J’avais adoré la Lexus ES 300h lors de mon essai en juin dernier. Mais voilà, je me suis rendu compte d’une chose : la Lexus partage sa plateforme et son moteur avec la Toyota Camry…vendue 12 500 € moins cher. Comment expliquer cet écart ? J’ai enquêté.

Et encore, quand je parle de 12 500 € de différence, c’est quand on regarde uniquement le premier prix. Pour ma Camry Lounge (comprenez par là : de luxe), l’addition monte à 42 600 €. L’ES haut de gamme ? 63 690 €, soit 21 090 € de différence -l’équivalent d’une Citroën C3 full moumoute. Ça commence à faire beaucoup.

Retrouve-t-on cette différence de tarif dans le dessin extérieur ? Pas vraiment, non. Oh, bien sûr, la Toyota est loin d’afficher les mêmes excentricités de la Lexus ; s’il fallait retenir une chose sur la plastique de la Camry, ce serait qu’elle se fond dans le paysage. Elle n’est pas moche, hein ! Loin de là, même. Juste plutôt transparente. Dans ce joli bronze, la Toyota n’attire peut-être pas l’oeil, mais elle est là, avec je dois l’avouer une certaine stature. Une certaine élégance, même. Discrète, oui, mais élégance tout de même.

L’intérieur marque ceci dit un peu le pas. Certainement pas au niveau de l’habitabilité, avec des places arrière incroyablement spacieuses et un coffre de 500 litres, mais plutôt en termes de matériaux utilisés. Au premier coup d’oeil, la planche de bord de la Camry est plutôt flatteuse, avec son dessin assez original et ses étonnants placages façon bronze…mais le vernis craque rapidement. Ici, une vis apparente, là, un ajustement pas au top, là-bas, un plastique tocissime, et ici encore des ébavurages franchement pas glamour… Bref, ça sent fort l’Amérique -ce qui est finalement logique, la Camry étant fabriquée dans le Kentucky. Un autre reproche ? Allez, l’écran central qui nous fait retourner directement en 2010. Toyota ne semble toujours pas connaître Android Auto ou Apple Carplay, ce qui est bien dommage, même si l’excellente reconnaissance vocale permet de sauver les meubles.

Rassurez-vous, tout n’est pas à jeter dans cet habitacle : les équipements de ma finition Lounge sont absolument foisonnants. De série, on retrouve une jolie sellerie cuir, des jantes 20”, un accès & démarrage mains-libre, une (bonne) sono JBL, un chargeur à induction, le Toyota Safety Sense (regroupant régulateur adaptatif, alerte de franchissement de ligne, freinage d’urgence automatique et tout le toutim), un affichage tête-haute, une clim trizone et même un panneau de contrôle tactile dans l’accoudoir arrière ! Et l’entrée de gamme ne déparait pas non plus, surtout lorsqu’on considère qu’elle démarre à 35 000 €. Un bon point, donc, pour la Toyota. Cependant, la Lexus garde pour elle les technologies les plus avancées, comme la conduite semi-autonome ou la vision 360°.

Parlons bagnole, parlons bielle et pistons, parlons motorisation ! Comme dit plus haut, la Camry partage…beaucoup de choses avec la Lexus ES 300h, et ça inclut la plateforme et le groupe motopropulseur. Pour la plateforme, on retrouve avec joie la TNGA-K partagée, donc, avec l’ES ainsi que le dernier RAV4. Pas de surprise non plus niveau motorisation, puisqu’il s’agit du même 2.5 atmo de 178 ch couplé à un moteur électrique de 88 ch, le tout proposant 218 ch & 221 Nm de couple. Cependant, petite surprise : la Toyota se permet de faire la nique à la Lexus en proposant à 0 à 100 km/h en 8.3 secondes, soit 0.6 seconde de moins que l’ES, pourtant bien plus chère…mais également plus lourde. Dynamique, la Camry ? En un mot comme pour cent : non. Pour deux raisons : la première étant sa fameuse transmission à variation continue qui lisse toutes les sensations de conduite. Avec, il convient de le redire une énième fois, une sensation de patinage extrêmement contenue comparée aux générations précédentes. Oui, ça va un peu hurler si on met le pied dedans, mais vous louerez sa douceur et l’absence d’à-coups le reste du temps.

Une douceur qui se marie merveilleusement bien avec le confort général procuré par la Camry. Un confort procuré par les suspensions, qui réussissent à être moelleuses sans être chewing-gum pour autant, mais aussi par la très bonne insonorisation aux vitesses légales -de quoi profiter pleinement de la sono. Et puis, encore une fois, l’espace à bord est carrément gigantesque ; ce qui, couplé au cuir crème de mon exemplaire d’essai et aux généreuses portions vitrées, donne une réelle impression de bien-être. En trois mots : on est bien. En comparant à l’ES, on pourra trouver que l’insonorisation est un peu meilleure et le confort un peu plus ouaté à bord de la Lexus, mais c’est loin d’être le jour et la nuit.

Dernier point appréciable : le confort apporté par la Camry pourra se savourer sur de longues distances. Avec un réservoir de 50 litres et une consommation de 5.5 l/100 relevée après 1 280 km passés majoritairement sur autoroute, les 1 000 km d’autonomie ne sont pas loin. Et les consommations deviennent tout simplement stupéfiantes en ville, puisqu’on peut facilement taper les 4 l/100 km ; rappelons ici que vous conduisez une berline de 4.89 m de long pesant 1 600 kg à vide. Pour comparer, j’étais arrivé avec la Lexus à 5.3 l/100 km avec un profil quasiment identique : match nul (mais remarquable) entre les deux sur ce chapitre.

Et côté tarifs ? Comme dit plus haut, le prix d’une Camry oscille entre 35 000 € et 42 600 €, mais ce n’est pas très important. Pourquoi ? Parce que cet article sera lu à 88 % par des taxis et 12 % par des VTC. Et ce qui leur importe, c’est la finition Dynamic Business à 40 350 €. Finition qui inclut pas mal d’équipements comme la sellerie et les contre-portes en cuir, la navigation, les jantes 17” ou les sièges avant chauffants. Deuxième intérêt : le rejet de CO₂ est limité à 98 g/km. 98 g de CO₂ par kilomètre, ça veut dire 0 € de malus et 0 € de TVS pendant trois ans. Votre comptable vient de sourire, ce qui ne lui est plus arrivé depuis l’extinction des dinosaures. Alors, certes, vous me direz que la Lexus ES 300h est également exonérée avec ses 100 g de CO₂ par kilomètre, mais sa finition “professionnelle” Business ne se facture pas en-dessous de 48 490 €. 8 140 € de différence.

Vous êtes prêts à vous défaire du cuir Nappa, des équipements de pointe et de la sophistication d’une Lexus ? Alors vous allez adorer la Camry. Espace intérieur incroyable, confort ouaté, consommations ridiculement basses : la Toyota coche bien des cases. Alors, oui, il faudra faire avec quelques détails un peu plus rustiques, mais il est évident que la Camry explose l’ES 300h au niveau du fameux rapport qualité/prix. Et puis, de loin, on ne verra pas la différence entre un L et un T sur la calandre…

Crédits photos : Jean-Baptiste Passieux

Je suis sur Twitter : @JBPssx