Essai Infiniti Q50 Hybrid - Photos

Première voie d’insertion, j’écrase l’accélérateur, et je me vois catapulté tout au bout de celle-ci en un instant. Le ton est donné. L’essai de l’Infiniti Q50 S Hybrid millésime 2018 devrait être mouvementé !

Une berline séduisante

Mais commençons déjà par sa petite bouille de japonaise. Alors que j’aime beaucoup les dernières productions du constructeur (Q30 et Q60 notamment), je ne me serais pas particulièrement retourné au passage d’une Q50. Elle est au premier coup d’œil assez passe-partout. Mais devant mes yeux pendant plusieurs jours, elle a fini par m’envouter. Je me rends compte qu’elle est franchement longue, prêt de 4m80. Et surtout, sa face avant est terriblement agressive dans cette finition Sport Tech, offrant un pare-chocs plus large et plus travaillé. Les touches de chrome et les grosses jantes de 19″ accroissent encore ce côté ce sportif, et les deux gros pots d’échappements non factices renforcent eux-aussi cette sensation de mangeuse de bitume. Avec sa ravissante couleur (Iridium Blue à 1000 €) et une jolie signature lumineuse elle a au final tout pour plaire, notamment pour une clientèle qui résiste à l’avènement du SUV.

Une berline écolo (ou pas…)

Même si le titre de l’article vous a mis la puce à l’oreille, au cas où vous auriez atterri là uniquement grâce au mot clé « Hybride », passez tout de suite à l’article suivant. Ce n’est vraiment pas une voiture économique ou écologique, le moteur hybride est simplement là pour décupler la puissance. Avec 546 Nm de couple, c’est quand même 71 Nm de plus que le V6 de 405 ch, et une puissance cumulée de 364 ch, les accélérations sont assez impressionnantes, et sans aucun à-coup. J’en viens à me demander si les premiers mètres ne sont pas plus rapides qu’avec la Maserati Ghibli S Q4 essayée quelques mois auparavant, c’est dire les sensations à son volant ! Dommage, les vocalises ne sont pas du tout aussi magiques, c’est rauque mais ça manque de caractère et d’éclat.

Le 0 à 100 km/h effectué en 5,4 s et la vitesse de pointe de 250 km/h atteinte en à peine 40 secondes font de la Q50 S Hybrid une voiture au tempérament sportif, on attend donc un comportement exemplaire. Malheureusement ce n’est pas le cas sur tous les aspects. Le freinage est tout d’abord aux abonnés absents – bon il ne vous mettra pas en danger au quotidien mais il manque de mordant – et la direction électronique rend invisibles toutes les informations de la route. Même si on sent qu’il y a du très beau travail sur la tenue de route et le maintien sur les rails, elle se montre trop peu communicative et bien trop souple. Grosse qualité lorsqu’il s’agit de manœuvrer ou de se faufiler en ville, d’autant plus que malgré sa taille on la prend facilement en main, mais beaucoup moins agréable lorsqu’on veut arsouiller sur des petites routes sinueuses. Elle s’inscrit parfaitement en courbe et enroule le virage sans broncher mais dans le flou total pour le conducteur, question d’habitude peut-être…

Par contre, les passages de rapport sont eux, en toute circonstance, invisibles. Ça manque alors de quelques coups de pied au cul, c’est très lisse, mais la poussée est franche : elle nous offre une sensation de conduite assez inédite. Avec près de 2000 km à son volant, si je devais faire ressortir un défaut à cette BVA 7 j’évoquerais le petit temps de latence au moment des relances, qui elles par contre, sont fulgurantes (merci le moteur électrique !). Aussi, grâce à une position de conduite optimale et sportive, associé à des sièges au maintien idéal, on est prêt à enquiller des kilomètres sans effort. Que ce soit sur route ou autoroute elle s’avère être très confortable et stable, on regrette simplement les bruits de vent trop présents dans l’habitacle. Mais les suspensions sont suffisamment fermes pour ne pas qu’elle s’écrase trop sur ses appuis et les 4 roues motrices très permissives nous procure un sentiment de dynamisme et de confiance en toute situation. Ces quelques très bons points font ainsi vite oublier les défauts vus un peu plus haut.

Une berline austère (j’exagère !)

Un sous-titre ouvertement « provocateur » car je commence à me lasser de grimper dans des voitures sans un « whaou » qui sort de ma bouche. C’est souvent bien trop classique, et bien trop noir surtout. Heureusement ici, quelques touches d’alu, de chrome et un plafonnier clair viennent illuminer l’ensemble, bien aidé par le petit toit ouvrant. Mais l’ensemble n’arrive pas totalement à me séduire. C’est franchement bien fini, la qualité des matériaux est là, il n’y a pas une multitude de boutons, mais non… vraiment, pas de coup de cœur.

En terme d’habitabilité, à l’avant rien à redire, mais malgré la plaque germanique, la voiture n’est pas du tout prévue pour des allemands réputés grands. Il y a en fait un manque de place flagrant à l’arrière, au niveau des jambes et de la tête. En plus, à cause du système hybride elle se voit amputé de 100 l de coffre (400 l) et 10 l de réservoir (70 l), mais greffé de 120 kg supplémentaires (passant de 1819 kg à 1936 kg). Et en plus, on dit au revoir à la banquette rabattable. Tout ça c’est bien dommage pour une grande berline familiale.

Mais cette fois-ci grâce à l’hybridation, mon expérience de conso est la suivante : en étant prudent avec l’accélérateur il est possible d’être à 7 l/100 sur des routes secondaires. Tablez sur du 8/8,5 l aux 100 à 130 km/h. En ville cela peut parfois facilement dépasser les 10 l/100 et évidemment en conduite sportive le chiffre s’affole. Mais à ce niveau de puissance, c’est plutôt raisonnable.

Une berline charmeuse

Elle me plaît cette Q50, mais tout au long de cet essai je me suis demandé à qui elle pouvait être destinée. Elle manque d’habitabilité, n’est pas très pratique, ni écologique, mais elle offre un sentiment d’exclusivité, une belle puissance et un agrément au quotidien satisfaisant. De quoi faire pencher la balance, même si seul un coup de cœur ou un besoin d’originalité pourra pousser à l’achat. Un achat qui, à l’usage (après vous être amputé de plus ou moins 62 000 €*), ne devrait pas amener de regret.

* en finition Sport Tech plus un malus de 3853 €

Crédit photos : Thomas D. (Fast Auto)