Malgré un essoufflement notable du marché des compactes face à la déferlante de SUV urbains chez l’ensemble des constructeurs, il est un segment qui sait garder une certaine clientèle fidèle, celui des compactes sportives. Entre lutte acharnée pour le record du tour sur la Nordschleife, course à la puissance chez certains pour dépasser les 300 ch ou choix essentiel entre 2 ou 4 roues motrices, chaque constructeur apporte sa pierre à l’édifice et propose sa propre vision de ce que doit être une compacte sportive. Décryptage de la version re-visitée de l’Audi S3, millésime 2017 fort de 310 ch.

Qu’on se le dise, que ce soit au niveau du style général, des options ou encore de l’équipement et infotainment, aucune différence entre la nouvelle S3 et l’Audi A3 2017 que je vous présentais il y a tout juste un an en avant première, sur la merveilleuse île de Madère (impressions à retrouver ici).
Les lignes extérieures reprennent avec brio les codes initiés par la nouvelle Audi A4, à savoir des optiques aux arrêtes saillantes et une calandre hexagonale noire incluse dans le pack design noir titane Audi Exclusive (facturé à 605 € et incluant le contour de calandre, le diffuseur arrière et les cerclages de vitres latérales). Pack à mes yeux indispensable essentiellement pour le diffuseur dont la couleur d’origine gris aluminium ne se marie pas avec toutes les teintes proposées au catalogue, tandis que le noir, c’est universel !
Et la teinte mes amis, quel excellent choix. Entre un effet satin dans l’obscurité et un effet éclatant, paillettes au soleil, le Bleu Ara (facturé 1200 € tout de même) vient remplacer au catalogue le fameux Bleu Sepang caractéristique de la gamme S et RS auparavant. J’aurais personnellement opté pour le Jaune Vegas, mais estimons nous heureux d’avoir échappé au gris, on veut de la couleur bordel !

Toutefois, l’Audi S3 n’est pas pour autant exubérante : double-sortie d’échappement de part et d’autre à l’arrière de la voiture, discrets monogrammes S3 sur la calandre et la malle, étriers de freins peints en rouge, et c’en est fini. À sa manière, la S3 cultive l’art de la discrétion comme les deux générations précédentes, au diffuseur arrière près, sûrement ce qui aura mis la puce à l’oreille à cette fameuse Megane 3 RS blanche qui tenait à manger de l’anneau sur un petit tracé amusant (vous voulez en savoir plus ? Il va falloir continuer à lire l’article…).

L’intérêt de la S3 par rapport à une A3 TFSI 190 réside bien évidemment sous le capot, et quelle que soit la carrosserie (2, 3, 4 ou 5 portes), elle adopte le même 4 cylindres 2.0 L biturbo développant 310 ch, soit 10 chevaux de plus depuis le facelift. Pas une révolution certes, mais une évolution quasi-nécessaire, une sorte de justification du changement aussi petit soit-il. 400 Nm de couple, un 0 à 100 km/h abattu en 4,6 secondes notamment grâce à une boîte automatique double embrayage DSG à 7 rapports, le tout aidé par l’incontournable système quattro associé au drive sélect inauguré sur la troisième génération de TT.

Technologiquement parlant, pas de nouveauté non plus si ce n’est l’intégration comme le reste de la gamme A3 du fameux Virtual Cockpit qui je ne cesse de le répéter, associé à CarPlay et au MMI Navigation Plus, constitue pour moi le meilleur système d’infotainment aujourd’hui en production, à deux détails près :
– Il faut obligatoirement brancher son iPhone si l’on veut accéder à l’interface CarPlay, ce qui dans un monde « sans fil » comme le prône Apple actuellement est idiot, d’autant que ma S3 du moment était équipée d’Audi Phone Box pour le rechargement par induction, ce qui me convenait à merveille pour éviter de laisser trainer un fil (iPhone, 8, 8 Plus et X). Vivement le CarPlay sans fil chez Audi !
– Avec CarPlay activé, aucun moyen d’accéder à l’interface « médias » (musique entre autres) depuis le tableau de bord, je dois obligatoirement le désactiver et connecter mon téléphone en Bluetooth.

Sur la route on a bien évidemment le droit à l’armada d’aides à la conduite habituelles : Audi side assist & active lane assist, Audi pre sense front couplé à l’adaptive cruise control, caméra de reculs et radars avant/arrière. C’est du vu, revu, re-revu et déjà expérimenté.

MAIS c’est ce qui permet en grande partie de différencier l’Audi de la concurrence : CarPlay, MMI Navigation Plus, système quattro, aides à la conduite en tous genres, drive select, on est très loin de l’image originelle que l’on se faisait d’une compacte sportive où importait seulement de mêler le gabarit d’une voiture pratique à un châssis et un moteur sportifs pour en faire le mix parfait entre usage daily et terreur des petites routes de campagne le week-end. Le besoin a évolué et Audi propose une copie en ligne avec son époque.

