L’éco-mobilité, cela concerne aussi les pros. C’est donc bien de voir que les utilitaires également se mettent à l’électrique. Et font progresser leur autonomie, tel ce nouveau Kangoo Z.E. qui ne revendique pas moins de 270 km. Qu’en est-il en réalité ?

La bérézina : l’autre soir, j’ouvre mon frigo et il n’y a même pas de quoi faire une omelette. Putain, la loose. C’est souvent comme ça, en fait, deux pauvres yaourts se battent en duel devant trois bières et une bouteille de lait périmée. Pas grave. J’ai un plan B, mais mes principes m’empêchent de me nourrir que de Jack Daniels et de cacahuètes. Va donc pour le plan C.

C pour Comme d’habitude : comme d’hab, je vais aller manger au Ritz. Le chef Nicolas Sale sait prendre soin de ses convives. Du coup, je vais me laisser tenter par une langoustine en entrée (190 € : eau de langoustine, caramel d’ail à cru, caviar impérial, citron frais et crème poivrée évolutive rôtie aux agrumes, enoki à la pistache, nage de coco-citron vert), puis par un bar de ligne (140 €, avec du fenouil en mousseline et un jus de coquillages), et un petit dessert au miel (32 €, faisselle et baies de Tasmanie, confiture d’oignons rouges, poire Williams et amandes craquantes). Un truc sans prétention, entre amis.

Une bonne petite soirée décontractée, donc, peinard. Du coup, j’arrive avec mon auto de la semaine et je la laisse au voiturier, accompagnée d’un petit billet de 100 balles, et je lui dis, « Coco, profites-en donc pour me remettre un peu de jus ». Devant les grands palaces parisiens, on se tutoie, c’est plus chic.

Et là, c’est le drame !

La voiture revient, puante et suintante. Non, mais les mecs de chez Renault, vous êtes sérieux ou bien ? Sur ce Kangoo Z.E. (rappel des faits : ZE pour Zéro Emissions !), y’a encore une bonne vieille trappe à carburant et donc, non seulement la boulette est possible mais Coco m’a fait le plein de Diesel. Le boulet. Il est viré.

Mais qu’est-ce donc ?

Certes, le gasoil n’a pas que des inconvénients : l’autre jour, j’ai fait un cauchemar (suite à plus d’une heure de perdue à tenter de faire le plein d’une auto thermique – c’est so 2016, le thermique, je sais – dans Paris, mais il n’y a plus de stations !) : j’ai cauchemardé, que dis-je, j’ai rêvé, que Anne Hidalgo se noyait dans un bain de gasoil, un peu comme le grand Jimmy Hendrix est mort dans son vomi, hélas. Comme ça elle entrera dans l’histoire pour de bonnes raisons, la Anne. Et comme elle a déjà le cheveu gras, les embaumeurs n’auront pas trop de boulot. Ça ira vite : une journée de deuil intra-périphérique, un défilé de Vélib’ et on passe à autre chose.

Mais que cela ne nous détourne pas du sujet principal. Comme les autres honnêtes citoyens tentés par l’éco-mobilité (et les incitants fiscaux), Bob le plombier et Marcel l’électricien ont aussi le droit de rouler électrique. Cela tombe bien, car les constructeurs se penchent aussi sur cette clientèle.

Ainsi, alors que Nissan vient d’annoncer 280 km d’autonomie sur son très prochain E-NV200, Renault a dégainé avant avec, depuis cet automne, un Kangoo Z.E. de dernière génération qui annonce 270 km d’autonomie. Dans ce créneau, on notera que Peugeot est à la bourre, avec un e-Partner qui plafonne péniblement à 170 km. Bouh !

