L’air de rien, cette auto déjà vieille de 20 ans vient de terminer l’année passée avec une superbe augmentation des ventes. Alors qu’il sera renouvelé fin 2018, c’était l’occasion d’en reprendre le volant…  Alors, rustique, le camembert ?

Un pur succès commercial !

1500 ventes en 2017, contre 992 en 2016 : on ne peut pas nier les faits. Le Suzuki Jimny est carrément à la mode, avec une progression des ventes de plus 51,2 % l’an passé ! Étonnant, non ? Du coup, comme il va quitter le catalogue en fin d’année (son remplacement, sauf changement d’ordre de dernière minute, est prévu pour le Salon de Paris 2018), je me suis dit qu’il serait dommage de passer à côté d’une auto qui connaît un vrai succès sur sa fin de carrière. Et c’est parti pour l’essai d’un Jimny 1.3 JLX, après l’essai sur le blog d’un autre fleuron de l’industrie japonaise, réalisé par mon collègue, l’excellentissime JB : la Lexus LS 500h. Et oui, c’est ça le blog, y’a pas d’échelle dans la mesure du plaisir automobile !

Piqûre de rappel ?

Le Jimny actuel a quasiment 20 ans, puisqu’il a été présenté au Salon de Tokyo 1997. Il a eu une vie chargée, puisqu’il a été disponible en version tôlée et cabriolet, et produite chez Santana en Espagne, de 1999 à 2009, avant de se refaire fabriquer au Japon. Il a eu plusieurs moteurs, des 660 (législation Kei Cars) au Japon, un 1.3 essence et un 1.5 Diesel d’origine Renault. Il a été vendu sous le nom de Suzuki Jimny Sierra en Australie, de Chevrolet Jimny en Colombie, et même de Mazda AZ-Offroad au Japon (en 1998, avec un petit moteur de 660 cm3).

(ici, un Holden australien)

Historiquement parlant, le Jimny se raccroche à la génération des Suzuki Santana & Samurai (lancée en 1981, jusque 1998), d’abord sur le marché local avec des moteurs de 550 et 660 cm3à 3 cylindres, puis bête de somme vendue dans le monde entier, du Pakistan à l’Australie, en passant par le Canada et l’Indonésie. Tolé, bâché, pick-up et châssis long, il a eu une vie plus polyvalente que notre Jimny.

Un pas en arrière, encore : le premier Suzuki Jimny remonte à 1970 mais Suzuki avait racheté à Mitsubishi les plans de la HopeStar ON 360, une micro Jeep 4×4 à deux places mais sans portes, motorisée par un moteur 2 temps de 360 cm3 développant 21 chevaux. Un moteur qui, sous l’ère Suzuki, a été vite remplacé par un bicylindre 2 temps, aussi refroidi par air, et fait maison, développant 25 chevaux, ce qui paraissait suffisant pour déplacer les 590 kilos de cette version. En 1972, le moteur, toujours 2-temps, est passé au refroidissement liquide, et sortait 28 chevaux. Puis un 3 cylindres 2-temps de 540 cm3 et 26 ch est apparu en 1975, et un moteur 4 cylindres 800 cm3 4 temps (41 ch) est apparu en 1977. Voici ci-dessous ce Jimny de première génération. Racé, non ?

Une bombe !

Le Diesel 1.5 ayant disparu du catalogue, seul reste le Jimny 1.3 : 85 chevaux à 6000 tr/mn et 110 Nm à 4100 tr/mn, avec des perfs qui n’ont rien de stratosphérique. Le 0 à 100 est en effet couvert en 14,1 secondes et la vitesse maxi est donnée pour 140 km/h chrono.

Pas beaucoup de caractère, mais de la souplesse. Et c’est indestructible…

Du coup, je m’attendais à un engin véritablement anachronique, lent, bruyant et sautillant de partout. Cela n’a pas été tout à fait cela.

Certes, l’anachronisme se constate en entrant à bord. Pas tant dans les sièges et les tissus, qui font très auto japonaise bas de gamme, mais qui ont le mérite de se révéler finalement assez confortable, mais plutôt dans l’équipement. Pas de régulateur de vitesse adaptatif, de système de freinage d’urgence, de caméra de recul avec bips et lignes de guidage, de feux automatiques, de toutes ces attentions dont je bénéficie dans la plupart de mes autos d’essais. Rien de ça ici : ça me rappelle ma voiture perso, un Youngtimer turbo essence de 1988. Jusqu’à la radio Kenwood à diodes rouges, qui se veut moderne mais à laquelle je n’ai pas réussi à appairer mon iPhone 5S. Attention : il y a quand même un ABS et un ESP ! Trop moderne !

Ça sent les années 90 !

On démarre en douceur, avec des commandes souples et un moteur qui n’est pas trop bruyant. La souplesse du 4 cylindres est à citer en exemple, et dans du trafic un peu dense, on se retrouve en quatrième sous 2000 tr/mn, avec un filet de gaz et ça fonctionne très bien. Evidemment, plus vite, sur la route, la précision de la direction et le feeling du levier de vitesse ne sont pas des plus rigoureux, mais je ne m’attendais pas à pouvoir avaler autant de kilomètres à 120 km/h de croisière (à 4000 tr/mn en 5ème), tout en pouvant écouter la radio ou converser facilement avec mon passager. Avec ses origines japonaises, on sent que le moteur peut prendre des tours, mais il reste linéaire en toutes circonstances : il n’y a jamais d’accent de folie à l’approche de la zone rouge, pas de petit coup de rein non plus.

120 km/h à 4000 tr/mn en 5ème. Ça, c’est de l’allonge !

Autres bonnes surprises : le confort de suspension, qui, s’il tape un peu sur les petites bosses, conserve malgré tout un brin de souplesse. Et l’agilité en ville est tout simplement diabolique ! Le Jimny vire dans un mouchoir de poche grâce à son empattement de seulement 2,25 mètres de long, se faufile partout, se gare super facilement avec ses 3695 mm de long.

Evidemment, un si petit gabarit a des conséquences sur la vie à bord : ça va à l’avant mais il ne faudra pas être trop gourmand pour se sentir confortablement installé à l’arrière. Et avec les sièges en place, le coffre ne fait que 113 litres ; ça monte toutefois à 816 litres en repliant les sièges arrière.

Et pour le tout-terrain, c’est facile à l’usage avec les boutons de transmission intégrale et de gamme courte sur la console centrale.

Unique !

Depuis la triste disparition du Lada Niva (perso, j’ai eu du mal à m’en remettre), le Jimny est quasiment seul sur le marché : un vrai franchisseur dans le gabarit d’une citadine, simple et abordable (sauf ce satané malus qui lui colle 4000 € de surtaxe dans les dents !), car une Fiat Panda ne peut aller aussi loin que lui en TT. Le Jimny commence à 13 860 € en finition JX (assez dépouillée, quand même) et pour 1750 € de plus la finition JLX de mon modèle d’essai est préférable (jantes alu, barres de toit, rétros électriques, vitres électriques, fermeture centralisée, anti-brouillards, autoradio CD…), la clim’ est en option à 990 €. Une version à boîte auto, avec clim’ de série, est à 17 800 €.

En ce qui me concerne, ça a été une bonne surprise, nettement plus vivable et confortable que je ne me l’imaginais. Le genre d’auto qui vous colle le sourire par sa bonne bouille, sa vivacité et son agilité.

Crédit photos : Gabriel Lecouvreur