Côté pratique : je crois qu’on est bon. Mais le côté sportif ? Sur le papier, les chiffres présentés ci-dessus semblent alléchants. Mais il y en a un que j’ai omis de préciser : 1505. 1505 kg oui, ça commence à faire pour une compacte. À titre de comparaison, la 308 GTi en affiche 300 de moins sur la balance. Toutefois, sur le 0 à 100 km/h, la S3 prend allègrement le lead de la catégorie avec 4,6 secondes affichées au chrono. Je vous propose donc un petit zoom d’information sur le positionnement de la S3 et de la concurrence en termes de performances (chiffres constructeur) :

Je m’adresse maintenant aux détracteurs d’Audi qui n’auront retenu que deux choses : le prix et le rapport poids/puissance, tous deux en nette défaveur des anneaux. Oui mais voilà, cette S3 version 2017 inaugure une nouvelle génération de Quattro qui, associé à la merveilleuse boite S-Tronic à 7 rapports, promet de fournir le meilleur du petit moteur 2,0 L. Il fallait bien ça pour faire passer le couple (camionesque ou dieselesque, au choix) de 400 Nm au sol. Un camion ? C’est un peu ce qui venait à l’esprit de mon cher ami Gilles lorsque je lui remémore les débuts d’Audi Sport et de la RS2 « c’est tout simplement le camion le plus rapide que j’ai conduit ». Point d’inquiétude Gilles, Audi évolue avec son temps et permet à tout un chacun de devenir dompteur de chevaux sauvages en un rien de temps (ah, c’est peut-être justement là son inquiétude tout compte fait).
Un rodéo ? Loin de là, la démocratisation de la puissance n’a jamais si bien pris tout son sens. Un concours hippique de dressage plutôt, duquel résulte une danse tout à fait fluide voire élégante. De quoi transformer Sylvester Stallone en Scarlett Johansson, qui se bat beaucoup j’en conviens, mais avec ce petit truc en plus qui fait que vous restez scotché à l’écran, et pas pour les mêmes raisons…

Scotché à l’écran, c’est aussi ce qu’un de mes camarades rédacteurs a reproché au Virtual Cockpit tant il le trouvait divertissant. Toutefois ce qui m’intéresse moi, c’est que cette S3 reste scotchée à la route. Scotché au siège dès la première accélération, qui a de quoi surprendre les usagers qui en resteront eux aussi (vous avez deviné ?)…oui oui, scotchés ! Le comique de répétition ça va un moment. On reprochait jusqu’à maintenant le caractère sous-vireur des Audi en général. Entre un Quattro Haldex typé traction et un poids conséquent, l’entrée en courbe ne pouvait être qu’une catastrophe.
Détrompez-vous !

On en revient enfin à la Mégane dont je vous parlais il y a quelques lignes. Je la vois toute frétillante, déboîtant dans mon rétroviseur à l’entrée d’un enchaînement sinueux mais rapide que je connais bien, mettant à rude épreuve la motricité en sortie de courbe. Un petit signe amical indique que cette fois « il faut y aller ». Les 310 ch me donnent un très net avantage à l’accélération, et à l’approche du premier droite serré, freinage dégressif sans un seul mouvement de caisse intempestif, j’attaque le virage à la corde et pied au plancher à la sortie avec – devinez quoi – un train arrière légèrement joueur qui me force à contre-braquer de pratiquement 30° pour remettre la S3 dans la trajectoire. Ce qu’elle veut maintenant ce n’est plus de la ligne droite et de l’autobahn à n’en plus finir, maintenant elle veut du sinueux !
Les Audi de série n’ont pourtant jamais eu leur réputation comme jouets de trackdays, mais la copie revue de cette nouvelle S3 change la donne et ajoute une corde à son arc. Notre BMiste de la bande pourra confirmer (cc Ugo), on peut prendre son pied avec une Audi !
Ce constat fait, ma S3 du moment devient imbattable sur la fin du parcours. Le Quattro apporte ce qu’il faut de motricité pour faire pivoter la voiture vers l’intérieur du virage tandis qu’il maintient aisément la trajectoire dans de larges courbes, même pied au plancher. Le résultat me fait tout bonnement repenser à la merveilleuse 308 GTi, sauf que cette fois-ci, je sens bien sous mon fessier que c’est le train arrière qui fait le gros du travail pour éliminer le sous-virage et non la répartition du couple entre les deux roues avant (bien que ce soit aussi le cas). La Mégane se fait si petite dans le rétroviseur que je décide enfin de ralentir (mais qu’est ce qui m’a pris ?!), pour la retrouver à mes côtés quelques centaines de mètres plus loin, ses occupants bouches-bées et leurs mains applaudissantes entrecoupés de pouces levés : la S3 a fait forte impression.
Qu’on se le dise, j’ai eu l’occasion de prendre en main tout récemment une Mégane RS 275, et bien que la S3 soit efficace, la Mégane reste à ce jour pour moi une référence en termes de sportivité et de sensations conduit parmi les compactes aux hormones. Nous aurons sans doute l’occasion d’y revenir en 2018…

Comment conclure sur une telle polyvalence ?
La S3, c’est un peu le Dieu multi-faces dans Game Of Thrones : le Drive Select est là pour s’adapter aux traits (ou plutôt au tracé) de n’importe quelle route et/ou conducteur existant. Est-ce que cette Audi m’a plu ? Indéniablement oui. Un condensé d’équilibre de comportement, de souplesse de conduite, de choix d’équipement pléthorique et un soupçon de plaisir. Est-ce que j’en achèterais une (supposez que j’en ai les moyens) ? Définitivement non. C’est tellement facile que deux solutions vont très vite apparaître :
1/ La perte de mon permis à répétition.
2/ Un excès de confiance conduisant à une sortie de route qui saura s’avérer brutale, sans nul doute.
Je ne veux pas choisir.

Un grand merci à Audi France pour ce prêt longue durée et à Florian pour sa disponibilité habituelle.

Crédits Photos : Ugo Missana