Comment ce nouveau Kangoo Z.E. a t’il pu faire évoluer son autonomie ? Cela n’est pas rien, car par rapport à la génération précédente, le Kangoo Z.E. a fait augmenter son autonomie de 100 km ! Pour ce faire, il se dote du nouveau moteur (de 44 KW, soit environ 60 ch, et 225 Nm de couple) emprunté à la Zoé, ainsi que d’un nouveau pack de batteries (de 33 kWh), quand la version précédente du Kangoo ZE avait des batteries de 22 kWh. Il est fabriqué dans l’usine Renault de Maubeuge (59600) et c’est plutôt un succès commercial : sur les 9 premiers mois de l’année, 560 utilitaires électriques ont été immatriculés et parmi eux, pas moins de 302 Kangoo Z.E. #leader ! Et rappelons que la précédente génération de Kangoo Z.E. s’est vendue à 25 000 exemplaires sur 6 ans, pas mal…

ZE 33, c’est comme ça qu’on reconnaît le nouveau modèle

Ça commence mal, l’histoire

Boulogne-Billancourt, parc presse Renault. Je monte dans le Kangoo Z.E. et je constate déjà qu’il faut jouer du bitonio (la commande sur le commodo droit) pour faire défiler un max d’informations. En gros, impossible d’avoir en permanence sous les yeux, le kilométrage total, le partiel et l’indicateur d’autonomie, histoire de faire évoluer son éco-conduite en temps réel.

Chargé à bloc, le Kangoo Z.E. m’annonce piteusement 160 km d’autonomie. Mais ils sont où les 270 km annoncés ? Nulle part, car on sait que ces mesures officielles, c’est juste du flan (c’est bon, le flan, c’est des œufs, du lait, de la crème, mais c’est un autre débat). Bref : Renault passe outre et prétend que son Kangoo ZE « vaut 200 km » dans la vraie vie. Je veux bien, mais moi je vois un pauvre 160 km sur l’écran, et ça me met en stress.

Aie. C’est pas ça qui était dans le contrat…

Et ça, c’est un problème, car une auto électrique, pour gagner ses lettres de noblesse, doit vous faire oublier, en fait, qu’elle est électrique. De fait, pour un jeune (ou moins jeune) cadre urbain, il faut (cette définition du truc est juste la mienne, mais elle résiste à l’épreuve des faits et de ma propre life), être capable d’aller voir des gens à un bout de la banlieue parisienne puis d’être capable de vous emmener à un aéroport sans trop se poser de questions sur l’autonomie.

Or, dans un passé récent, j’ai roulé, pour ce mirifique blog, sur la version 33 kWh de la Nissan Leaf puis la Hyundai Ioniq Electric, et je n’ai pas stressé. Là, dans le Kangoo, avec 160 km affichés, je me demande comment je vais gérer ma semaine. Car j’ai du boulot.

Eco-conduite forcée

Pas le choix, faut y aller. Pas de clim et vitres ouvertes, peu de radio, bouton « éco » enclenché. Du coup, je longe la Seine pour aller à mon bureau de la Défense, puis, sur un périphérique complètement embouteillé, je rentre le soir chez moi à Vincennes.

Arrivé à la Défense, j’ai fait 11,9 km et l’autonomie est remontée à 191 km. Chez moi, j’ai fait 33,2 km et l’autonomie est désormais de 178 km. Là, on est à plus de 200 km d’autonomie théorique, mais ce chiffre va t’il résister aux faits ?

On ne peut pas dire que Renault ne joue pas le jeu : un utilitaire étant fait pour être chargé, mon Kangoo Z.E. m’est livré avec 250 kilos de SDS. Non, ce n’est pas cinq motardes sexy voulant faire la passagère (le « sac de sable », dans leur jargon), hélas, mais 250 kilos de vrais sacs de vrai sable qui sont dans le coffre. Du coup, l’autonomie constatée de la Kangoo ZE correspondra à celle de la vraie vie. Et les perfs aussi.

