La Jaguar F-Type me fascine depuis sa sortie. Symbole du renouveau Jaguar dès 2013 grâce à une identité affirmée, l’offre de motorisations est pléthorique grâce au V6 d’entrée de gamme de 340 ch jusqu’au V8 5.0 L à compresseur de 550 ch voire 575 en version SVR (essayée par mes soins il y a un an, article à retrouver ici). Wait wait wait….
On me glisse à l’instant dans l’oreillette qu’un 4 cylindres 2.0 L serait disponible ? Un 4 cylindres dans un coupé Jaguar ?! Oui, c’est la première fois que ça arrive, et ce n’est pas si terrible comme on pourrait le croire, impressions. 4673

Une identité essentielle

Depuis les années 30, Jaguar cultive l’art du flegme britannique à travers une lignée de voitures devenues intemporelles à l’image de la Type E, qualifiée de plus belle voiture du monde par Enzo Ferrari himself, ou encore de la XJ, aux lignes si pures et élégantes qu’elle fut quant à elle caractérisée par la presse et les spécialistes de l’époque de plus belle berline du monde. Entre voitures de légende, passé tumultueux et quelques taches d’huile par-ci par-là, Jaguar a traversé les années non sans mal pour se redécouvrir sous l’ère Tata (propriétaire indien) avec la Jaguar XF cassant les codes historiques et proposant enfin de la nouveauté dans le design.
Depuis, c’est toute une gamme qui est apparue, à l’image de l’époque actuelle et bien dans son temps avec 3 berlines (XE, XF, XJ), 2 SUV (F-Pace et E-Pace) et enfin notre star du jour : la F-Type.

Si cette dernière s’est faite une place toute trouvée dans le milieu des voitures de sport, flattant l’oreille du badaud par ses mécaniques à vocalises envoutantes, l’adjonction d’une motorisation 4 cylindres turbo de 2.0 L en guise de nouvelle entrée de gamme risque de changer la donne. Nivellement par le bas ? Nouvelles normes écologiques obligent… Puis Jaguar ne sera pas la première marque premium à piocher dans son panel de motorisations pour élargir une gamme et toucher une nouvelle clientèle. J’ai en tête les flat-4 Porsche avec ses modèles 718, Mercedes qui appose désormais son badge AMG sur des 4 cylindres voire ou encore dans le plus haut de gamme Ferrari qui propose un V8 sur la GTC4 Lusso, voire Bentley qui propose depuis quelques années un V8 sur son coupé Continental GT. Même BMW a osé placer son mythique “M” sur des véhicules Diesel. Alors un constructeur de plus ou de moins, ce n’est pas ça qui viendra me choquer.
Non, ce qui me dérange un peu plus, c’est la capacité d’un constructeur à donner un aspect “cheap” à un véhicule qui se veut premium, voire prestigieux, on ne parle pas là d’une vulgaire compacte mais d’un coupé de haute naissance.

Car sans l’optionnel pack “R-Dynamic”, le modèle proposé à 57 680 € (hors malus et taxe additionnelle à la puissance fiscale)  arbore une teinte blanche des plus banales, 4 jantes de 18 pouces et un diffuseur arrière proéminent en plastique noir. “F-Type” Business vous avez dit ? Vous y êtes presque. Cependant, avec quelques milliers d’euros de plus et un peu de bon goût, la F-Type 2.0 L peut devenir très séduisante, à l’image la configuration que je vous propose :
– 1135 € supplémentaires pour le coloris British Racing green
– 2383 € supplémentaires pour les jantes diamantées 19 pouces
– optez pour les sièges cuir/suédine couleur Cirrus plutôt qu’Ebony (sans supplément)

Saisissant comme résultat non ? Jaguar ne nous a tout de même pas fait l’affront de se passer d’équipements essentiels tels que les optiques à signature LED et xénon (ça fait plus chic que des halogènes), le radar de recul ou encore le système de navigation.
Reste à ajouter des sièges chauffants pour les frileux et le réglage électrique des sièges pour les flemmards et à vous la vie Grand Tourisme. Car oui, bien configurée, la F-Type même en 2.0 L continuera de faire sensation, que ce soit comme ci-dessus ou comme avec notre modèle d’essai (facturé plus de 79 000 €). Son look de mini-Aston Martin et ses badges Jaguar bien visibles donnent le ton. Les gens vous regardent avec insistance, s’intéressent, admirent et vous respectent (ou pas). Car vous n’avez pas une de ces innombrables et vulgaires allemandes, vous avez une Jaaaaaaaaag (bien insister sur le “a”), et ça fait la différence.

