dont la liste est théoriquement infinie. Les premières livraisons sont confirmées pour début 2020.

Crédit photos : McLaren Automotive, Pierre Clémence