250 kilos de SDS

Les perfs, elles sont, en mode « éco », assez lymphatiques : l’auto électrique qui fait « wizzz » au feu vert et qui largue tout le monde, c’est pas ça. En mode éco, donc, les accélérations du Kangoo sont molles et les reprises modestes. Il faut dire que Renault joue le jeu de l’utilitaire électrique en lui collant un poids de 250 kilos dans le coffre, afin de le jauger chargé. Bonne idée, ça, mais en mode éco, j’ai même eu du mal à dépasser le 110 km/h en haut d’une côte, sur l’A15, après le pont de Gennevilliers. Aie ! Mais il fallait que j’en passe par là pour conserver l’autonomie et je n’ose même pas imaginer ce que cela donne avec les 650 kilos de charge autorisée. En même temps, je peux me rassurer en me disant que je n’étais pas très loin de la vitesse maxi, fixée par Renault à 130 km/h.

L’autonomie, il faut le reconnaître, ne s’est pas effondrée une fois que Kangoo et moi avons fait connaissance. Par quelques astuces, j’ai pu le faire passer d’un décevant 160 à un plus rassurant 190 km, et que ce soit en ville ou sur les autoroutes urbaines, j’ai pu conserver cet objectif.

Et comment se sont passé ces kilomètres : pas si mal, en fait. Voici donc quelques notes au-dessus de la moyenne pour les sièges, qui sont confortables ; les bruits de roulement sont relativement bien contenus, le freinage régénératif est assez puissant (plus que sur une Zoé, que Renault a eu la bonté de me prêter quelques jours avant) et le freinage à l’ancienne (via des plaquettes de frein qui mordent des disques, donc), est lui aussi puissant et bien dosable, ce qui n’est pas toujours le cas sur les véhicules électriques.

Une note moyenne sur le R-Link : certes, il y un bouton de validation sur la console centrale, mais pour entrer une adresse au GPS, c’est juste une mission. On est donc tenté d’utiliser la fonction tactile, mais il faut des bras de gibbon car l’écran est coincé au fond du tableau de bord, loin devant. Encore un truc conçu par un type qui n’a jamais dû l’utiliser dans la vraie vie.

Une mauvaise note pour les temps de recharge : je n’ai pu le recharger, deux fois, que sur des prises domestiques : dans ce cas de figure, n’espérez pas plus que 10 km supplémentaire par heure de recharge. C’est tout le problème des autos électriques new gen. Elles progressent, mais si vous n’avez pas l’infrastructure de recharge et la wallbox qui correspond bien, elles passeront beaucoup de temps le fil à la patte avant de pouvoir repartir. Et une autre pour l’indicateur de puissance au tableau de bord, un peu comme l’économètre des vieilles BMW : fort logiquement, quand tu appuies, ben l’aiguille monte vers le rouge. Sauf que là, pour rester dans une zone d’éco-conduite, il faut frôler l’accélérateur et déjà que les performances ne sont pas ébouriffantes, on se traîne quand même un peu dans le trafic. Car retirer le mode éco ne transforme pas l’engin en dragster et le 0 à 100 est conclu en 22,6 secondes (!), ce qui en fait probablement l’engin le plus lent du marché. Mais on admettra que pour aller livrer du courrier, c’est une préoccupation secondaire.

Pas assez cher, mon fils ?

Le nouveau Kangoo Z.E. 33 débute à 21 750 € HT, mais on peut retirer les 6000 € de malus : une fois n’est pas coutume, il est alors compétitif face à un Kangoo thermique, qui commence à 15150 € HT (pour un Kangoo Express en finition Générique), même s’il ne faut pas oublier les 58 € de location de batteries par mois (tarif pour un forfait de 7500 km/an, ce qui est peu pour un pro, non ?).

Le Kangoo ZE est disponible dans un grand éventail de carrosseries à usage professionnel, avec des compartiments frigorifiques, des bennes, des plateaux de pick-up, et en deux formats, de 4,28 m de long ou 4,66 m, pour la version Maxi.

Le Tango Z.E., un futur collector ?

PS : j’apprendrai plus tard que la trappe de gasoil sert à alimenter un système de chauffage pour les Kangoo ZE vendus dans les régions froides, pour rouler sans se cailler et en maintenant l’autonomie. Coco est pardonné et a retrouvé son boulot au Ritz.

Crédit photos : Gabriel Lecouvreur