Concrètement, un 2.0 L dans une F-Type, à quoi ça ressemble ?

En ouvrant le capot, pas à grand chose si ce n’est à un morceau de plastique, la sonorité et le cliquetis caractéristiques du 4 cylindres sonnent vulgairement et ne donnent pas franchement envie d’aller plus loin. Un petit “vroap” au démarrage et rien de plus, le ralenti est quelconque et génère même des tremblements désagréables par moments, bien souvent juste avant que le stop&start ne s’active. Je commence à me demander si j’ai bien fait de la prendre quelques jours cette F-Type, ne va-t-elle pas gâcher le souvenir que j’avais d’une voiture chère, sauvage et exceptionnelle de bout en bout ?
Les chiffres affichent pourtant des performances de premier ordre. 300 ch à 5500 trs/min, un couple maximal de 400 Nm de 1500 trs/min à 4500 trs/min, un 0 à 100 km/h abattu en 5,7 secondes et une vitesse de pointe de 250 km/h. Amplement suffisant pour se faire plaisir, même si cette notion me semble pourtant bien éloignée à cet instant et que la F-Type 2.0 L n’est disponible qu’en boite automatique à 8 rapports. Mais avec 1525 kg sur la balance en guise de poids à vide, c’est près de 250 de moins que la SVR à V8 et transmission intégrale. Et comme disait ce cher Colin Chapman (chez un autre constructeur anglais tout aussi respectable), “Light is right”. Si la F-Type 2.0L n’est pas spécialement Light, elle gagnera sans doute en agilité, d’autant que la cylindrée réduite permet de reculer de quelques centimètres le bloc moteur et ainsi obtenir une répartition des masses plus avantageuse. Pour une propulsion, c’est synonyme de plaisir au volant.

Une GT, une vraie

Avec son look “fastback”, point de doute sur l’utilité première de la F-Type Coupé, c’est avant tout une GT. Stricte deux places oui, mais un coffre capable d’accueillir largement de quoi partir en vacances en couple pour plusieurs semaines. Notre modèle d’essai dispose des sièges Performance noir Ebony à surpiqures rouge Pimento, en option à 4735€, tout de même. La bonne surprise à l’intérieur, c’est que même à moins de 60 000 €, je n’ai pas l’impression d’avoir une F-Type au rabais. La finition est exemplaire, aucune fausse note, pas un seul plastique bas de gamme et une ergonomie des commandes digne d’une allemande. J’ai toujours été sévère envers Jaguar en ce qui concerne la finition, mais pour le coup c’est un sans-faute. La position de conduite est idéale, même si j’aurais souhaité pouvoir régler mon siège encore plus bas, siège qui confère un maintien du bas des lombaires jusqu’aux épaules plus qu’exemplaire ! Certainement un des sièges de sportive dans lesquels je me suis senti le mieux jusqu’à maintenant. Bonus ? Ils sont ventilés sur notre modèle d’essai. L’efficacité d’un siège baquet sans sacrifier le confort d’utilisation au quotidien, elle commence à me plaire cette F-Type 2.0 L.

Sur voie rapide, le 4 cylindres prend peu de tours et l’allure de sénateur lui sied à ravir. Le système Audio Meridian fait juste le job, mais avec ma playlist du moment (l’intégrale des titres James Bond), l’illusion est parfaite et jamais l’appellation mini-Aston n’avait aussi bien pris tout son sens. À cela près que dans les films de James Bond, les Jaguar sont de tradition pour les méchants. Si good to be bad…

Agilité et sportivité affirmée, là où on ne l’attendait pas

En plus d’un système d’échappement actif activable quelque soit le mode de conduite, générateur de “pop” et “bang” au lever de pied, le mode sport raffermit pédales de frein et d’accélérateur, direction et suspension. La boite, assez lente de nature se fait également plus réactive et accepte par la même occasion plus volontairement de tomber les rapports, même en 1re si nécessaire ce qui est assez rare pour être remarqué. Si sur autoroute le comportement s’avère des plus agréables à travers un amortissement maitrisé et des reprises promptes mais sans violence, la F-Type 2.0 L à mon grand étonnement devient impériale sur parcours sinueux.
La différence de poids avec la SVR se fait sentir dans le volant mais aussi et surtout dans le postérieur. La longueur conséquente du capot recule le poste conduite juste devant les roues arrières, idéal pour sentir le point de pivot exact en survirage. Car survireuse elle l’est. Les Pirelli PZero très joueurs sur route mouillée deviennent très efficaces lorsqu’il s’agit d’attaquer sur revêtement sec et contiennent largement les 300 ch même pied au plancher. Le couple disponible très tôt procure un sentiment de poussée bien plus important que je ne l’aurais imaginé mais s’essouffle toutefois rapidement à partir de 5000-5500 trs/min, et on se retrouve à enchainer les rapports très rapidement sans en tomber autant au freinage et ce pour deux raisons : le couple est en bas et le hurlement d’un 4 cylindres 2.0 L à haut régime ne m’enchante guerre. Freinage qui s’avère d’ailleurs très efficace et endurant grâce aux disques optionnels de 380 mm à l’avant et 376 à l’arrière vous obligeant en revanche à opter pour des jantes en 19 pouces minimum. Il faudra s’habituer à l’attaque de la pédale très courte et ferme, mais consistante à l’attaque, un vrai freinage de sportive. Et malgré sa ligne de GT, je prends plaisir à malmener la F-Type à travers quelques uns de mes virages préférés. Je les enchaine avec une facilité mais surtout un plaisir déconcertant. Le comportement est sain et pas sous-vireur pour un sou malgré des entrées parfois violentes en courbe. Pas un seul moment je n’ai senti qu’elle n’était pas faite pour cet exercice. Le gain de poids se fait sentir dans la direction et le train avant gagne en précision. Avec “seulement” 300 ch, la F-Type devient accessible en termes de prix mais surtout à la conduite, je retrouve les mêmes impressions qu’au volant d’une MX-5. L’ESP pardonne les erreurs et autorise de très légères dérives du train arrière en sortie de virage avec seulement quelques degrés d’angle. De quoi se sentir l’âme d’un pilote, une véritable école de conduite. On comprend mieux le choix de “voiture petit budget” pour le Celebrity Face Of de la saison 2 de The Grand Tour.

Celle qu’il ne faut pas oublier

On parle beaucoup de l’Alpine A110 ces derniers temps, et nombreux sont ceux à avoir pu apprécier (moi compris) les qualités routières de la berlinette et son confort d’utilisation. Si on lui oppose régulièrement les Lotus Elise et Alfa Romeo 4C, on la rapproche cependant plus d’un Cayman “à la Française”, rapport aux nombreux équipements de confort dont sont dépourvues les deux premières. Ni l’Alpine ni le Cayman ne sont destinés à une utilisation 100% piste, alors pourquoi ne pas avoir pensé à la F-Type 2.0 L dans les dizaines de comparatifs élaborés jusqu’à maintenant ? Si les performances restent en deçà de ses concurrentes à moteur central, l’équipement de série reste plus important qu’un 718 Cayman et le prix équivalent. Point de noblesse mécanique mais une ligne racée et une polyvalence remarquablement supérieure, la F-Type 2.0 L est LE couteau suisse à la sauce anglaise, convaincu ?

Merci à JLR France pour le prêt et à M. Dagnon pour sa confiance habituelle.

Crédits Photos : Ugo Missana